Décarbonation : France Gaz chiffre jusqu’à 460 Md€ d’économies grâce aux gaz verts

France Gaz veut remettre le coût des investissements pour la décarbonation au cœur du débat sur le système énergétique français. Alors que la stratégie énergétique française fait de l’électrification des usages l’un des principaux leviers de décarbonation, France Gaz défend le maintien des gaz renouvelables dans le mix énergétique.
Mardi 8 septembre, le syndicat du gaz a présenté son étude prospective « Perspectives gaz 2050 », selon laquelle un système énergétique accordant davantage de place aux gaz renouvelables et bas carbone permettrait de réduire de 330 à 460 milliards d’euros les investissements nécessaires d’ici à 2050, par rapport au scénario de référence de la troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC). Plus de la moitié de ces économies seraient réalisées avant 2035.
L’étude repose sur deux scénarios, tous deux présentés comme compatibles avec l’objectif de neutralité carbone en 2050. Le premier mise sur le développement d’écosystèmes locaux favorisant la production de gaz renouvelables dans une logique d’économie circulaire. Le second repose davantage sur une relance industrielle et sur le développement des échanges internationaux. Leur point commun est de conserver un mix énergétique diversifié, plutôt que de faire de l’électrification le principal levier de décarbonation de l’ensemble des usages.
« Il faut absolument revenir sur la neutralité technologique », a déclaré le président de France Gaz, Frédéric Martin. Pour la fédération, particuliers et industriels doivent pouvoir choisir entre plusieurs solutions énergétiques en fonction de leurs besoins, tout en respectant les objectifs de réduction des émissions.
Des économies sur les équipements et les infrastructures
Lors de la conférence de presse, France Gaz a évalué à environ 4 000 milliards d’euros le coût cumulé de la transition énergétique française à l’horizon 2050, dont près de la moitié serait liée à la mobilité. Les économies annoncées portent sur les investissements nécessaires à cette transformation.
Selon le syndicat professionnel, elles tiennent notamment au choix des équipements et à l’utilisation des infrastructures existantes. Des équipements efficaces ou hybrides pourraient répondre aux besoins des ménages et des industriels tout en limitant les opérations de conversion. France Gaz défend également un dimensionnement stable des infrastructures gazières, qui pourraient continuer à acheminer des molécules renouvelables ou bas carbone. Les infrastructures hydrogène viendraient compléter ce dispositif à partir de 2029, d’après le scénario de France Gaz.
Une baisse de la consommation de gaz dans tous les cas
« Plus vous produisez en France des molécules vertes, plus vous faites à l'économie globale des coûts de conversion », affirme Frédéric Martin.
Par exemple, selon le raisonnement de France Gaz, dans le secteur du bâtiment, une chaudière gaz pourrait continuer à fonctionner avec du gaz renouvelable, évitant le remplacement de l’équipement. Une conversion vers un autre vecteur énergétique entraînerait, selon les configurations, des dépenses supplémentaires.
La consommation de gaz n’en resterait pas moins orientée à la baisse. France Gaz prévoit des volumes compris entre 221 et 278 TWh en 2050, soit une diminution de 27 à 42 %. Dans le bâtiment et l’industrie, cette évolution serait portée par l’efficacité énergétique, l’hybridation et les effets attendus du changement climatique comme la hausse des températures en hiver. Dans le tertiaire, les réglementations sur la performance énergétique des bâtiments devraient également contribuer à cette baisse.
Un pari sur la production française
La trajectoire défendue par France Gaz suppose une montée en puissance de la production nationale de gaz renouvelables et bas carbone. France Gaz estime que certaines ressources de biomasse, notamment les déchets et résidus, offrent encore des marges de développement pour la production de gaz renouvelables.
La méthanisation doit rester le principal levier à court terme, selon France Gaz, tandis que de nouvelles filières pourraient permettre de valoriser les déchets non méthanisables, parallèlement au développement du bioGPL pour certains usages diffus dans les territoires ruraux.
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe un objectif de 44 TWh de biométhane injecté dans les réseaux en 2030. France Gaz juge cette cible atteignable et chiffre à environ 14 milliards d’euros les investissements nécessaires pour l’atteindre, soit près de 3 milliards d’euros par an, selon ses calculs.
Le développement de la filière dépend toutefois, selon la fédération, du cadre réglementaire. Elle réclame notamment la publication du dispositif des certificats de production de biogaz (CPB), censé donner davantage de visibilité aux investisseurs.
« Tout le retard qu'on prend, c'est autant d'économie qu'on ne fait pas », insiste Frédéric Martin.
France Gaz demande également que les projets de réduction ou de suppression de certaines dessertes gazières fassent l’objet d’une évaluation précise de leurs coûts et souhaite que les collectivités, propriétaires de nombreux réseaux, soient associées aux décisions.
France Gaz fait également valoir les retombées économiques qu’elle associe au développement des gaz renouvelables, notamment dans les territoires agricoles, ainsi que les enjeux de souveraineté et de sécurité énergétiques. Ces dimensions ne figurent pas dans les 330 à 460 milliards d’euros d’économies avancés par le syndicat. Pour Frédéric Martin, cette estimation ne constitue dès lors qu’un « minimum ».
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