Shigeru Ban : l’architecte humanitaire qui bâtit en carton et en convictions
Publié le 03 octobre 2025, mis à jour le 02 octobre 2025 à 14h48, par Camille Decambu

“Je ne veux pas être un architecte pour les riches. Je veux construire pour les gens.”
Une trajectoire entre Japon, New York et zones sinistrées
Né à Tokyo en 1957, Shigeru Ban est formé à la SCI-Arc (Californie) puis à la Cooper Union à New York. En 1985, il fonde son agence au Japon avec une approche très claire : faire de l’architecture un outil de secours, d’économie et de dignité humaine.
Il refuse l’ostentation. Il veut construire beau, vite et juste. Son matériau fétiche : le carton. Léger, économique, recyclable.
Ses interventions dans des zones frappées par les guerres ou les catastrophes naturelles l’ont rendu mondialement célèbre, sans jamais qu’il perde de vue son souci de l'esthétique.
Une approche : l’architecture du minimum vital
Shigeru Ban n’est pas un théoricien de salon. C’est un praticien de terrain.
- Et si l’on pouvait loger 100 familles avec des tubes de carton et une bâche ?
- Et si un pavillon d’exposition pouvait être recyclé à 100 % ?
- Et si une cathédrale détruite pouvait renaître en papier ?
Pour lui, l’innovation n’a de sens que si elle résout un problème concret, qu’il s’agisse d’un tremblement de terre, d’un manque de logement ou d’un besoin de sobriété énergétique.
5 projets qui incarnent sa vision
Paper Log House (1995–2011, Kobe, Rwanda, Haïti...)
- Un abri d’urgence fait de tubes en carton et de fondations en caisses de bière.
- Assemblable en quelques heures, peu coûteux, réutilisable.
- Décliné partout dans le monde en réponse à des crises.
Cardboard Cathedral (2013, Christchurch, Nouvelle-Zélande)
- Après le séisme de 2011, il conçoit une cathédrale provisoire en carton, bois et polycarbonate.
- 700 places, 20 mètres de haut, toujours utilisée aujourd’hui.
Centre Pompidou-Metz (2010, France)
- Toiture en bois lamellé-collé inspirée d’un chapeau chinois.
- Premier grand bâtiment public signé Ban en Europe. Design audacieux et structure naturelle.
Tamedia Building (2013, Zurich)
- Un immeuble de bureaux tout en bois, sans acier ni clou.
- Innovation structurelle + confort thermique et visuel.
Japan Pavilion, Expo 2000 (Hanovre)
- Structure démontable en tubes de papier et textile.
- Premier manifeste mondial de l’architecture recyclée.
Une notoriété mondiale... discrète
Shigeru Ban a reçu le Prix Pritzker en 2014, mais reste fidèle à une posture modeste et engagée.
Il travaille autant pour des musées ou des marques que pour des ONG ou l’ONU. Il a fondé le Voluntary Architects’ Network, son ONG dédiée à l’architecture d’urgence.
Il enseigne, expérimente, construit. Toujours avec le même credo : réduire les coûts, réduire les déchets, augmenter la dignité.
Une durabilité radicale
Chez Shigeru Ban, l’écologie est structurelle, pas décorative.
- Il utilise du bois local, du carton, du textile tendu.
- Il pense la ventilation naturelle, la lumière, la modularité.
- Il milite pour des bâtiments réversibles, mobiles, économes.
C’est une architecture frugale, agile et poétique, qui se soucie autant des matériaux que des gens qui l’habitent.
3 choses à retenir
- Shigeru Ban transforme des matériaux simples en abris d’urgence beaux et fonctionnels.
- Il incarne une architecture éthique, à la fois low-tech et hautement symbolique.
- Il prouve qu’on peut allier innovation, esthétique et responsabilité sociale.
Par Camille DECAMBU














