Quand bâtiment, santé et technologie améliorent la vie des séniors

Numérique - BIM | 15.09.21
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Quel nombre de séniors, quelles interventions politiques, quelles initiatives entrepreneuriales et quels enjeux futurs cache la notion de la vieillir à domicile ? Réponses apportées ce lundi par différents acteurs du bâtiment mais aussi de la santé et de la technologie, qui évoquaient lors de tables rondes des solutions déployées pour améliorer le cadre de vie du sénior en EHPAD, mais surtout chez lui.

Ce lundi 13 septembre, deux tables rondes organisées par IGNES, alliance d’industriels proposants des solutions électriques et numériques dédiées au bâtiment et la Fédération française des intégrateurs électriciens (FFIE), ont réuni différents acteurs du bâtiment, du médico-social ainsi que de la technologie. Le but ? Discuter de la nécessité d’unir ces trois domaines dans l’amélioration du cadre de vie du sénior dans le bâtiment, dans un établissement de santé dédié, mais aussi plus particulièrement dans son propre logement.

Une nécessité avec ses contraintes, selon Luc Broussy, président de Silver Eco mais aussi auteur du rapport « Nous vieillirons ensemble ». Ce rapport interministériel fait un état des lieux et des enjeux du « bien vieillir chez soi » qui nécessite « un logement adapté, un environnement qui soit bienveillant pour les personnes âgées. La notion de territoire est essentielle aussi car on ne vieillera pas de la même façon à Guéret ou à Paris dans le 17ème », développe Luc Broussy.

Vieillir chez soi, un choix de plus en plus privilégié

Selon les chiffres livrés durant les tables rondes, 3 millions de personnes seront en perte d’autonomie d’ici 2030, cinq millions de personnes seront âgés de 85 ans et plus d’ici 2050, 11 millions de proches aidants existent aujourd’hui, et 21 % seulement des plus de 85 ans vivent en EHPAD. Des données qui en disent long sur l’envie grandissante des seniors actuels, issus de la génération baby-boom, de vieillir chez soi et d’adapter leur logement à leur parcours de vie. 

Fini donc le jardin luxuriant et le bel escalier qui, selon Luc Broussy, sont facteurs d’accidents domestiques : « 10 000 personnes âgées de 65 ans et plus meurent chaque année d’accidents domestiques. Il faut une véritable politique publique. Je rappelle que les séries de risques dans la vie,  les accidents de la route, le tabac, on est arrivé par la politique publique à les diminuer. Le chiffre d’accidents mortels de personnes âgées à domicile n’a pas varié d’un iota depuis vingt ans : 9 000 en 2000, 9 000 en 2020 ».

D’autant qu’aux yeux de Franck Perraud, vice-président de la FFB, l’attachement à l’habitat est une particularité en France. « Ce qu’on voit bien dans le bâtiment, par rapport à d’autres pays, c'est que le logement n’est pas qu’un toit, c’est ancré dans notre culture, c’est d’autant plus vrai dans les pays latins que les pays anglo-saxons » argumente l’intéressé, convaincu en outre en l’importance des pouvoirs publics dans le développement de la qualité de vie des seniors, à travers divers dispositifs  : « On peut parler du plan baignoire d’Action Logement, on peut parler d’Action Cœur de Ville aujourd’hui qui prend en compte le maintien des séniors en centre-ville (...) ».

Arnaud Brouquier, co-président de l’Alliance nationale des intégrateurs de technologies (Anitec), croit de son côté « au développement de l’EHPAD sur son territoire ». « Je travaille avec pas mal de clients sur le sujet, pour que l’EHPAD d’un village ou d’une petite commune, devienne l’élément central de tout le village. Donc on aura des résidents en EHPAD, mais peut-être qu’on aura des personnes âgées à leur domicile. Grâce à la technologie, l’EHPAD pourra peut-être aider, surveiller, superviser ces équipements-là, pour garantir, une sorte de sécurité à ces séniors qui resteront à leur domicile ».

