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Les fabricants de PSE veulent démocratiser les isolants conçus à partir de biomasse

À l’occasion d’une rencontre avec l’Association Française de l'Isolation en Polystyrène Expansé dans le Bâtiment (AFIPEB), Amaury Omnès, son président, est revenu pour Batiweb sur les objectifs de décarbonation des fabricants d’isolants en polystyrène expansé (PSE). Les industriels membres de l’association prévoient notamment de démocratiser le polystyrène « mass balance », conçu à partir de déchets végétaux, pour remplacer progressivement les déchets pétroliers.
Publié le 24 novembre 2022

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Les fabricants de PSE veulent démocratiser les isolants conçus à partir de biomasse - Batiweb

En mai dernier, Amaury Omnès, président de l’Association Française de l'Isolation en Polystyrène Expansé dans le Bâtiment (Afipeb), dressait la conjoncture du marché des isolants en polystyrène expansé (PSE). Il confiait alors ses préoccupations concernant les difficultés d’approvisionnement en matières premières (graphite, pentane…).

Depuis, s’est ajoutée la crise des énergies, l’arrêt du coup de pouce isolation, et le « coup d’arrêt dans le neuf ». Face à la poursuite de l’inflation et à la remontée des taux d’intérêt, Amaury Omnès n’est pas plus confiant pour 2023, qui risque, selon lui, d’être une « année noire », notamment pour le neuf, plus que pour la rénovation énergétique, qui devrait pour sa part se révéler bénéficiaire dans le cadre de la lutte contre la crise énergétique.

Les fabricants de PSE subissent également de plein fouet la crise énergétique. Avec la flambée des prix de l’électricité et du gaz, l’énergie est devenue le deuxième poste de dépenses : « Les contrats d’électricité qui se signaient autour de 70/80 € du MWh, aujourd’hui on est à 500 € pour l’an prochain. Des contrats de gaz qui étaient autour de 20 € du MWh, on est à 120 € pour 2023. Donc on est sur des prix multipliés par 5 ou 6 sur les coûts de l’énergie. L’énergie, qui était le 4 ou 5ème poste de dépenses pour une usine de polystyrène, après la matière première, les transports, les salaires, devient aujourd’hui le 2ème poste », souligne le président de l’AFIPEB.

 

Investir dans les énergies renouvelables pour faire face à la crise énergétique

 

Alors pourquoi ne pas se reporter sur les énergies renouvelables, plus vertueuses ? Investir dans une chaudière gaz reste très coûteux, nous rappelle le président de l’AFIPEB : « Certains des adhérents de l’AFIPEB ont des chaudières biomasse, qui était une énergie très coûteuse jusqu’à aujourd’hui, et qui devient une énergie intéressante. Mais l’investissement est très élevé, une chaudière biomasse est beaucoup plus chère qu’une chaudière gaz ou fioul. Investir dans une chaudière biomasse c’est 6 fois le coût de ce type de chaudières. On parle de millions d’euros », souligne-t-il.

Outre l’investissement conséquent que représente l’achat d’une chaudière biomasse, le président de l’AFIPEB souligne également l’impact de son entretien-maintenance sur la productivité : « Une chaudière biomasse, c’est une chaudière qui nécessite une semaine d’arrêt tous les deux mois, ce qui est un problème. Donc cela nécessite une chaudière de secours, et des coûts de maintenance supplémentaires », précise-t-il.

 

Un isolant pas si polluant ?

 

Si les fabricants du secteur portent leurs efforts et investissements vers les renouvelables, Amaury Omnès rappelle également que le polystyrène est un matériau 100 % recyclable. Ainsi, de nombreux industriels lancent des programmes de recyclage, tels que « Knauf Circular» ou « ReUse» de Hirsch. La reprise et le recyclage du PSE devraient également être accélérés grâce à la mise en place de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) appliquée aux Produits et Matériaux de Construction et du Bâtiment (PMCB).

Selon Amaury Omnès, le polystyrène pâtit d’une mauvaise image liée à son origine pétrolière. Le président de l’AFIPEB souligne qu’il s’agit toutefois de réutilisation de déchets pétroliers. Le polystyrène étant par ailleurs constitué de seulement 2 % de matières, pour 98 % d’air, faisant de lui un matériau léger, facilement transportable et simple à poser. Son bilan carbone resterait également raisonnable comparé à d’autre isolants, avec 7 à 8 kg de CO2 par m2.

 

Par ailleurs, l’AFIPEB travaille sur le développement de polystyrène « mass balance », conçu à partir de déchets végétaux, dont est issue une huile par pyrolyse pour produire du styrène, la matière première du polystyrène.

« On travaille actuellement pour développer des polystyrènes qui ne soient plus issus de ressources fossiles. Aujourd’hui il y a des polystyrènes qu’on appelle "mass balance", qui sont proposés par quasiment tous les producteurs du marché, qui ont développé des technologies qui, au lieu de partir de déchets pétroliers, partent de déchets végétaux et forestiers, donc de la biomasse », insiste le président de l’AFIPEB.

Mais aujourd’hui, les FDES de ces produits ne seraient pas reconnues par la base INIES, ce qui freinerait le développement de ces innovations.

« Nous avons lancé des produits, nous avons élaboré des FDES qui ont été vérifiées par des vérificateurs indépendants habilités. Cela montre bien que tout est sous contrôle car la partie mass balance est, elle aussi, vérifiée par des acteurs indépendants. Et, après avoir publié des premières FDES, il se trouve qu’en mars 2021, la base INIES a édicté une nouvelle règle interdisant l'utilisation de mass balance », regrette Amaury Omnès.

« C’est une décision unilatérale qui n’est pas appliquée en Allemagne par l'homologue de la base INIES (IBU), qui reconnaît cette approche pour les produits de construction. Les pouvoirs publics refusent d'en discuter », ajoute Joaquim Correia, vice-président de l’AFIPEB.
 

Propos recueillis par Claire Lemonnier
Photo de une : Adobe Stock

Par Claire Lemonnier

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