Podcast
ConnexionS'abonner
Fermer

IA : les métiers du BTP métamorphosés ?

Partager l'article
Publié le 27 avril 2026 à 9h30, mis à jour le 27 avril 2026 à 12h12, par Virginie Kroun

L’intelligence artificielle, une technologie qui va refaçonner le paysage des métiers du BTP ? Rien n’est moins sûr, car son impact est à relativiser et divers défis demeurent avant que l’IA ne bouscule le secteur.
©Adobe Stock - Batiweb
©Adobe Stock

Selon le baromètre France Num 2025 de la Direction générale des Entreprises (DGE), 15 % des entreprises du BTP ont recours à l’IA, contre 25,6 % tous secteurs confondus.

Une étude menée en février-mars 2025 par l’Observatoire des métiers du BTP rapporte que 8 % des 600 entreprises du BTP interrogées ont déclaré avoir déployé ou étaient en train de développer l’intelligence artificielle dans leurs pratiques. Plus précisément, 3 % l'ont déjà déployé et 5 % étaient alors en cours de déploiement, nous confie Hervé Dagand, le responsable Observatoires, Études et Ingénierie au sein de la structure. 

«Les réponses des chefs d'entreprise sont très pragmatiques et liées à leurs besoins concrets du moment. Déjà, un grand nombre d'entre eux ne voient pas ce qu'un outil d'IA peut leur apporter concrètement dans leur quotidien, par rapport à leur chantier, à leur organisation, à leur relation au client », étaye Hervé Dagand. Ainsi, 40 % des professionnels ne voient pas l’apport de de cette technologie, contre les 36 % tentés de le déployer. 

L’impact de l’IA à relativiser

 

Une infinité de possibilités sont attribuées à l’IA : automatisation des tâches administratives (appels d’offres, devis…) voire de gestion de chantier (retranscription de comptes rendus, etc. ). « Elle peut également contribuer à réduire les erreurs et à répondre à des tensions structurelles comme la pénurie de main-d’œuvre», vante également la DGE.

Cela étant, « plus les entreprises sont de grande taille, plus elles ont l'habitude d'utiliser des outils d'intelligence artificielle », abonde Hervé Dagand. « Même s'il y a des exceptions, parce qu'il y a aussi des artisans, des petites entreprises qui sont friands des outils d'IA et qui ont déjà pris l'habitude de les utiliser. »

D’après le baromètre France Num, les usages sont dispersés, entre l’IA générative du type ChatGPT, Gemini ou Claude (12,6 %), les chatbots et assistants (8,8 %), voire l’analyse de données (2,2 %) ou l’automatisation (1,9 %).

De plus, l’IA n’impacte pas uniformément les métiers du secteur. Une étude de la COFACE relèveune forte exposition des métiers de la maîtrise d’œuvre (architecture, ingénierie). Dans le futur, 19 métiers pourront assister à l’automatisation de 30 % de leurs tâches via l’IA. Sur le pan production de la construction, un seul métier serait concerné, tandis que le score d’automatisation atteint seulement en moyenne à 12 % pour les travaux de construction spécialisés.

Des expérimentations à tâtons

 

Et entre l’amont et l’aval, là encore, les usages diffèrent. Dans les métiers d’études et conception, l’IA devient une fonctionnalité supplémentaire sur les logiciels de CAO pour les plans, les métrés voire le chiffrage. « D'ailleurs, souvent, les professionnels les utilisent sans forcément savoir qu'il y a de l'IA derrière », observe Hervé Dagand de l’Observatoire des métiers du BTP. 

Sur le chantier stricto sensu, les outils de détection de malfaçons et d’anomalies, voire de planification émergent, mais de façon marginale. Peu de chance que l’IA remplace immédiatement un ouvrier du BTP.  

«On ne voit pas aujourd'hui comment une IA peut remplacer le geste du professionnel que ce soit le charpentier, le maçon, le carreleur, le canalisateur côté TP, etc. », affirme M. Dagand, même s’il envisage : « Peut-être que demain, des robots commandés par l'IA pourront faire ces métiers-là. Mais cela semble assez lointain. » 

« Et sur un grade au-dessus, il y a des plateformes qui promettent de faire carrément la phase de conception », ajoute Aurélien Preto, consultant au sein d’ENE. L’association accompagne la transformation numérique des PME dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. « Dans le cadre d'une opération urbaine, il est possible d’imaginer, de modéliser pour pré-calculer des hypothèses financières et établir des premières estimations économiques des chantiers. »

Hervé Dagand tempère cette piste, car les professionnels n’ont « pas envie de déléguer la prise de décision à des logiciels ». D’autant que l’IA est un investissement, qui réclame un appui de prestataires, d’une expertise, dont les petites structures n’ont pas les moyens. 

