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Adaptation climatique : le nouveau défi du bâtiment

Publié le 08 octobre 2026 à 12h15, par Nils Buchsbaum

Canicules, inondations, sécheresses : le bâtiment entre dans l’ère de l’adaptation au changement climatique. À Batimat, le Cerema et Saint-Gobain ont exposé leurs pistes pour mieux préparer le bâti aux risques à venir.
©Adobe Stock - Batiweb
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Pendant des années, le bâtiment a concentré une grande partie de ses efforts sur la réduction des consommations d’énergie et des émissions de carbone. Cette bataille est loin d’être achevée, mais une autre s’est installée dans le débat. Il ne s’agit plus seulement de limiter le changement climatique. Il faut désormais construire et rénover pour vivre avec ses effets.

Le sujet était au cœur d’une conférence organisée le 28 septembre à Batimat, sur le stand de Saint-Gobain. Karim Selouane, directeur délégué aux affaires européennes et internationales du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement (Cerema), y intervenait aux côtés de Thierry Bernard, directeur général de Saint-Gobain pour l’Europe du Sud, le Moyen-Orient et l’Afrique. Leurs fonctions respectives les conduisent à aborder le sujet sous des angles différents. : Karim Selouane raisonne à l’échelle des territoires et des politiques d’adaptation, quand Thierry Bernard se place davantage du côté des solutions techniques proposées par son groupe industriel. Le constat qui se dégage de leurs interventions est néanmoins commun : les réponses techniques existent en grande partie, mais leur déploiement reste encore à organiser.

L’été 2026 a rendu la question du changement climatique moins théorique. La France métropolitaine a connu 53 jours de vagues de chaleur entre la mi-juin et la fin août, selon Météo-France. En plus des souffrances et traumatismes vécus pas une large partie de la population, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) estime que ces épisodes amputeraient d’environ 0,1 point la croissance annuelle française, principalement à travers leur effet sur la production agricole.

Pour le bâtiment, la chaleur n’est toutefois qu’une partie du problème. Sécheresse et retrait-gonflement des argiles, pluies intenses, inondations, grêle, tempêtes, incendies ou submersions marines peuvent affecter les structures et les équipements. Le changement climatique oblige ainsi à regarder autrement la vulnérabilité du patrimoine existant. 

 

Un bâtiment ne s’arrête pas à ses murs

 

Karim Selouane insiste sur un point souvent absent des raisonnements : « Un bâtiment n’est jamais construit hors sol, il est très souvent interconnecté ». Une école, un hôpital ou un immeuble de bureaux ne peut pas être considéré indépendamment des routes qui le desservent, du réseau électrique, de l’alimentation en eau ou des télécommunications. Un bâtiment peut résister à un aléa et devenir malgré tout inutilisable, si l’une de ces infrastructures cède.

Cette approche conduit aussi à hiérarchiser les risques selon l’usage. Deux constructions comparables ne présentent pas la même sensibilité si l’une abrite un hôtel et l’autre un hôpital. C’est précisément ce que cherche à intégrer la méthode ABCD du Cerema, pour « Adapter les Bâtiments au Climat de Demain ». Elle articule collecte des données, diagnostic de vulnérabilité, stratégie et planification, en tenant compte des trajectoires climatiques et du cycle de vie du bâtiment. 

La France s’est dotée d’une trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique. Elle conduit à préparer le pays à un réchauffement moyen de +2 °C en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle.

Le mouvement dépasse le cadre national. En mars 2024, la Déclaration de Chaillot, adoptée par les représentants de 70 pays réunis au premier Forum mondial Bâtiments et Climat, a placé la résilience climatique aux côtés de la décarbonation parmi les chantiers à conduire dans le secteur.

 

Des solutions disponibles, mais encore peu déployées

 

« Le défi n’est pas technologique. Les solutions existent », affirme, volontaire, Thierry Bernard. 

Pour se protéger des vagues de chaleur, Saint-Gobain défend d’abord une logique de protection passive et progressive. L’enveloppe doit limiter les apports de chaleur, tandis que l’inertie des matériaux et la ventilation permettent d’en ralentir puis d’en évacuer les effets. Le recours au refroidissement actif n’intervient qu’en dernier ressort. « On ne met pas une climatisation dans un bâtiment qui est mal isolé », résume le dirigeant de Saint-Gobain.

Thierry Bernard met en avant plusieurs résultats obtenus avec les solutions vendues par son groupe : il évoque jusqu’à 10 °C d’écart dans des combles mieux isolées et une réduction de 3 à 6 °C des pics de surchauffe avec un vitrage à contrôle solaire. Sur un bâtiment mêlant logements et bureaux près de Paris, l’association de plusieurs systèmes aurait réduit de 46 % le nombre d’heures dépassant 26 °C. 

 

Le financement, gros chantier de l’adaptation

 

Au 1er janvier 2025, 3,9 millions de résidences principales étaient encore classées F ou G au DPE. La modification du coefficient de conversion de l’électricité entrée en vigueur en 2026 devait mécaniquement faire sortir environ 700 000 logements de cette catégorie, selon une simulation du service statistique du ministère de la Transition écologique. Elle ne modifie cependant ni leur exposition aux fortes chaleurs, ni leur vulnérabilité à d’autres risques climatiques.

Selon Karim Selouane comme Thierry Bernard, rénover des millions de logements en tenant compte à la fois de températures de l’hiver et de l’été suppose de sortir d’une lecture exclusivement énergétique du bâtiment.

Les deux intervenants en viennent ainsi au même verrou. Les solutions techniques sont inutiles si les propriétaires, les bailleurs ou les collectivités ne peuvent pas les financer, si les risques futurs ne sont pas intégrés assez tôt dans les projets et si la performance réelle des travaux n’est pas mesurée.

L’adaptation climatique déplace donc progressivement les frontières de la rénovation. Après avoir cherché à consommer moins et à émettre moins de carbone, le secteur doit aussi apprendre à garantir l’usage des bâtiments lorsque les conditions extérieures se dégradent. Pour les logements, les écoles ou les établissements de santé, la question touche désormais moins au seul confort qu’à la possibilité de continuer à les occuper.

 

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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