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Recyclage et réemploi : que pensent les architectes de la REP Bâtiment ?

La Responsabilité Élargie du Producteur (REP) appliquée aux produits et matériaux de construction et du bâtiment (PMCB) est une réglementation qui entre en vigueur à compter du 1er janvier 2023. Entre recyclage et réemploi, qu’en pensent les architectes ?
Publié le 25 janvier 2023

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Recyclage et réemploi : que pensent les architectes de la REP Bâtiment ? - Batiweb

Outre les diverses difficultés d’approvisionnement en matériaux, le secteur du bâtiment fait aujourd’hui face à la hausse des coûts des matières premières, il s’agit donc de bonnes raisons qui peuvent encourager l’économie circulaire et du réemploi des matériaux. Par ailleurs, nous vivons d’importantes mutations du métier d’architecte, avec des sujets comme la réhabilitation, la récupération, et le recyclage. Aujourd’hui, faire de l’architecture rime aussi avec l’exploitation d’un potentiel estimé à moins de 1 % du gisement de Produits et Matériaux de Construction du secteur du Bâtiment (PMCB), faisant l’objet de réemploi.

L’une des grandes gageures des prochaines années

Augmenter la part du réemploi dans le secteur du bâtiment est l’une des grandes gageures des prochaines années. Loïc Daubas, l’un des deux cogérants de l’agence d’architecture Belenfant Daubas, établie à Nozay, souligne que le réemploi a toujours fait partie de l’histoire de l’architecture. « Depuis la Rome antique jusqu’à nos jours, les architectes recyclent. Lorsqu’un château était démoli ou une église désacralisée, les ruines devenaient naturellement des carrières pour réutiliser les matériaux dans la construction de nouveaux bâtiments ». Un exemple concret que l’architecte connaît par cœur se trouve dans les murs de l’agence même qui l’abrite. « Le bâtiment où se trouve notre agence d’architecture date du 18e siècle et contient certains éléments de charpente datant du 19e siècle » explique-t-il, tout sourire. « La preuve que le recyclage est intrinsèque à l’architecture ». De ce fait, la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) appliquée aux produits et matériaux de construction et du bâtiment (PMCB) est la réglementation qui encadrera mieux certains gestes devenus habituels avec le temps. Les architectes de l’atelier Belenfant Daubas ont livré un équipement public où ils ont privilégié, le réemploi en recyclant la pierre locale pour y fabriquer une clôture. « Le rôle de l’architecte c’est l’orientation, selon la potentialité des éléments ».

©Bernard Renoux - Réemploi de palis de schiste, agence Belenfant Daubas

Une discussion avec plusieurs jeunes architectes à peine sortis d’Écoles d’Architecture confirme que la jeunesse s’empare des problématiques du recyclage en architecture. De même, nous remarquons que les sujets de diplômes des Écoles d’Architecture traitent de plus en plus des problématiques du réemploi. Par ailleurs, certaines agences d’architecture se spécialisent dans le réemploi. Donnons l’exemple des architectes de Bellastock, qui font tout leur possible pour mettre en synergie les chantiers de démolition et de construction d’un territoire. Ainsi, de Paris à Marseille, en passant par Nantes, la réhabilitation gagne du terrain, le devenir d’un immeuble inutilisé devient un enjeu, et les problématiques de la réutilisation de certaines ressources se posent. D’ailleurs, nous apprenons qu’à l’instar de plusieurs associations, la MAF (Mutuelle des Architectes Français) accompagne certains architectes dans leur démarche écoresponsable. L’association Ecrouvis qui a la compétence de diagnostiquer le réemploi d’un bâtiment, vient en aide aux architectes dans leur volonté de récupération et réutilisation de certains éléments. Par ailleurs, plusieurs voix s’élèvent pour que le recyclage se fasse d’une manière normative et mieux étudiée, et de nombreux professionnels sont satisfaits que la nouvelle réglementation vienne encadrer davantage le processus. Bref, le secteur du réemploi semble avoir de beaux jours devant lui.

Une exigence qui fait partie des cahiers des charges

Aujourd’hui, les cahiers des charges de certains concours citent expressément le réemploi. Donnons l’exemple du concours de la nouvelle école Alice Guy, construite dans le cadre de la réhabilitation de la caserne Mellinet, dont le lauréat était l’Atelier Raum architectes. Le cahier de charges exigeait le réemploi de certains éléments présents sur site. Julien Perraud, l’un des cofondateurs de l’Atelier Raum, nous explique que dans le cadre de la réhabilitation de la ZAC, plusieurs bâtiments majeurs ont été gardés, tandis que plusieurs constructions existantes ont été démolies. Suite à la démolition, il y a eu de la récupération comme certains linteaux, emmarchements, qui ont été intégrés dans les aménagements extérieurs. Vu la quantité minime des éléments récupérés, ces derniers ne suffisaient pas à couvrir des grands travaux. Néanmoins, la totalité de la ZAC a profité de cette opération en intégrant les divers éléments récupérés dans les aménagements. Une démarche qui, selon les architectes de l’Atelier Raum, est très intéressante. Par ailleurs, soulignons que l’Atelier Raum, basé à Nantes, a expérimenté la récupération par le passé (l’agence a notamment développé depuis 2009, une démarche de recherche sur la transformation des matières, à travers plusieurs réalisations, mais cela reste, selon Julien Perraud, encore marginal. Néanmoins, si, à l’avenir, l’opportunité se présentait, les architectes souhaitent mettre en œuvre l’idée du recyclage. Un vœu qui sera bientôt exaucé, car l’Atelier travaille actuellement sur un nouveau projet qui réutilisera une structure existante.

Quid du stockage ?

Par ailleurs, le recyclage peut poser d’autres questionnements. Peut-on vraiment atteindre une durabilité irréprochable en recyclant un bâtiment ancien ? Loïc Daubas nous précise que techniquement, il est difficile de transformer une bâtisse et avoir une performance égale au neuf mais chaque élément déjà présent sur place comme une structure porteuse, est un gain considérable. L’architecte souligne par ailleurs qu’actuellement, la grosse difficulté qui concerne le réemploi est le stockage. En effet, la mise à disposition des éléments demande des espaces généreux et une logistique précise, qui nécessite plus d’investissements. Certains éléments requièrent même un stockage intérieur et beaucoup de prédispositions. Par ailleurs, l’homme de l’art concède qu’avec les nouvelles normes de la REP, nous sommes en phase de développement et qu’à l’avenir les acteurs du bâtiment seront probablement mieux accompagnés. L’architecture étant un perpétuel recommencement, il s’agit bel et bien d’une norme qui sera la bienvenue auprès de la profession. Ainsi, le réemploi des matériaux du bâtiment contribue à outrepasser un système linéaire connu par l’extraction, la fabrication, la consommation, pour aboutir à un système vertueux où la réalisation nécessite l’anticipation, l’intégration de nouvelles résolutions, et la création de conventions qui considèrent que les matériaux issus des bâtiments ne sont pas des déchets, mais des ressources utiles pour une architecture de recyclage et de récupération.

 

> Consultez le dossier spécial REP Bâtiment

 

Sipane Hoh

Photo de une : ©Adobe Stock

Par Claire Lemonnier

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