Rénovation : « C’est ensemble et seulement ensemble que nous réussirons », Philippe Pelletier Développement durable | 27.10.20

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Dans une lettre de mission datée du 7 octobre, le ministère en charge du Logement a confirmé Philippe Pelletier à la présidence du Plan Bâtiment Durable. Il revient pour Batiweb sur les chantiers en cours et à venir, et notamment sur le travail collaboratif à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de rénovation et répondre aux exigences de la future réglementation environnementale.

Lancé en 2009, le Plan Bâtiment Durable réunit des hommes et des femmes qui travaillent à l’atteinte des objectifs d’efficacité énergétique du secteur bâtiment et immobilier. A travers ses actions, il fédère et mobilise tout un écosystème, et se veut aujourd’hui un « intermédiaire de confiance » entre les pouvoirs publics et les acteurs privés. 

 

Récemment, le ministère en charge du Logement a confirmé Philippe Pelletier à la présidence, une nouvelle qu’il a accueillie avec enthousiasme. « J’ai lancé un certain nombre de sujets qui ne sont pas arrivés à maturité, et je trouvais intéressant de poursuivre », nous confie-t-il. « Je suis dans une action qui s’inscrit dans la durée. Toute la construction de notre chemin vers des bâtiments durables sur le plan énergie comme sur le plan carbone, nous fait regarder à horizon 2050 ».

 

Parmi les missions confiées au Plan Bâtiment Durable, celui d’amplifier son action.  Comment procéder ? 

 

Philippe Pelletier explique que ce qui est demandé « c’est d’amplifier et d’accélérer ». « Amplifier, c’est surveiller que les financements publics qui sont mis en place pour aider à la rénovation soient bien employés, qu’ils visent juste. Que les dispositifs soient facilement accessibles par les ménages et les entreprises concernées ». C’est également se rapprocher de ceux qui peuvent contribuer à cette transition énergétique, et notamment des collectivités territoriales. « Ce sont elles qui vont permettre l’amplification notamment en essayant de grossir la maille d’intervention. Il y a une dynamique collective à lancer pour que l’action se déroule au plan du quartier, de l’ilot, du centre-ville… ». 

 

Sur la construction, c’est un travail de « suivi et d’observation de la réglementation environnementale dans sa dernière phase de préparation » qui va être réalisé. C’est aussi l’élaboration progressive du label. Des travaux qui se feront « de façon très concertée ». Il sera également question de faire de la pédagogie, d’accompagner le secteur dans sa montée en compétences, de veiller à ce que « le programme de développement soit servi par des entreprises présentes sur l’ensemble du territoire, et dont les performances des prestations soient au bon niveau ». Philippe Pelletier insiste en effet sur la nécessité de « garantir » la performance des travaux. Pour ce faire, il propose de s’appuyer sur le Contrat de performance énergétique (CPE) en le rendant disponible « au plus grand nombre. Nous allons le simplifier parce que c’est une démarche à laquelle je me suis attelé avec un certain nombre d’acteurs compétents sur le sujet. Il y a beaucoup à faire ».

 

Sur le terrain, les acteurs sont-ils prêts à s’engager pleinement dans la dynamique de rénovation ? 

 

« Tout le monde a conscience que si l’on veut relancer l’économie, il faut relancer l’activité du bâtiment. Et que si l’on veut relancer l’activité du bâtiment, ce qui est le plus simple, le plus immédiat, c’est le programme de rénovation du bâtiment. Je crois que les fonds mis en place vont être rapidement employés. Et nous venons d’avoir un premier signal assez spectaculaire qui est cette réponse à l’appel à manifestation d’intérêt que les responsables de l’immobilier de l’État ont lancé en septembre. Sur un budget de 4 milliards d’euros qui peut être engagé, les demandes représentent 8 milliards de travaux. Le besoin de rénovation est criant, et ça correspond à un besoin de relance économique. Il y a une conjonction de facteurs qui me fait penser que la rénovation devrait se démultiplier », estime Philippe Pelletier. 

 

Si du côté de la rénovation, le mouvement est bien enclenché, qu’en est-il de la construction, et de l’objectif de construire plus durable ? Le président du Plan bâtiment durable se réfère tout d’abord au décalage dans la mise en œuvre de la RE2020. « Je trouve cela très bien. Il faut d’abord que les entreprises se remettent à travailler, qu’elles stabilisent leur activité avant de rehausser les efforts demandés. Je n’ai pas de doute que l’approche carbone que l’on propose, va être très vite partagée parce que dans le même temps, la pression sociale autour de la performance environnementale et carbone s’est accrue. Je mesure que l’on va rencontrer des difficultés, mais c’est propre à tout changement ou accélération d’une activité ». 

 

Le secteur bâtiment et immobilier devra s’approprier ces nouveaux sujets. Quel rôle pour le Plan Bâtiment Durable ?
 

Philippe Pelletier souligne que l’entité est sur « des mécanismes itératifs ». « Nous nous sommes fait une spécialité dans l’organisation de concertation entre les acteurs concernés par un sujet et les administrations ». Ces concertations permettent aux parties prenantes d’échanger autour d’un sujet en particulier, de dire ce qu’elles en attendent, de quelle manière elles souhaitent le voir évoluer. L’administration est à l'écoute et fait des propositions qui sont soumises à discussion. « C’est une quasi co-écriture des textes législatifs », avance-t-il. 

 

Il revient sur le label qui doit permettre d’anticiper l’après RE2020. Dans cet esprit de collaboration, le Plan Bâtiment Durable à mis une note de cadrage à consultation. Elle a suscité « de nombreuses observations que nous sommes en train d’intégrer pour avoir un deuxième document. Je vais bientôt proposer à l’État une méthode pour préparer ce label ». Collectivités, associations et organismes certificateurs seront sollicités pour accompagner les acteurs de la construction. « Il faut arriver à susciter une envie d’appropriation, et ça va prendre un peu de temps ». 

 

Réussir ensemble 

 

On le voit bien. La réussite des différents projets dépend de la collaboration des acteurs. Et s’il y a bien un événement qui a permis de se rendre compte de l’importance du « progresser ensemble », c’est la pandémie de la COVID19. « J’ai été tout à fait frappé par la prise de conscience qu’on a tous eu sur le plan mondial de nos interdépendances, de nos interactions ». Il n’y a qu’à voir « les conséquences en chaine qu’a le ralentissement d’activité d’un gros industriel. Tout ce jeu de dominos qui s’effondrent ». 

 

En rénovation comme en construction, « c’est ensemble et seulement ensemble que nous réussirons. Regardez une maison individuelle que l’on va rénover. Si on veut que la rénovation soit globale, qu’elle soit efficace, il n’y a pas d’autres solutions que de passer du travail des artisans qui interviennent lot par lot, à un travail collaboratif, voire à un groupement d’entreprises, où le travail des uns est coordonné avec le travail des autres pour donner au bâtiment, la performance attendue ». 

 

La crise a également fait apparaître « des fragilités nouvelles graves qu’il faut prendre en compte dans le logement ». Il pense au confort d’été que la future RE2020 va traiter, ou encore aux notions de qualité de l’air intérieur que le label devrait intégrer. « Je pense que cette crise a des ferments qui sont bien en ligne avec le programme qui se déploie actuellement et qui change de braquet. La crise ne va pas gêner ce processus, à certains égards, elle va même inciter à ce qu’il s’approfondisse ». 

 

Propos recueillis par Rose Colombel
Photo de une : ©Seqens - Alexis Goudeau

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