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25 ans après le 11-septembre, un scandale à l'amiante éclate à New York

Publié le 09 septembre 2026 à 12h00, mis à jour le 09 septembre 2026 à 17h45, par Virginie Kroun

25 ans après les attentats du 11-Septembre, la mairie de New York révèle des archives sur la toxicité de l’air aux alentours du World Trade Center. Amiante, benzène, métaux lourds... Telles étaient les substances chimiques repérées au lendemain des attaques. Des informations que la municipalité a dissimulées pendant des années, selon des notes internes.
Le World Trade Center en 1993, huit ans avant les attentats du 11-septembre ©Adobe Stock - Batiweb
Le World Trade Center en 1993, huit ans avant les attentats du 11-septembre ©Adobe Stock

À la veille des 25 ans des attentats du 11 septembre, un scandale éclate. Dans le sillage des 2 977 morts durant les attaques (sur le total des 2 753 morts à New York), plus de 400 000 personnes ont été exposées à un air toxique, estiment les auteurs d'un rapport du World Trade Center Health Program.

Car en plus des explosions et de la foule paniquée et désespérée, on se rappelle des immenses nuages de cendres et de poussières, notamment lors de l'effondrement des tours jumelles à New York. « Des gens sont tombés malades parce que les dirigeants auxquels ils faisaient confiance leur ont menti en leur affirmant qu’ils pouvaient respirer sans danger un air toxique », a déclaré l'actuel maire de la Big Apple, Zohran Mamdani, le mardi 8 septembre, en officialisant l'ouverture d'une plateforme. 173 000 documents y sont publiés, prouvant des dissimulations sur la toxicité de l'air par la municipalité, peu après les attentats contre le World Trade Center. Les données devraient s'enrichir dans les 12 mois à venir. 

De l'amiante et des substances toxiques repérées au lendemain des attentats

 

Dans les médias anglo-saxons, les exemples de contamination de l'air fusent. Dans le New York Times, on mentionne le cas du 15 John Street, situé à un bon 1,5 kilomètre du World Trade Center. 

« Le 13 juillet 2002, alors que le sud de Manhattan était encore recouvert de débris, des inspecteurs s’affairaient à prélever des échantillons de poussière dans l’immeuble. Chaque rapport faisait écho au précédent : présence d’amiante sur le rebord de la façade. Présence d’amiante sur le toit côté ouest. Présence d’amiante sur le câble électrique supérieur », relatent nos confrères new-yorkais. « Certains rapports indiquent que les concentrations d’amiante semblaient rester en dessous des limites fixées par les agences de protection de l’environnement et des travailleurs ; d’autres suggèrent qu’elles auraient pu être trop élevées, bien que bon nombre de ces documents ne soient pas accompagnés d’analyses écrites ».

Allons même plus proche du lendemain du drame : en novembre 2001, un audit réalisé et transmis par un cabinet privé à l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) sur la base de données recueillies par la ville de New York et les agences de l’État, a dévoilé une forte concentration de benzène, substance cancérigène, comme d'amiante à la décharge de Fresh Kills, sur l'île de Staten Island. 

Pas de chiffres précis sur cette zone. Néanmoins, toujours selon le New York Times, des échanges entre le Département new-yorkais de la protection de l’environnement (DEP) évoquent des tests menés entre septembre 2001 et avril 2002 au sein de l'immeuble de la Deutsche Bank, au 130 Liberty Street. Les résultats ont affiché un taux d'amiante dépassant le seuil de 1 % à partir duquel sa présence est caractérisée, et impliquant une gestion sécurisée et réglementée. Sans compter la présence de contaminants organiques cancérigènes, de métaux lourds, de champignons et de bactéries

Un manque de transparence dénoncé par les victimes 

 

Selon les statistiques rendues fin juillet dernier par le September 11 Victim Compensation Fund (VCF), 70 411 victimes de préjudices corporels et 6 222 décès ont été indemnisés depuis 2013. 

