Électrification du matériel de chantier : où en sont vraiment les entreprises ?

Matériel de chantier électrique, le début de l’histoire
Lors d’une interview en 2024, Laurent Puybaret, responsable du service Technique Hygiène et Sécurité à la Ficime, Fédération des entreprises internationales de la mécanique et de l'électronique, expliquait que « moins de 5 % des ventes d’engins de chantier concernent des modèles électriques. Mais selon nos projections, qui se basent sur des scénarios volontaristes, (...) ce chiffre pourrait passer à 22 % en 2030 et atteindre 66 % en 2040 ».
Quels équipements sont déjà disponibles en version électrique ?
À partir de 2018, les versions électriques des machines compactes de moins de 5 tonnes ont commencé à se faire une place sur le marché. Il a fallu attendre un peu plus, plus précisément depuis 2022, pour voir apparaître des excavateurs électriques de classe moyenne de 20 à 25 tonnes.
L’offre s’est considérablement développée ces dernières années. Aujourd’hui, plusieurs catégories d’équipements sont déjà matures :
- Mini-pelles électriques ;
- Chargeuses compactes électriques ;
- Nacelles élévatrices sur batterie ;
- Compacteurs électriques ;
- Groupes électrogènes hybrides ;
- Véhicules utilitaires de chantier électrifiés.
Les matériels légers et compacts sont les plus avancés, car leurs besoins énergétiques restent compatibles avec les capacités actuelles des batteries. En revanche, les engins lourds — grandes pelles hydrauliques, bulldozers ou tombereaux de forte capacité — restent plus complexes à électrifier à grande échelle.
Certaines entreprises explorent également des solutions hybrides ou l’utilisation de batteries interchangeables afin de limiter les temps d’arrêt.
Une adoption encore limitée dans la réalité du terrain
Malgré une offre plus riche, le déploiement reste relativement prudent. La majorité des entreprises de construction n’ont pas encore basculé massivement vers des flottes entièrement électriques. Selon une étude menée par l’organisation professionnelle Evolis, les engins de chantier électriques vendus dans le monde en 2024 s'élèvent à 7 283 unités. La chine représente, à elle seule, 60 % des achats. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.
Le coût d’acquisition
Le premier frein reste financier. Le prix d’un équipement électrique peut être sensiblement supérieur à celui de son équivalent diesel. Même si le coût total de possession peut devenir compétitif sur plusieurs années grâce à la baisse des dépenses en carburant et en maintenance, l’investissement initial demeure important. Actuellement, un engin électrique coûte toujours approximativement le double du prix d’un modèle thermique équivalent.
L’offre semble pour le moment réservée aux grandes entreprises, qui disposent d’une capacité d’investissement plus élevée que les PME du secteur.
Les infrastructures de recharge
Un chantier n’est pas une usine fixe. L’accès à une alimentation électrique suffisante constitue encore un défi majeur. Les entreprises doivent prévoir :
- des bornes temporaires ;
- des systèmes de stockage d’énergie ;
- des solutions mobiles de recharge ;
- parfois des micro-réseaux énergétiques.
Cette dimension logistique transforme en profondeur l’organisation du chantier.
L’autonomie des équipements
Même si les progrès des batteries sont rapides, certains usages intensifs restent difficiles.
Sur des journées longues ou dans des conditions exigeantes (terrassement lourd, températures extrêmes, fonctionnement continu), l’autonomie peut devenir une contrainte opérationnelle.
Les responsables de chantier privilégient donc souvent une approche progressive.
Les engins électriques permettent-ils de faire des économies ?
Si l’on a vu précédemment que le coût d’achat était plus élevé, les équipements électriques permettent néanmoins de faire de réelles économies au cours de leur utilisation. Ils permettent en effet de réduire les coûts d’exploitation de 70 % grâce à l'économie de carburant. Cela représenterait entre 10 000 et 15 000 dollars par an et par équipement. Il en va de même pour l'entretien, dont la note globale serait divisée par deux, en raison notamment de l'absence d’huile, de filtre ou encore de liquide DEF.
Une aide de 50 millions pour l'électrification des équipements
L’ADEME, Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, a lancé le 30 juin 2026 un appel à projets sur les engins et solutions électriques dans le BTP. Doté d’une enveloppe de 50 millions d’euros, le plan d'électrification du gouvernement couvre l’acquisition d’engins neufs, le rétrofit d’engins existants et les infrastructures de recharge, aussi bien fixes que mobiles.
Les engins mobiles automoteurs utilisés principalement dans le secteur du BTP sont concernés, à l'exception de ceux qui sont une combinaison d’une machine et d’un porteur de type camion ou tracteur. Les nacelles indoor et les chariots industriels à mât vertical ne sont également pas éligibles à cette aide.
L’objectif final des pouvoirs publics est d’atteindre le financement de 1 000 engins. Tous les acheteurs potentiels en France, y compris les collectivités publiques, sont concernés. Il faut néanmoins que le projet soit exécuté en France.
Pour conclure, il est facile d'affirmer, à l'instant T, que le marché demeure dans une phase de transition. Les entreprises ne cherchent plus seulement à remplacer un moteur thermique par une batterie. Elles repensent l’ensemble de l’écosystème chantier : énergie, logistique, maintenance et pilotage des équipements. Les prochaines années seront déterminantes. La baisse du coût des batteries, le développement des infrastructures mobiles et les évolutions réglementaires pourraient accélérer fortement l’adoption.
Par Alexandre Masson (intervenant externe)
Ne manquez plus l’actualité du bâtiment ! Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP Je m’abonne gratuitement → |














