Après tant de retard, la PPE 3 enfin dévoilée !
Publié le 13 février 2026 à 13h55, mis à jour le 13 février 2026 à 15h53, par Virginie Kroun

Enfin ! Après deux ans de retard, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) a été dévoilée pzr Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a fait ses annonces depuis le barrage de Vouglans et la centrale hydroélectrique de Saut-Mortier, dans le Jura.
Pour rappel, la PPE 3 déroule la stratégie énergétique de la France sur la période 2025-2035. « Concrètement, elle indique combien d’électricité nous consommerons, comment nous la produirons et quels investissements seront réalisés », est-il résumé sur le site du gouvernement. Un décret dans le Journal officiel doit être publié le 13 février.
« La France produit déjà aujourd’hui une électricité largement décarbonée, mais elle dépend encore fortement des énergies fossiles importées : pétrole et gaz représentent ainsi un coût d’environ 60 milliards d’euros par an », lit-on également. « Rompre cette dépendance aux importations d’énergie est un enjeu de souveraineté. »
« 2 millions de logements construits et électrifiés d’ici 2030 »
Le maître mot de cette PPE 3 : l’électrification de la France. L’objectif est de passer de 60 % d’énergies fossiles dans la consommation finale nationale actuellement à 60 % d’énergies décarbonées en 2030.
Place donc aux pompes à chaleur en remplacement des chaudières fossiles et aux « 2 millions de logements construits et électrifiés d’ici 2030 ». Des subventions sont également au programme, à travers une prolongation de MaPrimeRénov’ et des aides à l’autoconsommation. Du côté des mobilités, on relève la volonté d’accompagner l’installation de 170 000 bornes de recharge publiques.
De quoi réjouir la Fédération des Industries Électriques, Électroniques et de Communication (FFIEC). Le représentant des industries d’équipements électriques et numérique déplore tout de même « l’occasion manquée du PLF 2026 » de baisser l’accise sur l’électricité. Le plan doit selon lui également reposer sur des « capacités industrielles françaises et européennes ».
« Il est désormais urgent d’accélérer les consommations électriques en France, dans l’industrie, dans les data centers, dans la mobilité et dans le bâtiment, pour tirer le meilleur parti de l’électricité la plus décarbonée et la plus compétitive d’Europe », appuie Benoît Coquart, président de la FIEEC.
« Les énergies nucléaire et renouvelables sont complémentaires »
Sans surprise, Matignon mise sur le mix énergétique entre nucléaire et énergies renouvelables (EnR). « Les énergies nucléaire et renouvelables sont complémentaires. Le nucléaire assure une production stable et pilotable, tandis que les renouvelables permettent une production locale et flexible», commente le gouvernement.
Ainsi, pour la relance du nucléaire, la troisième PPE 3 prévoit une production à 380 TWh/an en 2030 et 420 TWh/an en 2035.
L’objectif était autrefois à 360-400 TWh. L’accent est mis sur le développement du parc nucléaire, dont la prolongation de réacteurs existants au-delà de 60 ans, « lorsque la sûreté le permet ». Ce qui représente 57 réacteurs, estime le gouvernement. Une attention particulière est portée sur la sécurisation du cycle du combustible et la capacité progression de l’EPR de Flamanville.
Il y a ensuite le volet renouvellement, à travers la construction de six – voire huit – nouveaux réacteurs EPR2. En comparaison, la PPE 2 tablait sur la fermeture de 14 réacteurs nucléaires. Côté ressources humaines, 100 000 recrutements dans la filière ont été annoncés.
Autre objectif de la PPE 3 : développer les « renouvelables de manière réaliste, maîtrisée et compatible avec les territoires ». Un état d’esprit qui s’applique pour le photovoltaïque, ciblant une capacité de 48 GW en 2030 et 55-80 GW en 2035, après 30 GW en 2025.
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«La filière solaire voit le brouillard s’estomper malgré cette baisse d’objectif », par rapport aux 54 GW d’abord fixés pour 2030, réagit Enerplan. Le syndicat des professionnels de l’énergie solaire est rassuré pour les projets de 2026 à 2028. «Le texte évoque en effet un objectif de 2,9 GW pour les années 2026 à 2028 avec une continuité dans le rythme de la PPE2, ce qui correspondrait à une programmation annuelle de 3,6 GW crètes, avec un plafond de 2,9 GWc d’appels d’offres et 0,7 GWc de soutien public en guichet. »
Son président Daniel Bour poursuit : « Il nous faut maintenant travailler rapidement pour assurer une insertion optimale sur le réseau des nouvelles capacités. Il nous faut parallèlement améliorer le prix capté par le solaire grâce au développement du stockage, qu’il soit colocalisé ou non. Ce chantier est primordial pour améliorer la compétitivité du solaire. »
Pour ce qui est de l’éolien terrestre, le gouvernement veut une progression vers 31 GW de production en 2030, puis à 35-40 GW en 2035, après environ 24 GW en 2025. Sur cette énergie, pas de nouvelles installations mais une « remotorisation de parcs existants ». Ce qui permettrait d’augmenter les puissances sans impacter le paysage, point de discorde sur l’éolien.
