Qualification ECO Artisan RGE : ce qu'en pensent vraiment les professionnels Eco-construction | 22.03.18

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C'est au Mandarin Oriental, hôtel parisien ayant récemment fait l'objet d'une rénovation, que la Capeb, Garance et Deloitte Développement Durable présentaient ce matin les résultats de kiWih, l'observatoire de la performance énergétique. L'occasion pour les trois partenaires de revenir sur la qualification RGE ECO Artisan, récemment mise à mal par plusieurs rapports. Retour sur les principaux enseignements de cette initiative plus pertinente que jamais.
A l'heure où la qualification RGE (Reconnu garant de l'environnement) est en pleine transformation, Garance Mutuelle, la Capeb, qui représente les artisans du BTP, et Deloitte, spécialiste de l'audit et du consulting, ont récemment lancé un observatoire commun, dédié à la performance énergétique des bâtiments.

Baptisé kiWih, ce dernier livrait ce 22 mars le bilan de ses premières analyses, qui résultent notamment d'une enquête menée auprès des adhérents de la Capeb qualifiés ECO Artisan RGE. Une manière, entre autres, de répondre aux accusations de l'UFC-Que choisir et du Conseil général de l'environnement, qui s'étaient plaints d'un dispositif trop compliqué aux résultats mitigés.

Toujours plus de mobilisation, mais des motivations qui divergent

D'après kiWih, les résultats sont pourtant bien là : le nombre d'ECO Artisans n'a cessé de grimper ces dernières années, passant de 2 200 professionnels concernés en 2011 à 12 074 en 2018. Surtout, les motivations des répondants font clairement apparaître que l'impact commercial de la qualification passe au second plan, comme le signalait Sébastien Soleille, directeur de Deloitte Développement Durable. La réduction des consommations d'énergie s'impose en effet comme la principale finalité, citée dans 84% des cas.

La qualification n'en reste pas moins perçue « comme un vecteur de développement commercial », d'après Sébastien Soleille, puisque 63% des répondants considèrent qu'elle leur a permis d'acquérir de nouveaux clients, et 86% qu'ils sont en mesure de valoriser leurs savoir-faire par ce biais. Ils sont aussi 48% à estimer que la certification les avait poussé à adapter leur manière de travailler.

Du côté des clients, les motivations sont plus mitigées. Selon les répondants professionnels, les particuliers chercheraient avant tout à améliorer le confort du logement en engageant des travaux de rénovation (96% des cas). L'aspect économique (obtention des aides et réduction des charges) est également cité par 94% des sondés. La réduction de l'impact environnemental du bien immobilier, elle, ne totalise que 50% des suffrages.

De la nécessité à faire évoluer un dispositif (encore) trop complexe

Il faut dire qu'un manque d'information et de sensibilisation des ménages se fait toujours ressentir sur le marché ! Tout comme la Fédération française du bâtiment (FFB) et le CGEDD, l'observatoire pointe le nombre trop important d'aides mises en place pour accompagner les particuliers dans leurs démarches. Sébastien Soleille a ainsi rappelé que « 89% des répondants réclament la simplification et l'harmonisation » des aides, dont certaines, d'ailleurs, seront modifiées dans les prochains mois.

Le président de la Capeb, Patrick Liébus, a également annoncé plusieurs pistes d'amélioration envisagées, parmi lesquelles la mise en place d'un guichet unique pour se renseigner sur les différents dispositifs existants. Surtout, d'après lui, il est nécessaire que le gouvernement renforce la communication autour des atouts de la rénovation énergétique afin que les ménages s'impliquent davantage dans l'effort national déployé tant bien que mal. Pour l'heure, Patrick Liébus n'a pas hésité à qualifier d'« inquiétante » l'évolution de la qualification RGE actuellement envisagée.

Et les non RGE ?

La publication du rapport du Conseil général de l'environnement relatif au RGE, puis les réactions de la FFB qui ont suivi, n'avaient pas manqué de déclencher de vives réactions parmi les lecteurs de Batiweb, directement concernés. « Grosse fumisterie » pour certains, « pompe à fric » pour d'autres, le dispositif a été particulièrement malmené.

De nombreux artisans avaient d'ailleurs pointé leurs difficultés à financer la formation nécessaire à la qualification, qui, du reste, n'assurerait pas un retour sur investissement suffisant. Ces professionnels préféraient dès lors perdre « une part de marché, en refusant d'entrer dans le moule RGE ».

Cependant, les raisons de la non-qualification de certains artisans seraient bien différentes, d'après Patrick Liébus. En effet, l'activité de ces professionnels ne s'y prêterait pas, ou le marché ne serait pas suffisamment porteur. Les « jeunes d'aujourd'hui » seraient néanmoins davantage « formatés » pour répondre à ces problématiques, selon le président de la Capeb.
              

Fabien Carré
Redacteur

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