IA : « On ne veut pas que le géomètre-expert s'exonère de sa responsabilité »

Du 23 au 25 juin au dernier, la Cité des Congrès de Nantes a accueilli le Congrès des géomètres-experts. Au total : 1 400 participants, dont 1 200 congressistes sur les 1914 geomètres-experts reconnus par la profesionnels.
« C'est le plus grand rassemblement de la profession depuis les 80 ans d’existence de l'Ordre », s’enthousiame Luc Lanoy, premier president de l’Ordre des géomètres-experts (OGE). « Ça n'est jamais arrivé jusqu'à maintenant ».
Le thème de l’événement est aussi novateur : l’intelligence artificielle. Focus avec M. Lanoy sur les usages et attentes de cette technologie au sein de la profession.
Pourquoi avoir place l’IA au coeur de l’événement ?
Ce sujet passionne, inquiète parfois, et il y a de grosses attentes de la profession. Il faut savoir que ce thème n'a pas été choisi par l'institution, l'Ordre des géomètres-experts, même si on y est extrêmement sensible.
On a réalisé une enquête et la profession a fait sortir ce thème en premier.
En parallèle, avant le Congrès, on a cherché à identifier un petit peu les usages de la profession, à savoir quel était le niveau d'acculturation de la profession vis-à-vis de l'IA.
Et quels usages et attentes ressortent de ce sondage ?
Le géomètre-expert est plutôt captif en matière de technologie, il l'a toujours été. L'enquête révèle que la profession s'est déjà approprié l’IA.
Trois cabinets sur quatre vont commencer à l'expérimenter et à l'utiliser. Pour gagner du temps sur les tâches administratives, documentaires, ce qui représente plus de la moitié des usages, mais pour également s'intégrer à toutes nos missions techniques. Sur ce point l'utilisation est un peu moindre, parce que les outils n'existent pas forcément.
Lors de notre congrès, nous avons eu des ateliers off animés par des géomètres-experts qui présentent des cas d'utilisation de l'IA dans la mesure et dans l'expertise.
Mais est-ce que ces technologies de mesure sont bien éprouvées ?
Un tiers de la profession commence à expérimenter l'IA sur la topographie. Donc on n'est pas en phase de révolution. Par contre, ce qui est certain : l'attente des géomètres-experts est de pouvoir utiliser l'IA pour traiter de la donnée massivement.
Cela fait une trentaine d'années que j'exerce. On a subi différentes évolutions importantes. On a vu arriver l'électronique, on a vu arriver Internet, on a vu arriver le stockage de données massif, le GPS, le scanner 3D, le LIDAR.
Je constate qu’aujourd'hui, au sein d’un cabinet comme le mien, que nous sommes en capacité de traiter beaucoup plus de données et finalement, de répondre beaucoup plus à des attentes de clients et avoir une capacité de développement beaucoup plus importante.
L'attente des géomètres-experts est principalement de pouvoir être guider pour ne pas rester en attente et subir, mais plutôt devenir maître de son destin et continuer à développer son entreprise et être plus performant.
D’où la charte d’usage de l’IA dévoilée en cloture du congrès…
Cette charte a été votée en Conseil supérieur le 19 mai dernier. Elle rentrera en application le 1er septembre 2026.
La charte fixe un cadre clair pour un usage responsable de l'intelligence artificielle. Elle garantit que l'IA n'est qu'un outil au service des professionnels, dans le respect du code de déontologie et des lois qui encadrent notre exercice.
Le client doit être informé de la manière dont on a utilisé l'IA. Les usages doivent être traçables. Mais la décision finale, elle appartiendra toujours au journal de l'expert.
L'objectif est de donner une feuille de route et de guider la manière dont le géomètre-expert déploie l'IA dans son cabinet, en tant qu’assistant. Un assistant qui ne remplacera jamais l'humain.
On ne veut pas que le géomètre-expert s'exonère de sa responsabilité professionnelle. Un petit peu comme le militaire qui ne délèguera pas sa prise de décision, le géomètre-expert ne délèguera jamais son expertise, avec une validation humaine systématique.
Quid de la cybersécurité ?
La cybersécurité est un enjeu majeur, et on peut envisager d’amener de la sécurité à nos confrères et nos consoeurs, à travers une solution qui ne sauvegarde pas sur des serveurs, sur le cloud. La solution existe en partie au travers de notre plateforme Géofoncier, où sont nos actes fonciers et sur lequel nous avons l'obligation de verser tous nos plans, nos documents juridiques, etc.
Mais on n'a pas d'obligation de verser les données topographiques. Donc peut-être qu'on pourrait imaginer, un jour, la possibilité de verser toutes nos données pour les sécuriser.
La présidente dévoile durant ce congrès la mise en place d'un RAG [Retrieval-Augmented Generation AI], un serveur sécurisé, pour justement éviter de consulter ChatGPT afin d’obtenir des réponses à des questions spécifiques.
Il vise à mettre à disposition de chaque géomètre-expert, sur une plateforme, un accès performant à l'ensemble des données patrimoniales documentaires de la profession, via notre extranet.
Est-ce que l'Ordre va proposer des formations pour sensibiliser en ce sens ?
Oui, bien sûr. Elles ne seront pas obligatoires, on est une profession libérale, dans libérale, il y a liberté. Donc chacun aura la possibilité d'y aller. L'Ordre est là pour ça. Former. C'est une évidence.
Il s'agit d'entretenir ses connaissances, d'être en capacité d'identifier les risques, d'exercer un contrôle très critique et d'intégrer l'IA dans les processus de production du cabinet.
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