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Prévention et femmes du bâtiment : « C'est bénéfique pour tout le monde ! »

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Publié le 27 mars 2026 à 7h30, mis à jour le 27 mars 2026 à 17h11, par Virginie Kroun

Lors d’un événement organisé par la CAPEB Ille-et-Vilaine, focus sur la prévention santé-sécurité des femmes dans le BTP. La députée et ancienne ministre Élisabeth Borne le voit comme un vecteur de mixité dans le secteur.
©Virginie Kroun - Batiweb
©Virginie Kroun

« Sevelar meskañ ! » ou construire la mixité en breton ! Tel est le grand thème de la journée organisée par la Condéfération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment d’Ille-et-Vilaine (CAPEB 35), le 13 mars. Parmi les conviées : Élisabeth Borne.

À la menuiserie Saint-Joseph à Noyal-sur-Vilaine, l’ancienne Première ministre se retrouve devant un parterre de femmes du secteur, dont des apprenties. Les retours d’expérience de ces femmes du bâtiment se poursuivent avec une table ronde sur la santé des salariées du secteur. Un vaste sujet, mais totalement inconnu pour celle qui a été ministre du Travail entre 2020 et 2022. 

« À chaque fois qu'on féminise un métier, qu'on est amené à l'adapter, (…) c’est autant d’avancées pour les hommes dans ce secteur. (…) C'est bénéfique pour tout le monde ! », développe Mme Borne. Et de prendre exemple sur la crise COVID-19 et la réaction du BTP,  « un des secteurs qui avait la capacité à définir des règles pour travailler en préservant la santé des salariés », applaudit la députée du Calvados. 

À ses côtés, le président national de la confédération, Jean-Christophe Repon acquiesce : « On a beaucoup discuté avec la Première ministre sur la réforme des retraites, et la potentielle usure prématurée que nos métiers pourraient amener. C'est dans ce cadre-là qu'on a réfléchi avec l’OPPBTP, (…), mais également aussi avec l'Observatoire de PRO BTP ».

Un déséquilibre vie pro-vie perso pour 78 % des femmes du bâtiment

 

L’échange entre la femme politique et l’artisanat du bâtiment s’est enrichi des derniers chiffres du baromètre Artisanté. Dans le panel : 2 351 chefs d’entreprises dont 174 femmes et 140 conjoint.es et collaborateurs.rices dont 113 femmes. Parmi les répondantes, 62 % se disent attentives aux conséquences de leur activité sur chantier. 

Certes, 74 % des répondantes s’estiment en bonne santé. Mais alors que la notion de charge mentale revient souvent dans le quotidien des femmes, 62 % des conjointes collaboratrices citent l’administratif comme principale charge de travail. Autres poids : ceux des douleurs musculaires (47 % des sondées) et des troubles émotionnels (45 %). 68 % éprouvent souvent voire très souvent le stress et 63 % une fatigue importante. 

« En fin d’année 2025, début d’année 2026, les répondantes se déclarent majoritairement fatiguées (72 %) et inquiètes (41 %)», indique le baromètre. 55 % des rapportent un sommeil de mauvaise voire très mauvaise qualité. 

Et pour cause : si 55 % des répondantes se disent totalement épanouies dans leur métier, 78 % ressentent que leur vie professionnelle empiète sur leur vie privée. 42 % déclarent travailler plus de plus de 50h par semaine et 43 % le week-end. Durant leurs congés, elles sont 61 % à consulter leurs mails

Une étude de l’IRIS-ST montre que sur les 360 femmes de l’artisanat du BTP et du paysage interrogées, 22 % ont écourté leur congé maternité pour reprendre le travail. 9 % n’en ont même pas bénéficié. « La prise des congés maternité n'est pas évidente pour elles. Elles ne peuvent pas prendre la totalité de leurs congés. Parfois, c'est un choix, mais parfois c'est aussi une contrainte. Donc il faut pouvoir travailler sur ce périmètre-là », commente Yann Danion, président de l’OPPBTP.

Une prévention pour les femmes… mais aussi « à côté des hommes »

 

M. Danion évoque également la dernière étude de l’OPPBTP, sur les « savoir-faire de prudence » des femmes du bâtiment. L’IRIS-ST corrobore ces conclusions : 75 % des compagnonnes interrogés disent aborder la prévention de leurs collègues hommes, avec davantage d’anticipation et de préparation aux risques. 

Relevons toutefois d’autres chiffres de l’Institut : 21 % des sondées déplorent une offre d’équipements de protection personnel (EPI) limitée. Notamment en termes de tailles/coupes de vêtements de travail. Un « chiffre important car 70 % travaillent exclusivement dans un bureau », souligne l’étude. 12 % ont du mal à trouver certains EPI et 8 % ne trouvent pas du tout d’EPI adapté. 

Un manque qui revient au/à la dirigeant.e de l’entreprise. Car comme le résume bien Corinne Postel, première vice-présidente de la CAPEB nationale : «Un chef d'entreprise en bonne santé, des salariés en bonne santé, c'est aussi une activité pérenne et une entreprise qui prospère. »

D’autant que la Commission nationale des femmes de l'artisanat de la CAPEB « défend la place des femmes dans l'artisanat et pas au détriment des hommes, mais à côté des hommes », affiche sa présidente Véronique David.

Quid de la sensibilisation ?

 

Certes Élisabeth Borne a été l’architecte de l’impopulaire réforme des retraites en 2023. Les négociations à l’époque – auxquelles la CAPEB a participé – ont donné toutefois donné naissance Fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (FIPU). Doté d’un budget d’un milliard d’euros sur cinq ans, il reste méconnu des entreprises, déplore-t-elle : « Je pense qu'on sait qu'il peut y avoir des nouveaux outils (…) qui peuvent réduire ces sujets d'usure professionnel. »

Une mutualisation des moyens salutaire pour Jean-Christophe Repon. « La difficulté, c'est d'aller capter la TPE pour qu'ils aillent chercher ces fonds-là. Cela prendra un peu de temps, il faut trouver des solutions pour le rendre plus visible, mais c'est pour nous un élément essentiel que cette aide-là aille à l'entreprise et non pas sur des opérations de communication de grande envergure », tempère le président de la CAPEB.

Les opérations de communication et de sensibilisation sont le fort de PRO BTP. Une mission nécessaire, alors que « tout un pan de la relation des gens à la santé se fait en dehors de l’Assurance maladie, qui d’ailleurs n’arrive pas à se financer elle-même », affirme Hervé Naerhuysen, directeur général de la complémentaire santé et de l’Observatoire de la Santé. 

Cet observatoire collecte des savoirs sur la vie professionnelle mais aussi personnelle des adhérents. Il a pris le pli d’aborder spécifiquement les besoins, selon la biologie masculine et féminine. « Nous construisons les contenus de l'observatoire avec rigueur scientifique de façon à offrir différents contenus avec plusieurs niveaux de lecture », poursuit Delphine Licht, directrice Recherche, Innovation et Prévention Santé de PRO BTP. En résultent de grandes campagnes médiatiques, de la chaîne M6 au journal La Croix.

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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