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Comment sont formés les diagnostiqueurs immobiliers ?

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Publié le 23 février 2026 à 11h30, mis à jour le 23 février 2026 à 12h01, par Nils Buchsbaum


Entre théorie, pratique, réglementations et culture du bâtiment, les diagnostiqueurs immobiliers doivent se former à un métier technique et exigeant pour obtenir leur certification.
© Adobe Stock
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Impossible de vendre ou de louer un bien sans passer par eux. Les obligations réglementaires lors de la vente ou de la location d’un bien placent les diagnostiqueurs au cœur des transactions immobilières. Mais ces dernières années, la profession s’est aussi retrouvée sous les projecteurs en raison des fraudes au diagnostic de performance énergétique (DPE).

Selon le ministère du Logement, près de 70 000 diagnostics frauduleux seraient réalisés chaque année en France. Un chiffre à relativiser : les fraudes représentent 1,7 % des quelque 4 millions de DPE effectués annuellement, par environ 10 000 diagnostiqueurs en activité.

Face aux dérives, le gouvernement a annoncé en 2025 une série de mesures. Chaque DPE et chaque diagnostiqueur sont désormais associés à un QR code unique, permettant aux propriétaires et locataires de vérifier la validité du document sur le site de Agence de la transition écologique (Ademe). Les contrôles sont multipliés et en cas de fraude avérée, l’interdiction d’exercer peut aller jusqu’à deux ans. Un outil statistique intégré à l’Ademe permet en outre de détecter des comportements suspects — comme un nombre anormalement élevé de DPE réalisés sur une même journée ou sur des distances incompatibles — et de déclencher des contrôles ciblés.

Pour une profession désormais placée sous haute surveillance, la question de la formation est centrale. Comment les diagnostiqueurs immobiliers sont-ils préparés à exercer une mission aussi technique que sensible ? 

Une profession réglementée, une certification nécessaire

 

Les diagnostics immobiliers ont pour objectif d’informer l’acquéreur ou le locataire sur l’état réel du logement. Ces contrôles techniques, réalisés selon des critères précis, passent au crible plusieurs aspects du bien. Le diagnostic de performance énergétique (DPE) évalue la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre. Le diagnostic amiante porte sur certains matériaux susceptibles d'être amiantés. Le diagnostic plomb détecte la présence de plomb dans les peintures anciennes. Les diagnostics électricité et gaz vérifient la conformité des installations intérieures. Le diagnostic termites vise à repérer les infestations et les risques de dégradation du bois.

En France, la profession est strictement encadrée afin de garantir la fiabilité des expertises. Pour effectuer chacun de ces contrôles, le diagnostiqueur doit obtenir une certification spécifique. Celle-ci atteste que le professionnel maîtrise les méthodes d’évaluation, connaît la réglementation en vigueur et est habilité à exercer en toute légalité.

C’est le Comité français d’accréditation (Cofrac) qui évalue et accrédite les organismes chargés de certifier les diagnostiqueurs. La certification, obtenue après avoir réussi un examen combinant QCM sur les textes et réglementations, entretien technique et exercices pratiques, constitue ainsi la clé d’accès à la profession.  Valable pour une durée limitée — généralement de cinq à sept ans selon les domaines —, la certification doit être renouvelée pour permettre au diagnostiqueur de poursuivre son activité. 

Pour accéder à la certification, la quasi-totalité des candidats passent par des centres de formation spécialisés, publics ou privés. Ces structures proposent des programmes adaptés, d’une durée variable selon le niveau visé et le périmètre d’intervention. Certaines formations, courtes et intensives, sont dédiées à un diagnostic spécifique, comme l’amiante. D’autres, plus longues, couvrent l’ensemble des diagnostics réglementaires et préparent à l’obtention des différentes certifications nécessaires pour exercer pleinement le métier.

 

« La curiosité est une compétence essentielle »

 

Créée en 2010, Diagodom est une entreprise de diagnostics immobiliers sur le terrain. Dix ans plus tard, l’entreprise a ouvert son propre centre de formation. « On s'est rendu compte qu’il manquait une large part d’aspect pratique sur la certification. C’est comme si, dans une auto-école, vous passiez votre code et pouviez immédiatement conduire sans avoir fait d’heures de conduite », explique Seydi Eren, cofondateur de Diagodom qui compte maintenant des centres de formation à Paris, Lille et Caen. 

