RE2020 : la boucle à eau chaude en danger ? Développement durable | 16.12.20

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L’association Énergies et Avenir a organisé ce jour un webinaire consacré à l’impact des réformes réglementaires en cours sur la boucle à eau chaude, et sur l’innovation. Pour débattre sur la question, et apporter des précisions sur les évolutions liées à la RE2020 et la réforme du DPE, l’événement a compté sur la présence de Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable et d’Olivier Sidler, expert en efficacité énergétique. Dans ce premier article, nous vous proposons de nous intéresser à la future réglementation environnementale.

Les réglementations à venir vont-elles permettre l’innovation ? Quelle place pour la boucle à eau chaude dans les nouveaux bâtiments, et dans le cadre d'opérations de rénovation ? Depuis l’annonce des contours de la future réglementation environnementale par le Gouvernement, le 24 novembre dernier, la filière bâtiment s’interroge et appelle à la concertation. 

Pourquoi cette RE2020 ? Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable, revient sur l’ambition de cette réglementation particulièrement attendue. Il explique que dès l’entrée en vigueur de la RT 2012, le groupe de réflexion RBR a souhaité « réfléchir à la suite. Notre premier constat était de dire, nous sommes sans doute arrivés à un point où le cycle des réglementations thermiques trouve son achèvement. Notre parcours vers des bâtiments sobres en énergie, à faible empreinte environnementale, devait marquer le pas ». Penser une réglementation environnementale c’était également raisonner sur l’ensemble de la construction, et non pas prendre en compte le seul paramètre de l’énergie. C’était enfin porter une attention aux personnes occupant les bâtiments « à travers le prisme de la recherche du bien-être, la préservation de la santé ». 

L’’expérimentation E+C- a constitué « une marche supplémentaire », un changement de paradigme « pour mettre en avant le poids carbone du bâtiment », et préfigurer la future réglementation environnementale. Si au premier abord, la RE2020 semblait manquer de vision, les dernières annonces du ministère ont surpris les acteurs de la concertation, souligne Philippe Pelletier. Elles donnent à la réglementation « une ambition », « une certaine radicalité ». « Nous ne pensions pas que ce serait le cas ». Une des explications évoquées ? Les échanges émanant de la Convention citoyenne pour le climat. Le durcissement de la réglementation pourrait être « une réponse donnée à cette volonté d’accélération de nos préoccupations environnementales ». 

Les concertations vont se poursuivre. « Mon rôle au Plan Bâtiment Durable, c’est de rechercher un consensus ». Les craintes de la part de la filière sont nombreuses. Parmi elles, les surcoûts liées à la réglementation ou encore l’exclusion d’un certain nombre de matériaux, d’énergies… « Sur le plan de la sobriété énergétique, on rajoute une couche à la réglementation thermique 2012. Nous étions plutôt dans l’idée qu’on stabiliserait une chose pour porter l’effort sur le paramètre carbone ». Sur l’analyse du cycle de vie dite « dynamique », est-il « opportun de démarrer une nouvelle action avec un outil qui n’est pas encore éprouvé », s’interroge-t-il. S’agissant du bien-être et de la santé, « la qualité de l’air n’est pas traitée frontalement. Elle l’est très indirectement par une expertise particulière qui doit être faite des systèmes de ventilation au moment de l’achèvement de l’immeuble ». 

Le label qui accompagnera la RE2020 permettra aux acteurs d’embarquer des paramètres qui ne sont pas prévus dans la réglementation tels que la qualité de l’air, la biodiversité, les mobilités, l’innovation, précise-t-il. 

Aller plus loin

Olivier Sidler se réjouit de la présence de garde-fou sur les ponts thermiques, « des points fondamentaux pour le bon fonctionnement et l’atteinte des performances des bâtiments ». Il estime cependant que le Bbio aurait pu être abaissé de 50%, et non pas de 30%. Il regrette que la RE2020 ne soit pas celle du bâtiment à énergie positive, tel que ça avait été imaginé en 2009. « Tout le monde s’était préparé mentalement à cette idée-là. Je vous parle d'un bâtiment qui produit 7 fois ce qu’il consomme chaque année ». Petit bémol aussi au niveau de la ventilation. « On contourne en permanence la nécessité d’arriver très rapidement de manière obligatoire à une ventilation double flux avec récupération de chaleur ». 

Oui, la réglementation semble bénéficier à l’électricité, mais le seuil de consommation d’énergie primaire non renouvelable ne devrait pas permettre le retour des convecteurs à effet de joule, dit-il. « Le convecteur ne passera que de façon très marginale ». Il y a d’autres « gagnants », l’énergie de la biomasse, et un perdant, le gaz. Le gaz peut encore apporter beaucoup au marché, il faut d’ailleurs penser à la filière « qui est derrière et qu’on ne peut pas casser du jour au lendemain ». Il est appelé à évoluer, à se transformer pour être vert, souligne-t-il. De plus, il est « dangereux de n’être approvisionné que par un seul vecteur, en l’occurrence, l’électricité ».  

Il s’inquiète de la disparition de la boucle à eau chaude qui présente de « gros avantages ». Elle permet en effet de « mettre en amont à peu près n’importe quelle source d’énergie, ce qui donne la possibilité de s’adapter à des crises, à des événements qu’on ne peut prévoir aujourd’hui ». Il pense notamment au fait que cette solution peut accueillir des équipements ultra performants type PAC (Pompes à chaleur). Évitons les installations PAC + convecteur électrique qui pourraient prendre le relais de la pompe à chaleur air-air, et poser problème en hiver, avance-t-il. 

La boucle à eau chaude, du made in France innovant

Philippe Méon, président d’Énergies et Avenir, a détaillé les chiffres de la filière chauffage à eau chaude : ce sont 300 000 personnes, 22 000 entreprises dans le secteur du génie climatique, et dans l’industrie, 86 usines en France qui fabriquent des produits pour le marché français et exportent en Europe. Des emplois qualifiés, non délocalisables avec de nombreux professionnels RGE, qui représentent 90 milliards d’euros de CA. « Une filière également innovante » qui œuvre pour des systèmes toujours plus performants et bons pour l’environnement, « qui sont modélisés, testés dans 41 centres de recherche en France ». 

L’association « ne comprend pas » les orientations choisies par le Gouvernement pour parvenir aux objectifs de neutralité carbone. Exclure le gaz, c’est priver la construction neuve d’équipements très performants. C’est pénaliser une filière qui travaille à l’introduction du biogaz, de l’hydrogène notamment. Énergies et Avenir, qui représente les équipements toutes énergies, estime que la RE 2020 va « bloquer » l’innovation. Dans une étude dont les principaux résultats ont été révélés en exclusivité, il est démontré que la réglementation « impacterait 60% des réseaux de chaleur dans le collectif. Ce qui aurait dû être fait, c’est de conserver un coefficient de conversion de l’électricité, un contenu carbone représentatif du mix électrique qui aurait permis de valoriser les équipements les plus performants et d’écarter à coup sûr l’effet de joule ». 

Parmi les alternatives proposées par l’association pour faire de la réglementation « un accélérateur de la performance énergétique et de la décarbonation du bâtiment », une valorisation des équipements hybrides, une reprise de tous les titres V issus de la RT 2012, et une meilleure prise en compte de la chaleur renouvelable.  

Retrouvez demain, la deuxième partie de l'article consacrée au DPE. 

Rose Colombel
Photo de une : ©Adobe Stock

 

Redacteur

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