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REP Bâtiment : un retard bénéfique pour permettre aux acteurs de mieux se préparer ?

Le lancement opérationnel de la REP PMCB a une nouvelle fois été décalé. Le paiement des éco-contributions n'interviendra ainsi qu'à compter du 1er mai, de même que la reprise gratuite des déchets. Deux metteurs en marché, Isover et Tarkett, nous livrent leurs réactions face à ce retard, et leur vision au sens large de cette nouvelle REP Bâtiment.
Publié le 25 janvier 2023

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REP Bâtiment : un retard bénéfique pour permettre aux acteurs de mieux se préparer ? - Batiweb

On l’attendait pour le 1er janvier 2022, elle entrera finalement en vigueur le 1er mai 2023. La Responsabilité Élargie du Producteur (REP) va enfin se greffer dans les activités des entreprises du BTP en France. Mise en place par la loi n°2020-105 du 10 février 2020, la filière de la REP pour les Produits et Matériaux de Construction du secteur du Bâtiment (PMCB) vise à lutter contre les dépôts sauvages et le gaspillage des ressources, et à favoriser l’économie circulaire.

Les metteurs en marché se doivent toujours d’adhérer à un éco-organisme depuis le 1er janvier 2023. C’est le paiement effectif des éco-contributions qui lui, ne démarrera qu’à compter du 1er mai.

Un retard pour mieux démarrer en temps voulu

Pour Romain Gil, chargé d’affaires chez Isover, marque du groupe Saint-Gobain, le report de la REP n’est pas dramatique, car il va permettre aux différents acteurs de mieux s’y préparer  : « Au sein du groupe Saint-Gobain, nous avons déjà une filière de recyclage du plâtre et de laine de verre notamment, et ce, depuis plusieurs années. Donc on s’impatientait du lancement de la REP car nous étions prêts. Un peu de déception à l’arrivée, mais on comprend la nécessité de ce report. Pour que tout fonctionne correctement, il faut que l’ensemble des acteurs soit prêt », souligne-t-il.

Un temps que compte bien mettre à profit l’entreprise Tarkett, spécialiste des revêtements de sols. Comme nous l’explique sa directrice développement durable et affaires publiques, Myriam Tryjefaczka : « Nous travaillons depuis longtemps sur la REP, donc sur les grandes lignes et le principe d’application nous sommes prêts. Ce que nous allons faire dans les mois qui viennent et jusqu’au début du mois de mai, c’est de ne pas lâcher tout ce qu’on avait prévu de faire, qui était d’accompagner nos clients pour la mise en place de la REP. On continue, on ne va pas ralentir ni marquer de pause. Cinq mois c’est vite passé, et on ne sera jamais trop prêts ni trop bien préparés à ces changements ».

Réduire l’impact de l’Homme sur l’environnement a un coût

Pour Romain Gil d’Isover, tout l’enjeu de la REP repose sur la capacité des entreprises à utiliser des ressources qu’elles ont sous le nez, plutôt que d’augmenter l’impact de l’Homme sur son environnement : « Si demain, les éco-organismes nous aident à capter davantage de déchets, et ce, dans de bonnes conditions, ce sont autant de produits recyclés que l’on va pouvoir intégrer dans la fabrication de nos produits. Et lorsque, pour ce faire, on utilise des produits recyclés, ce sont des ressources en moins prélevées dans l’environnement naturel. Il faut que tous les acteurs prennent conscience que les bâtiments d’aujourd’hui sont les carrières de demain ».

Un procédé vertueux pour l’environnement certes, mais qui a un coût comme le rappelle Myriam Tryjefaczka : « Ce qui est compliqué, c’est la mise en œuvre de systèmes de collecte. Et c’est là que la REP intervient, puisqu’elle va développer le maillage du territoire, pour pouvoir collecter davantage. Il y a aussi la question de savoir si le produit est recyclable ou non. Il y a des tas d’entreprises qui ne se sont jamais posé la question de savoir si leur produit l’est. S’il ne l’est pas tel qu’il a été conçu, cela veut dire qu’il faut tout revoir. Il faut revoir les matières premières, le procédé de fabrication, imaginer un procédé pour le désassembler, le recycler… Et tout cela prend du temps et de l’argent. Il faut donc investir avant de pouvoir recycler ».

Certaines entreprises restent encore réticentes à l’idée de tous ces changements. Le fait de devoir d'adhérer à un éco-organisme, de mettre en place plusieurs bennes sur les chantiers, et de trouver des collecteurs dans leur zone d’activité, refroidit bon nombre d'entreprises, comme le rappelle R. Gil : « Il y a une réticence au changement. Beaucoup de professionnels estiment ne pas avoir à s’embêter à installer trois bennes sur leurs chantiers. Ils n’en mettent qu’une, mettent tous leurs déchets dedans, tout en sachant que c’est plus cher, mais s’en moquent car ils estiment que c’est plus facile ainsi ».

« Plus on trie, moins cela coûte cher »

Cependant, si ces professionnels faisaient leur tri correctement, ils réaliseraient des économies, comme l’explique le chargé d’affaires d’Isover : « Plus on trie, moins cela coûte cher. Quand on apporte un déchet trié à un collecteur, celui-ci n’a pas besoin de faire un tri mécanique parce qu’il est déjà fait. Donc le prix de cette opération nous est déduit. On est également exempt de taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), qui se situe autour de 50€. Par exemple, à Lyon, si je loue une benne et que je mets tout en vrac dedans, cela me coûte 220 € la tonne. Si je trie, cela me coûte deux fois moins. Si l’on mâche le travail du collecteur, on économise des sous. Quand les gens vont commencer à comprendre que trier leur coûte moins cher, ils vont commencer à le faire, je ne suis pas inquiet ».

Le paiement effectif des éco-contributions ne débutera que le 1er mai prochain, mais ces quelques mois suffisent à chacun pour continuer de s’y préparer au mieux, voire envisager ce qui pourrait se passer dans les mois futurs. Pour M. Tryjefaczka, il va falloir s’assurer à ce que tout soit correctement en règle avant le lancement officiel de la REP : « Il a fallu changer les systèmes informatiques, il a fallu changer un certain nombre d’informations sur les factures, les devis, les conditions générales de vente. Ce sont des éléments sur lesquels on continue de travailler, afin de s’assurer que tout soit en ordre pour le 1er mai ».

Du côté d’Isover, les prochains mois et prochaines années sont perçus comme de véritables défis que la société s’impatiente de relever, comme l’explique Romain Gil : « Nous allons chaque année être challengés en termes de volume de recyclage. Une montée en puissance et une mise à jour de la technologie des outils industriels est nécessaire pour pouvoir manger toujours plus de déchets. Avant le Covid, on flirtait toujours avec 50 000 tonnes de traitement de plâtre par an. Cette année nous sommes à 80 000 tonnes de traitement, et d’ici 2030, il faudra que l’on traite 200 000 tonnes ».

Un des autres défis majeurs liés à la REP, pour nombre d'entreprises, est de réfléchir à la fin de vie de chaque matériau, et plus particulièrement si ce dernier est nouveau. Dès son apparition sur le marché, le devoir des fabricants et entreprises est de savoir comment donner une seconde vie à ce matériau une fois son cycle achevé. « Pour cela, il faut que des filières soient créées. Il faut que les professionnels qui fabriquent des produits similaires se concertent entre eux, et s’organisent avec des syndicats et des fédérations », martèle Romain Gil.

 

> Consultez le dossier spécial REP Bâtiment

 

Propos recueillis par Jérémy Leduc

Photo de Une : Adobe Stock

Par Jeremy Leduc

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