Gestion de l'eau : les professionnels du secteur interpellent les candidats à l'Élysée

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, les professionnels de l’eau se mobilisent pour inscrire durablement la question de la gestion de la ressource dans le débat politique. La Fédération professionnelle des entreprises de l’eau (FP2E) appelle les candidats à en faire une « grande cause nationale », tandis que les Acteurs du traitement des eaux de la parcelle (Atep) publient un manifeste de dix propositions pour accélérer le développement de solutions décentralisées, au plus près des bâtiments et des territoires.
L’objectif commun est de sortir d’une approche de l’eau dictée par les épisodes de sécheresse et les aléas climatiques. L’eau est « une cause météo-sensible » qui « vaut plus que ça », a rappelé Estelle Grelier, présidente de la FP2E, mardi 3 novembre, auprès de l’AFP, en marge d’une conférence de presse. Alors que les sécheresses et les canicules successives ont replacé le sujet au premier plan, l'organisation souhaite éviter que les pouvoirs publics aient à « reconsidérer ces sujets » à partir de zéro « à chaque gros aléa climatique ».
4,6 milliards d’euros d’investissements annuels à rattraper
Premier chantier identifié par la FP2E : sécuriser le financement des services publics d’eau. Selon son livre blanc, les retards d’investissement dans les infrastructures représentent 4,6 milliards d’euros par an. À cette somme s’ajoutent les dépenses nécessaires à l’application des nouvelles réglementations relatives à la qualité de l’eau potable.
La fédération rappelle par ailleurs que les fuites des réseaux entraînent en moyenne la perte d’un litre d’eau potable sur cinq. Elle préconise, en conséquence, de porter les dépenses consacrées à la politique de l’eau à 1 % du produit intérieur brut (PIB), contre 0,84 % actuellement.
Parmi ses propositions figure également l’adoption, dans les 100 jours suivant l’élection présidentielle, d’« une loi pluriannuelle de financement de la transition écologique avec un volet eau ». Ce dispositif serait assorti d’un suivi et d’une « forme de règle d'or » destinée à « évaluer de manière préalable à l'adoption des projets ou des propositions de loi » leur « impact sur la ressource en eau ».
À l’échelle européenne, la FP2E souhaite que la France prenne la tête de la politique de l’eau, avec une « capacité d'intervention et de conviction comparable à son engagement en matière de politique énergétique ». La fédération demande également de consacrer « un fléchage de 2 % » des 7,3 milliards d’euros du crédit d’impôt recherche à la recherche privée sur la qualité de l’eau potable, contre moins de 1 % actuellement.
Au total, une cinquantaine de propositions ont été formulées par la FP2E, qui souhaite organiser un grand débat entre les candidats à la présidentielle le 1er décembre.
Dix propositions pour mieux gérer l’eau
En complément des investissements dans les infrastructures collectives, l’Atep entend promouvoir la gestion de l’eau à l’échelle des bâtiments et des parcelles. L’association, qui fédère plus d’une trentaine d’entreprises (fabricants, sociétés de services, bureaux d’études et installateurs), a publié un manifeste intitulé « L’eau n’attendra pas », décliné en dix propositions pour la période 2027-2032.
« La France est à la croisée des chemins. En 2027, elle devra faire des choix déterminants pour son avenir. Parmi les priorités du prochain quinquennat, l’eau doit occuper une place centrale. Sa disponibilité conditionne notre santé, notre alimentation, notre économie et la capacité de nos territoires à faire face au changement climatique. Nous pouvons encore anticiper plutôt que subir. Mais le temps se réduit », affirme Marc Sengelin, président de l’Atep.
Parmi les mesures proposées figure la création d’un dispositif « France Rénov’Eau », destiné à accompagner les particuliers dans leurs projets de récupération des eaux pluviales et de réutilisation des eaux grises, avec le soutien des agences de l’eau, des collectivités et de l’Anah. L’association propose également d’intégrer un volet « eau » au diagnostic de performance énergétique (DPE), afin d'évaluer notamment la consommation d’eau potable et les possibilités de récupération et de réutilisation.
Le manifeste fixe par ailleurs un objectif de 10 % de réutilisation des eaux usées traitées d’ici à 2030. Il préconise aussi de favoriser la récupération et le stockage des eaux pluviales, ainsi que leur prise en compte dès la conception des aménagements.
Le bâtiment appelé à intégrer davantage les enjeux liés à l’eau
Pour le secteur de la construction, l’Atep souhaite rendre obligatoire une étude de faisabilité « eau » pour les bâtiments, portant sur la récupération des eaux de pluie, la réutilisation des eaux grises, l’infiltration et le choix du dispositif d’assainissement. Elle propose également de conditionner le raccordement au réseau public d’eau potable à une attestation de conformité des installations intérieures.
L’association souhaite enfin le renforcement du suivi des équipements, avec un entretien périodique et une traçabilité des interventions dans le carnet d’information du logement. Elle propose de créer une « carte d’identité de l’eau » recensant les installations, leur historique et les travaux réalisés. Autres priorités : accélérer la réhabilitation de l’assainissement non collectif, notamment grâce à des aides ciblées, et inscrire la gestion de l’eau à la parcelle dans la planification écologique. L’Atep demande à ce titre de réactiver le Plan d’action national pour l’assainissement non collectif (PANANC), un programme national destiné à structurer et accompagner le développement de cette filière d’assainissement.
Avec AFP
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