Le BIM, un « épiphénomène » (Autodesk)

Numérique - BIM | 17.11.21
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Selon une étude Autodesk-Altimeter, la numérisation gagnerait moins les entreprises françaises par rapport à la moyenne internationale. Un écart qui se creuse dans le BTP, où les TPE et PME sont moins incitées par le gouvernement à adopter le BIM, face à des voisins européens comme le Royaume-Uni. Décryptage avec Emmanuel Di Giacomo, responsable des écosystèmes BIM pour l'Europe d'Autodesk.

Fin octobre, l’éditeur de logiciels pour professionnels Autodesk publiait, avec Altimeter, une étude internationale sur la maturité numérique des entreprises. Ont été notamment interrogés des professionnels de la conception et de la fabrication (D&M), des médias et du divertissement (M&E), ainsi que de l'architecture, de l'ingénierie et de la construction (AEC), secteur représentant 50 % de l’activité d’Autodesk.
 

59 % des entreprises seraient dans une phase de numérisation bien aboutie et vise l’optimisation des processus, produits, services et expériences de leur clients. Chiffre à nuancer avec le taux de maturité numérique en France, qui est de 39 %. 

Le BTP français retardé dans sa numérisation, car attaché à ses habitudes

 

Et l’écart se creuse lorsqu’on se penche sur le BTP français, qui selon une étude d’Autodesk, deux ans auparavant, enregistrait un taux de numérisation de 35 %. 

« Les entreprises françaises sont davantage frileuses dans leurs investissements numériques. Ils ont davantage de difficulté à se projeter sur le ROI des solutions digitales, au contraire des anglo-saxons, qui vont mettre tant d’euros et savent qu’ils vont récupérer tant d’euros en termes de retours sur investissement », explique Emmanuel Di Giacomo.

Le responsable des écosystèmes BIM pour l'Europe chez Autodesk considère qu’en France, l’approche du projet, en conception comme en construction est encore empreinte d’habitudes et de traditions. Le décalage avec la Grande-Bretagne, viendrait aussi d’une approche gouvernementale qui est différente.

Une prise de conscience gouvernementale nécessaire à la numérisation du BTP


Emmanuel Di Giacomo poursuit : « Il faut savoir que le secteur automobile au Royaume-Uni s’est effondré il y a quelques années. Donc le gouvernement britannique a essayé de trouver des solutions pour finalement redevenir leader dans un domaine spécifique. Pour eux, la construction c’était le domaine évident ». Est ainsi né le rapport Construction 2025, où plein d’objectifs stratégies ont été définis en termes de souveraineté du marché, de réduction d’empreinte carbone, qui implique aussi bien le secteur privé que le secteur public.
 

Pendant ce temps, en France, la numérisation était pendant principalement soutenue par des fédérations. Un mouvement important, mais qui n’est pas de la même envergure qu’un pilotage gouvernemental comme au Royaume Uni, en Allemagne, dans les pays nordiques ou même en Italie. Comme le souligne Emmanuel Di Giacomo, ces États incitent par obligations les professionnels de la construction à miser sur le BIM et autres outils numériques. 


« Les études montrent que la productivité du secteur du BTP n’a quasi pas évolué en 50 ans. C’est d’ailleurs l’avant-dernier secteur en termes d’investissements en numérique, derrière l’agriculture et la chasse. Si on n’incite pas les entreprises à se moderniser, elles ne font pas d’elle-même naturellement. Et on ne parle même pas de solutions extrêmement évoluées. Ne serait-ce que l’utilisation de plateformes collaboratives, c’est le genre de choses qui ne sont pas obligatoires », complète-t-il.


Pas obligatoires en France, mais encouragées par un plan BIM 2022 de 10 millions d’euros, réunis par le gouvernement en 2018. Sur le total, 5 millions sont consacrés au déploiement des plateformes collaboratives, qui se développent en France comme BulldozAIR ou GoBuild!. Des fonds qui font cependant pâle figure face à ceux du Royaume-Uni, qui dédie 72 millions de livres à la transformation numérique.

Vers la fusion des moyens du BTP avec d’autres secteurs


Pourtant, parmi les entreprises françaises interrogées dans l’étude d’Autodesk-Altimeter, l’enthousiasme vis-à-vis d’outils comme la collaboration cloud, l’Internet des objets, la modélisation 3D ou l’automatisation d’usine. Surprise toutefois : face aux autre pays étudiés, l’Hexagone serait davantage adepte des jumeaux numériques (23 % contre 20 %) et la préfabrication (17 % contre 14 %).


L’engouement par la fabrication pourrait refléter une convergence, définie dans le rapport comme « l’association de technologies, de processus et de données auparavant distincts pour créer de nouvelles combinaisons de produits, de services et d'expériences qui remodèlent les processus et les structures du secteur ».
 

58 % de l’ensemble des entreprises sondées par Autodesk voient la convergence comme un changement dans leur activité. Les TPE et PME françaises du bâtiment peuvent grandir numériquement par une convergence de secteurs avec l’industrie, rien que par la construction hors-site, qui doit encore se déployer en France.


Cependant, comme le rappelle Emmanuel Di Giacomo, l’impact du numérique dans le BTP est large. Et ce tant par la diversité de métiers qu'il touche (carreleurs, charpentiers, maçons, maîtres d’œuvre, conducteurs de chantiers…) que par les aspects importants du quotidien des professionnels : coordination, sécurité de chantier comme anticipation de l’évolution du bâti et sa maintenance. 


« Pour moi, le BIM c’est un épiphénomène, car il y a plein de choses qui sont en train de se passer autour : la conception générative, la scan to BIM, la robotique, la photogrammètrie, la lasergrammétrie, les jumeaux numériques qui sont en train de bouleverser de ce secteur traditionnel », conclut le responsable des écosystèmes BIM pour l'Europe chez Autodesk.


Propos recueillis par Virginie Kroun
Photo de Une : Autodesk
 

Virginie.kroun
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