Granulats, déblais... Immersion dans la plateforme de valorisation Edycem

Une chaleur écrasante s'abat sur nos épaules lorsqu' on arrive sur la plateforme de valorisation et granulats d'Edycem à Mérignac (Gironde), ce vendredi 19 juin. La marque du groupe Herige, spécialisée dans le BPE et la préfabrication béton a racheté cet ancien site industriel appartenant à une ancienne société familiale et s'étendant sur 12 hectares du bassin bordelais.
Une localisation qui en « fait un virage stratégique vers la valorisation des matériaux et de l'économie circulaire », affiche fièrement Wilfried Decombredet, directeur régional Nouvelle Aquitaine BPE et Granulats. « Il n'y a pas de carrières qui s'ouvre depuis des dizaines d'années sur le département de la Gironde. Plus les matériaux viennent de loin, plus le but c'est de retraiter ce qui se trouve sur place et d'en faire quelque chose. ».
Selon les estimations du groupe, l'utilisation de granulats recyclés sera 30 à 40 % moins cher que celle de granulats naturels pours les chantiers en zone bordelaise. Pour les centrales à béton, le coût reste équivalent.
Au total, ce sont 250 000 tonnes de matériaux entrant qui affluent sur la plateforme, dont 140 000 tonnes de matériaux inertes en 2025.
Dix collaborateurs permanents travaillent sur le site de valorisation, réunissant notamment des conducteurs d'engins, des chauffeurs de poids lourds, des agents de bascule, des agents d’exploitation... On retrouve également son responsable Julien Dulugat, qui nous embarque dans un tour de la plateforme.
Une double vérification des matériaux rapportés
On commence avec le point d'accueil. Les clients qui y déposent leurs déblais de déconstruction ou d’excavation recoivent en amont un Document d'Acceptation Préalable (DAP), identifiant matériaux entrants (provenance, nature).
Place ensuite au pont-bascule automatisé, doté d'un double système de caméras : une à l'entrée identifie la nature du matériau et vérifie les déclarations du chauffeur, une à la sortie du pont-bascule aide à lire la plaque d'immatriculation du camion.

Elles sont complétées par deux autres systèmes. D'abord le service numérique de l'État Track Déchets, capable de gérer la tracabilité des déchets, même inertes. Puis d'une balance automatisée et connectée avec le logiciel de gestion et de facturation RSAI. Le pont bascule est calibré et étalonnée tous les ans, afin de maintenir sa précision.
« Il peut arriver qu'avec le nombre de camions, la poussière, les vibrations, on connaisse des écarts de tonnage qui se dérèglent », confie M. Dulugat. En cas de doute, une double vérification humaine est effectuée. Une fois la réception jugée conforme, le chauffeur repasse sur le pont-bascule pour récupérer un bon papier, qu'il signe et en retire un exemplaire. Un second est conservé par la plateforme.
S'il y a une non-conformité aux standards de tri, des déclassements sont appliqués, jusqu'à refus de la benne. Sachant que : « Les inertes non valorisables subissent une facturation à la réception, et en fonction de la qualité du tri déjà effectué, on vient appliquer un tarif différent. Ensuite, sur la partie des inertes valorisables, il y a une politique tarifaire qui est préférentielle. Mieux le matériau est trié, moins le client paiera, voire jusqu'à la gratuité du matériau à la réception », expose le reponsable de la plateforme.
Car après tout, l'installation tend à sensibiliser les acteurs des chantiers à la valorisation des déchets. Une centaine de camions arrivent chaque jour, fonctionnant sur le système double-fret : le client qui dépose — qui englobe négoces de matériaux, entreprises de gros-oeuvre, de TP-VRD, de paysagistes, voire particuliers — repart avec des produits d'Edycem : des matériaux recyclés contre des matériaux valorisables, des matériaux non-valorisés contre des matériaux non-valorisables.
Quel circuit pour quel type de matériaux récupérés ?
Soulignons que selon le type de dépôt, le circuit emprunté n'est pas le même. Au-delà de distinguer les valorisables des non-valorisables, le tri effectué par Edycem s'organise par familles de produits (béton ferraillé, béton non ferraillé, mélanges de gravats, terres à cribler, terres contenant des blocs à trier...).
Par exemple, la plateforme de valorisation recueille aussi les retours de béton des centrales Edycem girondines qui, avec des déchets de déconstruction réintroduits, forment les granulats recyclés Bétonval.
Avant d'être commercialsés en big bag ou en vrac, toutes ces matières collectées se trouvent sur une zone dédiée à leur tri, concassage, criblage. Les sources sont diverses, les modes opératoires également, mais sont tous gérés par prestataires.