Les témoignages de victimes ne manquent malheureusement pas. Le New York Times parle notamment de Michael Verzi, pompier à New York, décédé d'un lymphome lié à son intervention à Ground Zero, site de Manhattan à New York où se situaient les tours jumelles. Pourtant, lui comme ses collègues avaient été assurés que « la qualité de l’air était bonne, qu’ils pouvaient se rendre sur place », explique sa femme Denise Verzi. 

À la BBC, Phil Alvarez témoigne sur son frère Luis Alvarez, emporté par un cancer en 2019, causé par une exposition aux émissions toxiques de Ground Zero, tandis que le frère de Karen Klingon, lui, habitait à cinq minutes des lieux. Après avoir développé un asthme et un cancer diagnostiqué en 2019, il décède des suites d'une tumeur cérébrale. «Il y a sans doute beaucoup de recherches qui peuvent être menées sur ce qu’il y avait dans l’air, et sur le type de maladies découlant de ces toxines présentes dans l’air, comme ce qui est arrivé à mon frère», déclare sa sœur, qui a justement assisté aux procès « 9/11 Health Watch ».

L'association de défense des victimes a mené cette procédure pour obtenir la publication des documents. Pour son directeur Ben Chevat, les documents montraient la connaissance de la Ville de New York sur le danger, « alors même que les responsables municipaux continuaient d’affirmer au public que l’air était “sûr et acceptable” ». 68 cartons de documents ont été découverts en 2025. Selon le quotidien canadien La Presse, ces documents pourraient incriminer deux prédécesseurs : Rudy Giuliani, le maire en poste lors des attentats (de janvier 1994 à 31 décembre 2001) et Michael Bloomberg (de janvier 2002 à décembre 2013). 

« Je viens ici le matin et parfois, l’odeur est insupportable », a partagé le premier fin octobre 2001 à un journaliste du New York Daily News. « On la sent et on a l’impression qu’il y a quelque chose qui cloche. Mais on me dit que ce n’est pas dangereux pour la santé. »

Des notes internes en pagaille


Si l'entourage des anciens élus n'a pour l'heure pas répondu aux sollicitations de la presse, il n'empêche que les New-Yorkais avaient eu pour conseil de nettoyer la poussière et les débris à l’aide de « serpillières et chiffons humides », malgré la présence d’amiante. Or le nettoyage de celle-ci doit être relégué à des professionnels agréés, comme l'a souligné dans une note le député Jerrold Nadler. L'intéressé « juge que l’EPA a manqué à sa responsabilité de surveiller la qualité de l’air intérieur autour de Ground Zero », avertit dans une note de service la responsable municipale Ester Fuchs à six personnes, dont le conseiller juridique en chef de la ville, Michael Cardozo, le 28 février 2002.

Mme Fuchs aurait également indiqué que M. Nadler avait déclaré que l’EPA fédérale « avait transféré à la ville la responsabilité de mesurer la qualité de l’air intérieur sans mettre en place de mesures de contrôle appropriées ». Responsabilité que la municipalité avait à son tour transmise aux propriétaires immobiliers.

Il y a également cette note de service adressée à l'ancien adjoint au maire Robert Harding en octobre 2001, où un collaborateur avertissait que 35 000 plaintes potentielles pourraient peser sur la mairie de New York pour sa gestion des attentats. Les avis sanitaires ont notamment incité des personnes « à retourner trop tôt dans la zone (provoquant une exposition à des substances toxiques ou un préjudice psychologique) ».

« Ils étaient au courant de la situation concernant la qualité de l’air, et ils n’ont pratiquement rien fait pour y remédier », appuie M. Nadler. « Je soupçonne que tout ce qui leur importait, c’était de rouvrir Wall Street, et qu’ils se moquaient éperdument de la santé des gens qui se trouvaient là-bas. »

La divulgation des documents pourrait entraîner des poursuites judiciaires et demandes d'indemnisation, de la part des victimes. La question est de savoir : combien de temps prendront ces procédures et pour quels résultats ? En France, l’association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva) réclame depuis plus de vingt ans un procès pénal au plan national. Après avoir tenté en mars 2022 une citation directe de 14 hauts responsables, l'association a essuyé en mai 2023 un refus du tribunal correctionnel de Paris. 

 

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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