En Bretagne, trois apprenties du bâtiment témoignent !
Publié le 20 mars 2026 à 14h05, mis à jour le 20 mars 2026 à 17h17, par Virginie Kroun

Le ciel est couvert et pluvieux quand Élisabeth Borne arrive à la menuiserie Saint-Joseph, à Noyal-sur-Vilaine, à côté de Rennes, ce vendredi 13 mars.
Mais la météo n’enlève rien à la réjouissance affichée par l’ancienne Première ministre. Invitée par la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment d’Ille-et-Vilaine (CAPEB 35), pour le 8 mars, Journée internationale des droits de la femme, Mme Borne a exprimé son intérêt de bâtir la mixité dans ce secteur.
« Je pense que c'est important de casser un peu les stéréotypes, car tous ces métiers du bâtiment peuvent aussi intéresser les jeunes filles. Moi, je suis convaincue qu'on vit mieux dans un monde où il y a de la mixité », déclare celle qui est maintenant députée du Calvados.
Une féminisation qui fait son chemin parmi les chefs d’entreprises. Y compris chez le co-fondateur de la menuiserie Saint-Joseph, Christophe Dubreuil. « Je me disais que s'il y avait des femmes dans l'équipe, ça allait perturber le comportement des hommes. Et puis, les fenêtres, les planches, c'est quand même très lourd… », confie-t-il. Pourtant, une étude de l'OPPBTP reconnaît des savoir-faire de prudence chez les salariées.
Sa vision change quand il accueille sa première stagiaire : « Quand elle m'a présenté son profil, elle m'a dit avoir construit sa maison en bois. J’étais hyper impressionné… ». Impression qui se renforce face à l’« endurance » et la « volonté » affichée par sa collaboratrice et celles qui ont suivi.
Louane Chauvin, apprentie en CAP Peinture : « On a des capacités. Franchement, il faut y croire ! »
Volonté qu’on retrouve sur le visage sur le Louane Chauvin, en CAP Peinture au CFA de Montgermont et présente également aux côtés d’Elisabeth Borne. Une orientation qui n’était pas dès le départ une évidence pour cette apprentie de 18 ans.
« J’ai tenté après le collège une aventure dans la pâtisserie qui s'est vite arrêtée », raconte-t-elle. « Pendant une année, j'ai commencé à réfléchir à ce qui me plaisait et je me suis rendue compte que c'était tout ce qui était les couleurs, le travail à la main… »

Après des stages en couture, la voilà finalement dans une première entreprise de peinture : « Ils m'ont trouvée un peu frêle, comme j'étais une fille, le seul point négatif de toute ma carrière. Donc je suis partie. »
Mais Louane ne s’est pas arrêtée là : « Une semaine après, j'ai trouvé une autre entreprise avec laquelle le stage s'est très bien passé. Il y avait déjà des filles dans la boîte, donc forcément, pour eux, aucun problème de nous prendre. »
L’aspirante et – inspirante – peintre est à sa troisième entreprise : Loury Peinture Déco à Chateaubourg. L'apprentissage de Louane s’y déroule bien et aucune raison que les choses se déroulent autrement, selon l'intéressée.
« J'encourage toutes les femmes qui se sentent capables à venir dans ce métier, et dans les autres métiers du bâtiment, parce que tout le monde a les mêmes intérêts. Ce sont les mentalités et les préjugés qui nous empêchent de venir », déclare-t-elle, confiante, devant une foule de professionnels et professionnelles aguerris, qui acquiescent.
« On a des capacités. Franchement, il faut y croire ! », soutient-elle.
Rozenn Padiou, apprentie couvreuse : « J’aime la hauteur, ça me fait pas peur ! »
Du haut de ses 18 ans, Rozenn Padiou a cru en ses capacités. C’est ce qui lui a permis de décrocher son CAP de couvreuse au CFA de Montgermont. « J'aimais bien travailler de mes mains », déclare-t-elle, passionnée.
Aujourd’hui en certificat de spécialisation Zinc, Rozenn s’éclate au quotidien : « On travaille plein de choses, notamment l'ardoise, le zinc… On peut aussi faire beaucoup d'ornements grâce à la zinguerie. On peut aussi faire des dessins sur les toits en ardoise », liste l’apprentie. « C'est assez créatif quand même et c'est ce que j'aime beaucoup. »

Même la pénibilité du métier ne freine pas sa vocation : « J'aime aussi la hauteur, ça me fait pas peur !» De l’altitude qu’elle peut apprécier depuis les toits qu’elle refait durant son apprentissage au sein de Garrault Couverture à Balazé.
Rozenn reste la seule femme dans son entreprise. Précisons que, d’après l’enquête « Les femmes dans l’artisanat du BTP et paysage » publiée par l'IRIS-ST, 39 % femmes embauchées sont des salariées, 19 % des apprenties et 13 % de stagiaires.
Mais pas de quoi décourager l’optimisme de l’intrépide apprenante : « J'ai fait deux entreprises différentes, j'ai toujours été bien accueillie. C'était même assez valorisant d'être une femme parce que ça changeait, parce que ça évoluait, parce que c'était nouveau aussi un peu. »
Agathe Lelandais, apprentie en BP menuiserie : « Le genre n'a jamais été une question »
C’est la passion du bois et de la matière qui a guidé Agathe Lelandais vers la menuiserie. Autrefois étudiante en histoire de l’art, l’apprentie BP Menuiserie de 26 ans travaille aujourd’hui au sein de l’entreprise Dauguet à Saint-Gilles.
« J'ai toujours été très bien accueillie dans les entreprises. Surtout la première où au final être une femme n’était pas du tout un frein », raconte également la jeune femme. Même côté vestiaire, vécu comme une contrainte par certaines entreprises, notamment d’un point de vue financier.

« Mais il y a des solutions toutes simples qui existent », contre Agathe, citant un système de bungalow mis en place dans sa première entreprise.
« Dans la deuxième entreprise où je travaille, le genre n'a jamais été une question. On n'en a jamais parlé, je n'ai jamais subi de réflexions », poursuit-elle
En même temps, pourquoi cela devrait-il ? «On demande beaucoup aux femmes de faire des preuves. Peut-être que c'est dans l'autre sens qu'il faudrait travailler !», invoque cette jeune femme déterminée et bien dans ses bottes.

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