Faire de la vieillesse une question transversale

Impliquer les pouvoirs publics d’accord, mais jusqu’à quelles limites ? C’est la question que l’on se pose quand Agnès Firmin Le Bodo, deputée de la Seine Maritime, nous évoque son projet, lorsqu’elle était vice-présidenet il y a quatre ans, de distribution de chemins lumineux.

Ce dispositif guide les personnes âgées au sein du bâtiment en pleine obscurité et évite des chutes la nuit. En se concertant avec la conférence des financeurs, une telle mise en place n’a pas été possible, car « il fallait passer par un appel d’offres, etc. C’était juste une procédure administrative qui nous empêchait de faire quelque chose qui me semblait tellement évident et faisable ».

Avis partagé également par Benoit Coquart, président d’IGNES, qui voit derrière ces solutions non seulement une amélioration du cadre de vie de seniors à domicile, de leurs aidants mais aussi un retour sur investissement. « Les chutes dans les EHPAD comme à domicile, c’est un coût pour les collectivités, deux milliards d’euros. Parce qu’une chute c’est une hospitalisation. Si on peut éviter ne serait-ce d'un tiers ou de moitié les chutes, mécaniquement ça a un impact significatif sur les finances publiques ».

Finances publiques nouvellement incarnées par MaPrimeAdapt’, le pendant de MaPrimeRénov’ pour l’aménagement de l’habitat d’une personne âgée ou en perte d’autonomie. L’objectif de ce nouveau dispositif ? Faire passer le nombre actuel d’adaptations de moins 100 000 à 300 000, voire 400 000 au fil du temps.  

Au-delà des aides financières, les politiques doivent, d’après Agnès Firmin Le Bodo, prendre en charge la vieillesse d’un point de vue interministériel et non par le prisme de la santé. Une démarche transversale soutenue par Vanina Paoli-Gagin, sénatrice de l’Aube. D’ailleurs, une chaire Silvertech, à l’université technologique de Troyes dans le département, croise recherche académique, technologique, socio-économiques afin de développer produits et dédiés à la sécurité et l’autonomie des personnes âgées. 

Obliger l’usager ou le sensibiliser ?

Hormis la recherche l’innovation et l’implication des pouvoirs publics, un autre « dénominateur commun » de la vieillesse, pour Vanina Paoli-Gain, c’est l’acceptation social de l’usager, qu’il soit à domicile ou en maison de retraite. « Si on veut pousser le virage numérique, il faut essayer de le relier à des objectifs majeurs que nous avons dans les établissements. On cherche l’amélioration du niveau de vie ou de la prise en charge de nos résidents, de leur sécurité, des conditions de travail pour les équipes soignantes » soutient également Franck Appellan, directeur général adjoint des opérations de ProBTP.

La crise sanitaire actuelle et les mesures de distanciation sociale ont été l’occasion à la technologie de faire ses preuves, y compris chez les seniors. Mis à part les outils de lien social, les outils de domotique, de maintenance technique, capteurs sur les ouvrants sont de plus en plus développés. Le problème, c’est que « tout ça génère de la donnée, de la data , ce qui inquiète les séniors et aidants. L’enjeu est donc de sécuriser ces données, d’assurer une certaine garantie qu’on maîtrise tout ça », évoque Arnaud Brouquier.

Une relation de confiance à nouer davantage avec un interlocuteur intermédiaire, c’est-à-dire l’aidant, les établissements médico-sociaux, au CCAS mais aussi le bailleur social « qui doit prendre l’initiative d’équiper ces logements » affirme Luc Broussy. Parmi d’autres solutions afin d’encourager la tendance, le président de Silver Eco encourage non pas à créer de nouveaux métiers associés à ces nouvelles technologies mais plutôt à recruter dans les métiers susceptibles de collaborer sur le sujet.

Sont évoqués les ergothérapeutes et installateurs électriciens, mais également les ingénieurs en domotique et psychothérapeutes. Un panel d’expertises pouvant potentiellement faire avancer de façon collégiale la notion de « bien vivre chez soi ».

 

Virginie Kroun
Photo de une :  Adobe Stock
 

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