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IA spécialisée dans le BTP : quels gains de temps pour les artisans ?

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Publié le 27 avril 2026 à 10h05, mis à jour le 27 avril 2026 à 11h54, par Raphaël Barrou

Où en est-on de l'utilisation de l’IA dans le BTP ? Devis en quelques secondes, réglementation éclairée… Les fondateurs de deux outils qui se veulent des alliés pour les artisans au quotidien nous expliquent les usages possibles avec leurs solutions.
©Adobe Stock - Batiweb
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Obtenir un devis en quelques secondes après quelques instructions confiées à une IA, cela ressemblait peut-être à de la science-fiction jusqu'à ces derniers mois. Mais trois ans après le buzz des outils d'intelligence artificielle grand public, le secteur du BTP est prêt à de tels usages. En France, plusieurs entreprises sont nées pour tenter de réduire au maximum le temps consacré par les artisans aux tâches administratives. Nous avons rencontré deux de leurs dirigeants. 

En 2023, Charles Cauche raconte avoir connu un premier échec avec la création d'une application générique pour le suivi commercial des entreprises du bâtiment. « Quand on a montré notre première version de notre application aux entreprises du bâtiment, on a senti qu'il n'y avait pas une adoption énorme », se souvient-il. « Par contre, un certain nombre nous a dit : "Moi je galère à faire mes devis." »

Alors, avec ses deux associés, Charles Cauche creuse dans cette direction. Dans un premier temps, il facture la production de devis à ses clients en récupérant des photos des chantiers, que les artisans lui envoient via WhatsApp, puis utilise les IA du marché. 

Rapidement, l'idée de développer une application leur vient à l'esprit, toujours en utilisant les LLM du marché. LLM, pour Large language model ou grand modèle de langage, ce sont des types de programmes d'intelligence artificielle entraînés à générer du texte à partir de bases de données grâce auxquelles la machine va s'expertiser dans un domaine. 

Charles Cauche décide donc de les enrichir pour leur apporter les compétences spécifiques au bâtiment. « On peut leur donner du contexte sur les prix, les types de chantier... On a donc fusionné les modèles de LLM existants avec l'expérience d'un des cofondateurs de Renalto, qui avait travaillé dix ans dans le bâtiment. »

Une idée d'objectivité sur les prix du marché

 

Le jeune dirigeant affirme avoir déjà reçu le témoignage d'un artisan qui affichait « chiffré avec Renalto », comme pour rassurer sa clientèle quant à l'objectivité des prix pratiqués. « L'objectif était de convaincre son client que les chiffres étaient bons, que ce n'étaient pas ses chiffres à lui mais bien ceux du marché. »

Au sein de l'application Renalto, un modèle dédié à la rédaction de devis, qui n'est pas un chatbot, mais un assistant, nommé Rita, est capable de fournir le précieux document en quelques secondes à partir de commandes vocales, de documents ou de commandes écrites. 

« On a un premier LLM qui convertit la voix en texte. Ce modèle, on l'a surentraîné avec le vocabulaire et l'oral du bâtiment. » Un deuxième LLM permet de générer un devis grâce à un document. « C'est un autre modèle spécialisé dans la lecture d'image ou la lecture de document. Les documents qui marchent très bien, ce sont des photos de notes de calepin. Les artisans peuvent les prendre en photo, rajouter éventuellement des instructions pour tout ce qui n'est pas forcément visible. Et hop le devis est prêt ! »

Un gain de temps conséquent pour les artisans

 

En revanche, c'est sur les plans détaillés que la machine éprouve encore certaines difficultés. « Les plans techniques avec plein de données dans tous les sens, ça, c'est encore un peu trop complexe pour nous », admet-il. Pourtant, selon lui, Rita ne fournit pas des devis au rabais, au contraire. « L'assistant va poser des questions. Donc il va quand même forcer les entrepreneurs à donner un minimum de détails sur le chantier pour pouvoir aboutir à un devis. » 

L'entrepreneur n'hésite pas à présenter son application comme un progrès pour la qualité de vie des artisans. Il estime qu'elle leur permet d'y passer environ trois fois moins de temps qu'avant« On a des témoignages hyper touchants d'artisans qui nous disent que les devis, avant, ils les faisaient le soir, les week-ends. Donc c'est du temps libre gagné pour eux, pour leurs familles ! » 

Lancée à l'été 2024, l'application revendique aujourd'hui plus de 15 000 utilisateurs et se targue d'avoir augmenté son taux de satisfaction à 80 %, contre 60 % au démarrage. En effet, et c'est tout le principe du machine learning, l'IA est censée s'améliorer au fur et à mesure qu'elle est utilisée et mise à jour. 

