Face aux pénuries, des négociants de matériaux tiraillés

Distribution | 28.06.21
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Depuis quelques mois, les pénuries et les hausses de prix des matériaux compliquent la reprise pour les professionnels du BTP, mais aussi le travail des négociants. DL Négoce, éditeur de solutions numériques, revient sur les difficultés rencontrées par ses clients.

Établi depuis 35 ans et employant plus de 75 salariés, DL Négoce fait partie du groupe DL Software, qui comprend une dizaine d’éditeurs de logiciel dédiés à des marchés de niche. La grande spécialisation de DL Négoce, comme son nom l’indique, ce sont les négociants de matériaux de construction et des produits du BTP. 


« 80 % de nos clients sont des négociants de matériaux de construction et de bois, et 20 % sont des négociants sur le marché du matériel électrique, de la quincaillerie, des EPI, du sanitaire-chauffage, de la décoration et de la plomberie », précise Nora Hays, responsable marketing chez DL Négoce. 


Au total, ils sont 600 négociants, 1300 points de vente et 12 000 utilisateurs à bénéficier des services de DL Négoce sur les multiples aspects de leur métier : vente, achat, gestion de stock, reporting, pilotage, inventaire, réapprovisionnement, préparation de commandes, compatibilité, mobilités pour les commerciaux nomades, ecommerce…


De nombreux facteurs à l’origine des pénuries


Pour Nora Hays, la crise sanitaire a bien été un déclencheur des pénuries et de la hausse des prix des matériaux : « un ralentissement du secteur puis une reprise plus rapide que prévue combinés au surstockage de certains professionnels qui ont souhaité anticiper, accentuant ainsi le phénomène », estime-t-elle.


A cela s’ajoutent des facteurs économiques et politiques antérieurs à la pandémie, détaillées dans un article de DL Négoce qui évoque entre autres la politique de Donald Trump, désavantageuse pour les négociants européens.


« Les nombreux feux de forêt qui ont ravagé le territoire des États-Unis ont conduit l’ex-président américain à taxer le bois canadien. Les entreprises outre-Atlantique achètent à prix d’or le bois à l’Europe, laissant les négociants européens sans matière première pour leur chantier. Sans oublier la Chine, qui se lance aussi dans la course à l’achat, avec des prix du fret impactés par la crise. En conséquence, le prix de container en mer coûte le double aux négociants à ce jour », souligne DL Négoce. 


Entre des échanges transfrontaliers difficiles mais aussi la crise des scolytes, insectes qui ravagent les forêts depuis septembre 2018, la crise sanitaire est venue mettre le feu aux poudres, ou plutôt aux prix du bois, comme de l’acier : « Un de nos clients nous a expliqué que l’OSB avait fait fois 4 sur son prix d’achat, tandis que le coût de l’acier est monté de 25 % », cite Nora Hays. 


Selon DL Négoce, la pandémie a révélé la forte dépendance des négoces envers les matières premières étrangères, devenues des « denrées rares et disputées »


Un équilibre à trouver entre marge et satisfaction des clients


Parmi les clients de DL Négoce, la responsable marketing décrit essentiellement « des PME qui essaient de préserver leur marge tout en apportant un service à leurs clients ». D’après elle, les négociants sont obligés d’ajuster leurs prix, car ils sont impactés au niveau de leurs prix d’achat. « Ils souffrent plutôt d’avoir des augmentations, quasi-journalières. En termes de ressources, ils n’ont pas forcément la capacité d’avoir quelqu’un qui gère les tarifs en permanence », ajoute-t-elle.


Gestion des tarifs mais aussi gestion des stocks, qui se compliquerait davantage face aux fournisseurs des négociants, dont la mainmise sur les stocks se solidifie pour servir l’ensemble de leurs clients. 


Quelles solutions freineraient donc les conséquences de la pénurie ? Le gel de pénalités de retards ? Une mesure intéressante mais qui ne s’applique qu’aux marchés publics. Or, comme le rappelle Nora Hays, 80 % des marchés sont privés et ne bénéficieront pas directement de cette mesure. « L’idéal serait d’avoir une application uniforme sur tous ces marchés qu’ils soient publics ou privés », commente la responsable marketing de DL Négoce. 


Toujours d’après l’intéressée, des propositions alternatives, notamment celles récemment évoquées par la Fédération Française du Bâtiment sur le chômage partiel ou les crédits d’impôts, permettraient, peut-être, de soulager de façon plus équitable les marchés. 


En attendant les résultats des solutions gouvernementales, DL Négoce accompagne ses clients en cette période compliquée. Certains ont besoin d’outils, mais aussi de conseils sur la gestion de leurs stocks et de leurs tarifs. Afin d’optimiser ses services, l’entreprise compte même recruter pour ses équipes R&D et service client.


Virginie Kroun

Photo de une : Adobe Stock

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