Un enjeu d’acculturation

 

« Les TPE et PME expriment un besoin de solutions simples, immédiatement opérationnelles, ainsi que d’un accompagnement dans la prise en main de ces outils», nous indique la DGE. 

L’État n’est d’ailleurs pas avare en mesures de sensibilisation. L’initiative France Num, pilotée par la DGE, s’en fait un des porte-paroles au travers de la documentation (guides, webinaires, témoignages), des animations sur le terrain et son réseau de plus de 5 000 experts.

Un an après le sommet mondial de l’intelligence artificielle, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou l’a exprimé : « Parce que le monde (du travail) évolue, favoriser l'adoption de l'intelligence artificielle par les entreprises est une priorité. » Déclaration précédée par le plan Osez l’IA, lancée en juillet 2025 et notamment PME et ETI. Sans compter les 600 « ambassadeurs IA », nommés à l’automne dernier par le ministère de l’Économie et des Finances. Leur but : promouvoir l’IA dans les petites structures à travers les territoires

À l’échelle locale, nous retrouvons d’ailleurs des structures comme l’ENE, fondée en 2003. En plus de 20 ans d’existence, le tiers de confiance dans la transition numérique des entreprises a assisté à l’émergence de l’IA. « Il faut que les entreprises s'emparent du sujet d'une manière ou d'une autre. Il y a des sujets qui sont de la bureautique de demain », affirme son conseiller Aurélien Preto. 

Mais ce dernier a conscience que pour bien sensibiliser et ainsi accompagner l’adoption de l’IA dans le BTP, il convient de démystifier l’aura dégagée par cette technologie : « Il y a quand même une perception qui peut être parfois un peu vertigineuse, entre la promesse d’un outil et puis ce qu’il fait vraiment. Il y a le besoin de le tester. »  

Et la data dans tout ça ? 

 

Autre enjeu de l’IA dans les entreprises : la donnée et leur structuration, qui n’est plus l’apanage des majors de la construction. «On dit que la donnée sera le pétrole du XXIe siècle. Là, ça devient un peu accessible pour des plus petites structures. Si elles font ce travail, celui-ci est long : 6 mois, 1 an, 18 mois de travail, pour, petit à petit, arriver à classifier les projets, avoir quelque chose qui nous permette demain de travailler confortablement », soulève M. Preto.

Hervé Dagand, de l’Observatoire des métiers du BTP poursuit : « C'est de la donnée qui va se trouver parfois dans les smartphones qu'utilisent les professionnels sur les chantiers, dans les logiciels de gestion, le CRM, le logiciel de compta, etc. Donc il y a des sujets d'interopérabilité entre les différents outils. » Une interopérabilité qui n’a pas atteint son stade de maturité dans le BTP, contrairement à des secteurs commes les banques et les assurances. 

D’autant que les « outils d'IA sont vraiment gourmands de ces données et ont besoin d'être alimentés par des grandes quantités. Et à l'échelle d'une petite entreprise où le système informatique, le système d'information, est beaucoup moins structuré que dans une grande entreprise », complète M. Dagand.

Dernier défi de l’IA dans le BTP évoqué par l’intéressé : la cybersécurité, à l’heure où les usages se concentrent sur l’IA générative. « Et si cela n’est pas bien régulé, il y a des risques de fuite des données sur les clients, sur les marchés, sur les contrats… »

Newsletter

Ne manquez plus l’actualité du bâtiment !

Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP

Je m’abonne gratuitement →
Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

Sur le même sujet

Sogelink a un nouveau CEO

Fatima Berral cède sa place de CEO du groupe Sogelink à Antoine Dumurgier. Avant de rejoindre le monde du logiciel, M. Dumurgier se distingue par une carrière dans l’ingénierie aérospatiale et dans la...

bloqueur de pub détecté sur votre navigateur

Les articles et les contenus de Batiweb sont rédigés par des journalistes et rédacteurs spécialisés. La publicité est une source de revenus essentielle pour nous permettre de vous proposer du contenu de qualité et accessible gratuitement. Merci pour votre compréhension.