Béton vs Bois sur le ring, que le meilleur gagne !

Développement durable | 02.06.16
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Derrière cette accroche un peu racoleuse se joue pourtant un véritable combat entre différents systèmes constructifs. Et c’est bien parce que le béton, champion poids lourd incontesté des systèmes constructifs, sent sa couronne attaquée, qu’il a décidé de réagir d’une façon tout à fait positive, en lançant une analyse économique des différents systèmes constructifs via l’étude d’un immeuble de logements collectifs R+7, confiée à un BE incontesté.

Alors que la construction, notamment de logements collectifs reprend des couleurs, Cimbeton a sollicité Michel Forgue, dirigeant du bureau d’étude indépendant BMF, pour la réalisation d’une étude comparative entre le bois et le béton. Elle  porte sur la construction d’un immeuble de logements collectifs R+7 et est destinée à comparer différentes solutions structurelles en situation réelle.

L’objectif est de comparer les solutions d’un point de vue économique, sous l’angle des potentiels gains de surface et de l’emprise foncière.

L’étude portait sur un bâtiment réel

Le choix a été fait de comparer quatre systèmes constructifs distincts, à partir d’un bâtiment réel, composé de 21 logements T2 et T3, sur un rez-de-chaussée commercial.

Le RdC est construit en béton sur les quatre solutions étudiées, pour les reprises de charge. Du R+1 au R+7 les étages sont identiques. La toiture est de type toiture-terrasse et les portées sont de cinq mètres environ, le maximum pour le bois. Le bâtiment est situé en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Les quatre systèmes étudiés sont les suivants :

- une structure lourde avec planchers, façades et refends en béton armé, isolation par l’intérieur avec laine minérale et rupteurs de pont thermique ;

- deux structures légères avec planchers simple ou double ossature, façade et murs séparatifs à ossatures bois, avec les doublages nécessaires pour l’acoustique et/ou la thermique. Les séparatifs non-porteurs ont été traités avec des plaques de plâtre sur ossature ;

- une structure en bois lamellé croisé (CLT) en plancher et en porteurs verticaux, avec les doublages nécessaires pour l’acoustique et/ou la thermique.

Les hypothèses de travail

Les hypothèses de travail sont les suivantes. Les hauteurs de plafond sont identiques, mais il peut y avoir une hauteur totale variable en fonction de l’épaisseur des planchers. La surface hors œuvre est conservée, en prenant hypothèse d’un terrain contraint. La surface habitable va varier en fonction de l’épaisseur des parois. Les différentes épaisseurs des parois et des planchers ont été déterminées pour obtenir des performances thermiques et acoustiques identiques.

Pas de suspens, le béton gagne le match

Dans les conditions fixées à l’étude, réalisée fin 2015, la solution béton s’avère la plus économique, à performance thermique et acoustique égale. Le béton permet de gagner une plus grande surface habitable et donc de valoriser le plus de mètres carrés au prix de vente.

L’utilisation du béton permet de réaliser des murs séparatifs d’une épaisseur n’excédant pas 18 cm et des planchers ne dépassant pas 20 cm, ce qui est sensiblement moins que les systèmes constructifs bois.

Des gains de surface habitable et donc de coût global

Ces écarts d’épaisseur bénéficient au béton qui offre, en R+7, 2 % de surface habitable supplémentaire, soit 4,14 m2 par étage. La finesse des planchers  en béton permet de réaliser un étage supplémentaire dans le même gabarit, ce qui a des conséquences importantes dans toutes les zones urbaines où le foncier est très contraint.

« Le béton permet de gagner une plus grande surface habitable et donc de valoriser le plus de mètres carrés au prix de vente, et de diminuer fortement le coût global à performance comparable », explique Miche Forgue. « Si on construit à la campagne dans des prix du mètre carré pas très élevés, ce n’est pas très important. En revanche, en ville où on vend le m2 habitable, 6 000 euros et beaucoup plus parfois, cela peut devenir très significatif ».

Les limites de cette analyse

Laissons la parole à Michel Forgue « Nous sommes partis d’un vrai projet de bâtiment R+7 sans en modifier la géométrie … La critique que l’on peut faire ici est que l’on est parti sur une solution constructive quasi uniquement en bois. C’est ce qui donne des écarts de prix aussi élevés. Si nous avons optimisé la géométrie à la solution technique étudiée, cet écart de prix entre 17 et 19% voir 25% en CLT se réduirait, et pourrait être de l’ordre de 10 à 15 %. La solution béton reste donc, dans tous les cas de figure la solution la plus compétitive ! »

Dans les réserves qu’on peut aussi avoir sur les résultats, figure le bilan Carbone des quatre solutions. Pas sûr que la balance pencherait en faveur du béton, mais cela mériterait d’être étudié avec la même rigueur.

Car l’un des mérites de cette étude est de rationaliser un débat qui s’enflamme parfois, entre les défenseurs des solutions bois et ceux des solutions béton. À 10 ou 15 % d’écart de prix, la solution bois peut s’envisager quand le maître d’ouvrage privilégie d’autres critères que la rentabilité à court terme de l’opération. Il faut donc garder la tête froide et considérer l’ensemble des facteurs objectifs et subjectifs avant de prendre une décision sur les choix de systèmes constructifs.

Alors, prêt pour le bilan carbone des quatre solutions ? « Pourquoi pas », nous répondra Laurent Truchon, directeur délégué bâtiment Cimbeton, à la question posée.

Chiche ! 

Régis Bourdot
© Fotolia

Redacteur
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