Un master en alternance pour former les économistes de la construction dès 2026

Le secteur de la construction peine depuis plusieurs années à former suffisamment de professionnels chargés de chiffrer, piloter et maîtriser les coûts de ses projets. Un nouveau master en alternance, dédié à l'économie de la construction, entend combler ce vide dès la rentrée 2026. L'OPQTECC (Organisme de qualification des économistes de la construction et des programmistes), et l'Université Gustave-Eiffel annoncent dans un communiqué diffusé le 28 mai 2026 la création d'un master en alternance ouvert à la rentrée prochaine : le Master ECART (Économie de la construction, architecture, rénovation, transformation).
Derrière ce projet, un constat : les formations Bac+5 spécialisées dans ce domaine sont rares en France, alors que les chantiers se complexifient et que les recrutements restent difficiles. Le BTP est bousculé par la transition écologique, l'apparition de nouveaux matériaux et des méthodes constructives en pleine évolution. Les professionnels capables de naviguer entre contraintes économiques, techniques et environnementales font défaut.
Terrain d'abord, diplôme ensuite
Le nouveau cursus mise sur l'alternance pour former au plus près du terrain. Les étudiants partageront leur temps entre16 semaines d'enseignement sur le campus de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne) et de longues périodes d'immersion en entreprise. Des professionnels du secteur interviendront tout au long de la formation, qui s'appuiera sur des cas réels.
L'objectif affiché, selon le communiqué : former des diplômés « immédiatement opérationnels, capables d'intervenir sur des projets de plus en plus complexes, à la croisée des enjeux économiques, techniques et environnementaux ».
Matthieu Lamy, président de l'OPQTECC, résume l'enjeu dans le même communiqué : « Ce master contribue à structurer un maillon essentiel de la chaîne de valeur : l'économie de projet. En formant des professionnels immédiatement opérationnels, nous améliorons la qualité des projets et réduisons les risques. »
Le Master ECART a été conçu pour rompre avec les formations trop théoriques. Son architecture pédagogique repose sur trois blocs distincts, pensés pour accompagner la montée en compétences des étudiants du concret vers le prospectif.
Le premier ancre la formation dans la réalité matérielle du secteur : visites de sites, mises en situation, immersion dans les filières. Une attention particulière y est portée aux matériaux dits « nouveaux » — souvent des techniques anciennes remises au goût du jour, comme la terre, la pierre ou le bois — ainsi qu'aux enjeux de réemploi et de construction hors site.
Le deuxième bloc revient aux fondamentaux du métier : études de prix, métrés, pièces écrites, ces bases qui structurent encore aujourd'hui la grande majorité des projets.
Le troisième, enfin, ouvre sur des compétences plus avancées : gestion de projets complexes, outils numériques, et premières approches de l'intelligence artificielle, complétées par une initiation à la recherche pour développer une expertise sur des sujets ciblés.
Au-delà de ces trois blocs, la formation s'articule autour de six axes de compétences couvrant l'ensemble du spectre du métier :
- Institutionnel et pédagogique : conférences, séminaires et échanges réguliers avec les professionnels pour ajuster les contenus aux réalités du terrain ;
- Économique et commercial : ateliers de chiffrage, contractualisation et valorisation des missions, pour apprendre aussi à défendre un projet ;
- Technique et technologique : maîtrise des outils numériques, dont le BIM, et gestion des risques associés ;
- Emploi et insertion professionnelle : lecture du marché, accompagnement personnalisé et accès facilité aux stages et à l'alternance ;
- Entrepreneuriat et sécurisation : création d'activité, structuration juridique et assurances — des sujets souvent découverts trop tard dans les parcours classiques ;
- Profession et reconnaissance : identification des compétences, clarification des responsabilités et contribution à l'évolution du métier.
Six cents candidats pour vingt chaises
Dans un secteur où les offres d'emploi peinent à trouver preneurs, le Master ECART affiche des ambitions concrètes. Les débouchés visés sont directs : économiste de la construction en cabinet, chargé d'études de prix, responsable économique de projets. Des fonctions opérationnelles, au cœur des décisions, là où se jouent les équilibres financiers d'une opération. Avec l'expérience, ces profils ont vocation à évoluer vers des postes de direction de projet ou des responsabilités plus transversales, en lien avec l'ensemble des acteurs de la chaîne de construction.
C'est précisément ce positionnement que défend Bruno Barroca, responsable du master à l'Université Gustave Eiffel, dans le communiqué : « L'économie de la construction est au cœur de la transformation des pratiques constructives. C'est un métier clé, mais encore peu mis en avant, alors qu'il joue un rôle fondamental dans la mise en œuvre des projets. »
L'engouement est déjà au rendez-vous : plus de 600 candidatures ont été enregistrées pour une promotion initiale de seulement 20 étudiants. Une partie des places est également ouverte à des professionnels en activité souhaitant reprendre une formation diplômante.
Emmanuel Lafaye, président de l'Union nationale des économistes de la construction (UNTEC) Île-de-France et formateur intervenant dans le cursus, souligne dans le même communiqué la portée du dispositif : « Ce master est une première étape pour monter en compétence et faire reconnaître l'expertise en économie de la construction. Il faut une vision à 360°, avec des profils curieux et ouverts. »
Le master intégrera par ailleurs une dimension recherche, avec des travaux portant sur des problématiques ciblées du secteur, dans une perspective d'évolution concrète des pratiques professionnelles. Une ouverture à l'international est également prévue dès le lancement, via des mobilités Erasmus académiques et professionnelles en Europe, ainsi que des enseignements dispensés en anglais. Des partenariats spécifiques avec des universités étrangères pourraient venir compléter ce dispositif à court terme.
Ne manquez plus l’actualité du bâtiment ! Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP Je m’abonne gratuitement → |