Désormais, l'équipe de l'application intervient aussi auprès de la Fédération française du bâtiment (FFB), qui dispose d'un groupe de travail sur l'IA, pour présenter ses innovations. 

La Bonne Réponse, le chat d'abord spécialisé dans les réglementations

 

Courant 2024, c'est au tour de Guillaume Loizeaud de s'intéresser de près aux potentialités de l'IA pour le bâtiment. « J'ai compris tout de suite qu’il se passait quelque chose. » Ancien directeur du Mondial du Bâtiment, il profite finalement de l'édition 2024 du salon parisien pour présenter un premier prototype de La Bonne Réponse, le chatbot d'intelligence artificielle spécialement conçu pour les professionnels du bâtiment. 

« Un des sujets qui est apparu, c'était celui de la complexité réglementaire », se remémore-t-il. « On s'est dit qu'il fallait choisir un premier périmètre et ce sujet ainsi que celui des aides est apparu comme une évidence. On savait que cela faisait beaucoup souffrir les professionnels parce que ça changeait tout le temps, c'est très complexe. Et puis ça retarde la validation des dossiers de demande d'aide, donc le versement des primes... »

Le chat fonctionne grâce à un entraînement intensif sur les textes réglementaires de la rénovation énergétique. « On a identifié 300 textes réglementaires sur ce sujet. On a entraîné l'IA à les comprendre, les interpréter et à répondre à toutes les questions techniques. »

Mais les compétences du chat s'élargissent rapidement à d'autres domaines. Apparaît naturellement la question de la vérification de la qualité des réponses. Aujourd'hui, Guillaume Loizeaud argumente que son entreprise a mis au point un système de contrôle des réponses de son intelligence artificielle. 

Garantir la qualité des réponses d'un assistant IA

 

« Rapidement, on nous a demandé : "Comment vous garantissez la qualité des réponses ? Qui s'engage ? Qui est responsable des réponses données ? » Grâce à ces contrôles, Guillaume Loizeaud déclare en moyenne entre 98 et 99 % de bonnes réponses contre un peu moins de 90 % en juin 2025. Selon ses chiffres, les LLM génériques d'OpenAI ou de Mistral, par exemple, sont loin derrière, avec 70 %. 

Pour limiter la confusion de la machine avec les changements de réglementation, le chef d'entreprise dit avoir développé un produit technologique permettant de faire des mises à jour automatiques. « Sur un texte de loi ou un site internet, à la moindre virgule changée, le lendemain matin, on est informé. »

Désormais, La Bonne Réponse compterait environ 2 000 utilisateurs, auxquels Guillaume Loizeaud assure faire gagner en moyenne deux heures par jour. « C'est très utilisé pour faire des chiffrages de travaux - vous pouvez quasiment faire un devis en 10 secondes, même sur des ouvrages complexes - ou encore pour avoir des renseignements sur les produits ou encore des conseils sur la mise en œuvre », liste-t-il. 

« On constitue tous les éléments à mettre dans un devis. Il n'y a plus qu'à générer le PDF avec le logo de l'entreprise. Donc on est quasiment à la dernière étape. » Cependant, le patron de Quantum of Trust, l'entreprise qui dirige les marques La Bonne Réponse et Energer (autre solution IA), estime qu'il faut désormais centraliser les IA du bâtiment dans une seule solution. 

« Avant le devis, il y a toutes les questions que se posent les artisans sur les règles techniques, les normes, les caractéristiques des produits... Notre conviction, c'est que les artisans ne vont pas faire la collection d'applications d'IA et qu'il y a plutôt besoin de créer une lA générale du bâtiment. Mais tout le monde n'a pas cette approche... », assène-t-il, dissimulant à peine sa critique de Renalto. 

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Raphaël Barrou
Journaliste - Batiweb

Raphaël Barrou est journaliste à la rédaction de Batiweb. Passionné par le monde du bâtiment et de l’immobilier, il s’intéresse en particulier aux actualités de travaux de rénovation et à l’avenir du secteur de la construction concernant l’utilisation de l’IA et de la robotique.

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