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D’ailleurs, malgré les débats l’éolien en mer reste dans la trajectoire énergétique française, qui reste sur les 15 GW de capacité initialement fixées pour 2035.
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Le choix d’annoncer la PPE 3 depuis un barrage hydraulique n’est pas anodin, alors que la feuille de route veut 2,8 GW issues des capacités de barrages. Soit +11 % en termes de puissance, qui inclut « 640 MW supplémentaires sur les concessions existantes ».
Pari sur les énergies non électriques
Bien que l’électrification règne dans la PPE 3, celle-ci s’ouvre également aux « énergies bas carbone non électriques ».
C’est-à-dire : la chaleur renouvelable et de récupération (objectif d’évolution de 172 TWh en 2023 à 328-421 TWh en 2035), le biométhane (de 9 TWh à 47-82 TWh) et les biocarburants (de 38 TWh à 70-90 TWh).
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Sans compter l’hydrogène, que le gouvernement veut pousser jusqu’à 8 GW. Une ambition que salue France Hydrogène. « Néanmoins la décomposition des chiffres présentée dans le document induit une vision bien différente : une production et utilisation de 20TWh d’hydrogène décarboné à 2035 – plutôt que les 40 TWh nécessaires -, soit le seuil bas de l’objectif de la Stratégie Nationale Hydrogène révisée. Une ambition largement insuffisante», lit-on dans son communiqué du 13 février.
D’autant que «la filière hydrogène peut transformer jusqu’à 60 TWh d’électricité – soit deux tiers de l’excédent d’électricité record de 2025 – en valeur ajoutée industrielle, en emplois non délocalisables, en souveraineté énergétique et alimentaire ».
« La France est proche de boucler le tour de table financier de projets vitaux pour sa souveraineté alimentaire, industrielle et énergétique… ou de les voir se délocaliser. Hydrogène, acier, chimie, mobilités décarbonées : l’horloge tourne, renouons avec l’ambition pionnière de la France », appuie son président Nicolas Brahy.
Le gestionnaire du transport d’électricité RTE a évalué le soutien des EnR sur 45 ans à entre 35 milliards d’euros – si les prix sont élevés – à 115 milliards d’euros – si les prix sont bas. La PPE 3 intègre des clauses de révision en 2027, si besoin de réviser les besoins et la situation internationale,.
« Abîme financier », « impasse énergétique », « tour de passe-passe »...
« Pour le Réseau Action Climat, la 3e PPE, dévoilée le 12 février, passe largement à côté de son objectif de renforcement de notre souveraineté énergétique », fustige son responsable Énergie, Bastien Cuq.
Il développe : « Tout d'abord, la modération des consommations, pilier essentiel de cette souveraineté, est la grande absente de cette feuille de route. Ensuite, le développement des renouvelables est réduit par rapport aux ambitions initiales. Quant à l’électrification des usages, elle est mise en avant dans le discours de Sébastien Lecornu, mais nous attendons les mesures concrètes de son gouvernement pour réduire la dépendance aux fossiles importés, alors que les moyens financiers dans ce domaine n’ont pas été à la hauteur dans la loi de finances 2026. »
Sur l’échiquier politique, les réactions fusent. « Le déploiement des énergies solaires et éoliennes, sur terre ou en mer, en baisse. Seul le nucléaire est en hausse. Un abîme financier », a taclé sur X Jean-Luc Mélenchon.
« Après trois ans d'hésitation solitaire, Macron passe par décret, sans discussion ni vote au Parlement, son plan pour l'Énergie », grince le chef de file des Insoumis.
Dans le camp écologiste, les députés sont soulagés, face à un éventuel moratoire sur les renouvelables par le gouvernement. « C'est une limitation de la casse : le maintien a minima de l'installation de nouvelles capacités de production renouvelable, la sécurisation des investissements déjà engagés pour les prochaines années et un horizon enfin éclairci pour de nombreux salariés », observent-ils.
Mais ombre au tableau : le persistent « choix d'un nouveau programme nucléaire massif ». L’atome reste pour les députés écologistes est « une impasse énergétique », avec ses coûts et peu viable, notamment car « peu flexible face aux besoins du système électrique » voire « générateur de déchets radioactifs dangereux ».
Côté RN, Julien Odoul dénonce sur franceinfo un « tour de passe-passe » sur l’éolien terrestre. « Il n'y a pas de majorité au Parlement pour valider cette feuille de route. Et donc Monsieur Lecornu, veut passer en force » par décret, martèle le porte-parole.
« On va avoir des éoliennes certainement encore plus grandes (...) Pour nos compatriotes qui sont à côté d'un parc éolien, c'est la chute du prix de leur foncier », s’alarme-t-il.














