Bally Bagayoko et Vincent Jeanbrun : deux solutions face aux expulsions

Courant mars, la Chambre nationale des commissaires de justice a mis au jour un record atteint en 2025 : 30 500 ménages ont été expulsés. Une statistique dénoncée par la Fondation pour le logement des défavorisés comme un témoin de la « détérioration de la crise du logement ». De son côté, Vincent Jeanbrun y a répondu en lançant une mission sur les impayés locatifs fin mars 2026.
Mais la mission, à peine annoncée, est déjà entachée par la démission - révélée par nos confrères des Échos - de Hugues Périnet-Marquet, président du Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières (CNTGI), à qui elle avait été confiée deux jours plus tôt. Une autre personnalité « issue de la société civile » doit prochainement prendre la tête de cette mission.
Un arrêté contre les expulsions locatives à Saint-Denis
À Saint-Denis, pour sa première décision depuis son élection au premier tour des élections municipales, Bally Bagayoko a, lui, signé un arrêté contre les expulsions locatives s'il n'y a pas de solution de relogement, y compris après le 1er avril, date de la fin de la trêve hivernale.
« L'arrêté concerne une dizaine de familles sur le territoire de Saint-Denis. Il pose la question de l'urgence d'agir », avance l'élu soutenu par La France insoumise (LFI) et le Parti communiste français (PCF) lors des dernières élections.
« C'est un arrêté illégal », balaie Vincent Jeanbrun. Le tribunal administratif a été sollicité par le préfet de Seine-Saint-Denis afin de suspendre ou d'annuler la mesure. « Signer un document en sachant pertinemment que ce que vous faites est illégal, ce n'est plus de la politique, c'est du populisme », accuse le ministre du Logement.
Le ministre insiste sur la nécessité de « prévenir le plus tôt possible les impayés des familles de bonne foi. » Parmi les solutions pour lutter contre les impayés, il met en avant le travail des assistants sociaux et des associations dans l'accompagnement des familles.
Des accompagnements qu'il souhaite voir se faire en amont pour que les acteurs cités évaluent les ajustements à faire dans le budget de ces familles, selon lui, notamment « en priorisant le paiement de leur loyer plutôt que des abonnements TV ».
Vincent Jeanbrun cite aussi l'accompagnement au retour à l'emploi et une meilleure information de l'éligibilité aux aides, pour l'électricité et le gaz, afin de lutter contre les impayés. Mais ces familles de « bonne foi », monsieur Jeanbrun les opposent à des « professionnels de l'impayé » qui « jouent avec le système ».
L'ex-maire de l'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) veut de l'autre côté continuer de s'attaquer aux squatteurs. « Si vous ne protégez pas les propriétaires, ils arrêteront d'investir et on aggravera ainsi la crise du logement. »
La loi Kasbarian-Bergé bientôt complétée ?
La loi Kasbarian-Bergé est pointée du doigt par les associations de défense du droit au logement, un groupement ayant d'ailleurs engagé des poursuites pénales contre l'État pour « non-assistance à personnes mal-logées ». Mais Vincent Jeanbrun a fait part de sa volonté de la compléter avec l'aide de la loi Ripost (pour Réponses immédiates aux phénomènes troublant l’ordre public, la sécurité et la tranquillité, NDLR), portée par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Selon lui, elle permettra de s'attaquer à l'« angle mort » des squatteurs s'installant dans un logement en utilisant la location de meublés touristiques. Le projet de loi prévoit ainsi « une évacuation rapide prononcée par le préfet lorsque l’occupation constitue une atteinte manifeste au droit de propriété ».
Pourtant, selon les chiffres révélés en mars, 175 000 commandements de payer ont été délivrés à des locataires en 2025, alors qu'à en croire les chiffres du ministère de l'Intérieur de 2023, entre 6 000 et 7 000 cas de squats avaient été recensés en France, soit une faible part du problème des impayés. Mais pour Vincent Jeanbrun, l'objectif est d'inspirer la confiance aux propriétaires.
« On protège les propriétaires modestes, qui ont parfois épargné toute une vie pour avoir un appartement qu'ils mettent en location », poursuit-il. « Ce sont des gens qui peuvent être mis en grande difficulté s'ils ne perçoivent plus leur loyer et ne plus pouvoir rembourser l'emprunt bancaire. » Avec le dispositif Jeanbrun et le plan Relance logement, le gouvernement pense par ailleurs pouvoir donner des gages aux investisseurs immobiliers.
Bally Bagayoko attaque le bilan d'Emmanuel Macron
Du côté du maire de Saint-Denis, la décision du préfet de Seine-Saint-Denis ne surprend pas. « On s'attendait à ce que l'arrêté soit attaqué, cela montre que les instruments de l'État fonctionnent. » Bally Bagayoko regrette en revanche que ces instruments « soient plus utilisés pour contester un arrêté que pour créer les conditions pour qu'il y ait des logements publics pour chacune et chacun de nos semblables. C'est un changement d'orientation qui me parait être un enjeu déterminant. »
L'élu de la deuxième ville d'Île-de-France conclut en renvoyant le gouvernement aux promesses d'Emmanuel Macron en terme de lutte contre le sans-abrisme. « Le Président de la République a pris l'engagement qu'il n'y ait personne à la rue. C'est une promesse qui accouche d'une souris. »
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