Décision en avril pour la destruction d'un mas du XVe siècle en Provence
Publié le 30 janvier 2026, mis à jour le 30 janvier 2026 à 16h57, par Raphaël Barrou

C'est une affaire que l'on pouvait penser refermée depuis quelques mois. En mai 2025, le tribunal judiciaire de Tarascon (Bouches-du-Rhône) avait condamné la société agricole du domaine d'Estoublon à une amende de 150 000 euros sur comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC).
L'affaire a finalement été portée devant le tribunal judiciaire de Tarascon, jeudi 29 janvier. En cause, la démolition illégale en mai 2021 du mas de Montredon, bâtisse du XVe siècle, qui a notamment servi de refuge pendant les guerres de religion, et se situe dans le périmètre classé du château d'Estoublon.
Des travaux engagés sans attendre l'autorisation de la mairie
En 2020, le lieu avait été acquis par un groupe d'investisseurs réunion sous la société « Estoublon Holding », dans laquelle sont associés l'entrepreneur et producteur télé Stéphane Courbit ainsi que l'ex-président Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy. Le château d'Estoublon est utilisé comme demeure de vacances par le couple.
Les faits remontent à mai 2021. Sans attendre les permis nécessaires, des travaux de destruction sont menés au mas de Montredon, au cœur du domaine du château. Quand, en juin, arrive le refus du maire, il ne reste plus rien de la bâtisse de 800 mètres carrés.
Une demande de permis de construire avait bien été émise par la société en décembre 2020, mais il « prévoyait initialement une destruction partielle », relatait en 2025 Me Clarisse Macé, avocate de la Ligue de défense des Alpilles, association qui a déposé plainte. « Une autorisation préalable de l'Architecte des bâtiments de France était indispensable et n'a jamais été obtenue », ajoutait-elle chez nos confrères de La Provence.
Une reconstruction refusée par le tribunal
D'ailleurs, pour l'association, l'amende de 150 000 euros est bien insuffisante. À la barre, jeudi 29 janvier, la représentante de la Ligue de défense des Alpilles, Annick Blanc, a fustigé le montant de la CRPC. « Le mas a été rayé de l'histoire et de la mémoire (...) Payer 150 000 euros après avoir réduit un mas en poussière pourrait faire des émules », a-t-elle déploré.
« On est sur un cas de démolition totale », indique Frédéric Aubanton, architecte des bâtiments de France (ABF), cité comme témoin. Au contraire, du côté du domaine d'Estoublon, on estime que ce nouveau passage devant la justice s'apparente à un « appel de la CRPC ».
En signe de bonne foi, la société avait proposé de reconstruire le mas à l'identique. Proposition finalement rejetée par le tribunal, estimant qu'il ne fallait pas créer de précédent avec la destruction de patrimoine architectural.
L'avocat de la Ligue a demandé 100 000 euros de dommages et intérêts solidairement à l'Estoublon Holding à Stéphane Courbit, à Enzo Berbeche - ex-responsable du domaine - et au cabinet d'architecture d'Alexandre Lafourcade, qui menait les travaux.
La décision du tribunal sera rendue le 30 avril.
Par Raphaël Barrou (avec AFP)