Obtenir un béton de déconstruction non ferraillé nécessite d'éliminer les impuretés et de respecter la taille compatible au concasseur. Les corps légers (plastique, bois, polystyrène) sont détachés via une soufflerie, tandis que les concasseurs modernes sont équipés d'aimants pour capturer la ferraille. Les gravats (briques, céramiques, etc.) sont dissociés du béton pour pour optimiser la qualité des produits recyclés. Les retours de béton, récoltés dans les toupies des centrales, sont transformés en blocs puis concassés.
Le Bétonval qui ressort du circuit peut répondre à divers besoins : matériau sous couche pour les routes (chaussées, parkings et trottoirs) ; aménagements paysagers (matière pour les chemins, allées…) et béton prêt à l'emploi (BPE). Les retours bétons permettent la production des Edyblock, des blocs de béton lancés en 2024 et en deux tailles : 1 tonne et 2,4 tonnes.
Fortes chaleurs obligent, des camions citernes vont et viennent pour humidifier les sols. Ce qui limite l'exposition à la poussière et facilite la circulation des engins. En somme : plus de confort pour les salariés.
Mais cela rend-il le site gourmand en eau ? « C'est vrai qu'on est parti pour douze jours de chaud, donc on va avoir une consommation d'eau un peu inhabituelle. Mais ça reste quand même très ponctuel », nous répond Julien Dulugat. « Globalement, dans l'année, c'est compliqué de marcher ici parce que c'est très humide », glisse également Béatrice Vila, directrice Marketing et Communication d'Edycem.
Nous arrivons ensutite face à des monticules de terre. Il s'agit des déblais d’excavation de chantiers, « qui ont un potentiel de valorisation en terre de support, terre de culture », indique M. Dulugat. Pareil, les tas sont bien distingués « J'ai une terre noire, j'ai un sable terreux, pas trop d'argile, pas trop de produits en mélange, pas trop de cailloux dans la terre », poursuit le responsable de la plateforme Edycem.
Ces terres sont revalorisées dans le produit Geoval+, une terre noire criblée mais aussi amendée, c'est-à-dire intégrant des éléments organiques et minéraux ( dont 5 % de compost végétal), pour la fertilisation des sols. Ce qui rend le produit approprié à l'aménagement paysager, à l'agriculture, l'horticulture ou le jardinage et confirmant l'importance de l'aménagement extérieur pour l'activité de l'industriel.
Une installation de lavage pour les dépôts alluvionnaires
Autre installation à Mérignac : une installation de lavage, infrastructure héritée des anciens propriétaires. Maintenant recyclée, cette infrastructure gère maintenant les déblais de terrassement inertes, issus de chantiers proches des anciens lits de la Garonne.
Une fois que des études de sol et des analyses approfondies ont permis de caractériser le gisement, les bruts alluvionnaires circulent dans cette station aux bras tentaculaires. Car une fois lavées et criblées dans un gigantesque tambour, les dépôts sont acheminés séparément selon leur genre et leur granulométrie.
Actuellement, ressortent environ 60 % de sable (0/2mm), 25 % de graviers (2/8, 8/16, 7/22, 20/40), et le reste en fines de lavage, ces argiles stériles, qui sont séchées et stockées à part, en attendant de leur trouver une voie de valorisaton. Un partenariat entre Edycem et l'École centrale de Nantes chercher à trouver des solutions pour les ressources non-valorisables.
Les eaux de lavage finissent, après dépôt des fines, dans des bassins de décantation après, avant de retourner dans un plan d'eau. « C'est très rare qu'on injecte de l'eau du forage pour laver nos matériaux », souligne Julien Dulugat.
La plateforme traite actuellement entre 55 000 et 80 000 tonnes de bruts alluvionnaires tonnes par an, reutilisés dans des applications comme le sable de tranchée ou le gravillon drainant. « On a un gisement qui a une spécificité, c'est sa colorimétrie qui est très recherchée, ce côté blanc-gris qu'on ne retrouve que très rarement dans les sols », note le responsable du site. Souvent appelée l'« Aquitain » et le « Girondin », cette teinte fait de ces dépôts une matière adaptée pour les dalles de terrasse.
Lors de son acquisition en 2022, le taux de valorisation à Mérignac s'élevait au total à 10 %. ll atteint 35 % en 2025 et vise 45 % en 2026, voire jusqu'à 70 % d'ici cinq ans. Les efforts de fluidification de la circulation, des process de tri et de qualification des ressources veulent aller dans ce sens.
Mais au-delà de ces améliorations, Edycem entend-elle répliquer ce modèle dans ses autres régions d'implantation ?« Il faut déjà se faire la main avec cette plateforme », insiste Olivier Collin, directeur général d'Edycem, bien qu'il ne soit fermé à examiner une opportunité, si elle se présente...
Ne manquez plus l’actualité du bâtiment ! Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP Je m’abonne gratuitement → |






