La formation proposée dure entre trois et trois mois et demi. Chaque domaine de compétence est abordé séparément (électricité, DPE…) et la certification correspondante est passée immédiatement après. Chaque année, Diagodom forme entre 400 et 500 personnes aux profils très variés : des personnes en reconversion côtoient des professionnels du bâtiment. 

Selon Seydi Eren, « la curiosité est une compétence essentielle pour débusquer toutes les anomalies et ne rien laisser au hasard sur le terrain, comme l’amiante cachée ». L’aspect relationnel est aussi central : « Le diagnostiqueur interagit avec les clients chez eux, souvent lors d’événements importants dans leur vie comme une vente immobilière. Il doit faire preuve d’écoute et de respect. Il est l’un des professionnels qui passe le plus de temps — 2 à 2 h 30 — dans l’intimité du client ». Le diagnostiqueur ne se limite pas à rédiger un rapport : « un DPE mal réalisé peut dévaloriser un bien et impacter directement une transaction », souligne Eren. 

Interrogé sur les fraudes, Diagodom affirme se tenir à une ligne de conduite stricte depuis sa création : « Ne pas tricher, même au prix de la perte de partenariats ». Cette fermeté face aux pressions des agents immobiliers ou syndics est jugée indispensable à la crédibilité et à la pérennité de l’activité.

Un diagnostiqueur certifié pourra devenir salarié dans un cabinet spécialisé, indépendant à la tête de sa propre structure ou franchisé au sein d’un réseau. Les revenus varient en fonction de l’expérience et du statut. « Un salarié débutant touche en moyenne 1 800 à 2 000 € nets et peut atteindre 2 500 à 3 000 € après quelques années », détaille Seydi Eren.

Acquérir une vraie « culture du bâti »

 

Autre acteur de la formation dans le secteur immobilier et énergétique, La Solive dispose de six campus en France, à Paris, Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse et Lille. L’organisme ne se limite pas aux diagnostics immobiliers, mais forme des « chefs de projet en rénovation énergétique » et des « conseillers en rénovation énergétique », offrant un panorama complet des compétences nécessaires pour développer des stratégies de rénovation.

« La formation s’étend sur quatre mois à plein temps et délivre un diplôme de niveau 5 reconnu par l’État, expose Ariane Komorn, cofondatrice et directrice de La Solive. Notre formation allie théorie et pratique à travers des études de cas concrètes, permettant aux apprenants d’appréhender rapidement les bases du métier. L’accent est mis sur une compréhension approfondie de la structure du bâtiment, de son comportement thermique et des transferts d’humidité, ainsi que sur la capacité à analyser les pathologies (traces d’humidité, défauts d’isolation…) et à proposer des solutions de rénovation adaptées (chauffage, isolation, menuiseries…). » La formation inclut également une dimension financière pour estimer les coûts des travaux.

Chaque année, plus de 600 personnes sont formées à La Solive, l'entreprise vise 1 000 pour l’année 2026. « La plupart des diplômés deviennent auditeurs énergétiques pour des projets de rénovation », explique Ariane Komorn. Environ 60 % s’orientent vers le marché des particuliers, notamment via des bureaux d’études thermiques ou France Rénov’, tandis que 40 % interviennent dans le logement collectif ou les bâtiments tertiaires.

La formation de La Solive aborde également l’éthique et la fiabilité des diagnostics. Les apprenants sont sensibilisés à l’impact direct de leurs rapports sur les transactions immobilières et à leurs responsabilités civiles et pénales. Ils apprennent à détecter les incohérences et à analyser les documents existants pour prévenir les fraudes.

Pour Ariane Komorn, l’un des enjeux essentiels est la transmission d’une solide « culture du bâtiment ». « Il est crucial que les diagnostiqueurs connaissent le bâti en profondeur pour pouvoir challenger les outils numériques — scans 3D, pré-remplissage DPE — et éviter les erreurs. » Cette culture se transmet par l’analyse d’images et de vidéos, et par l’usage des bons outils pour rechercher l’information manquante, dans une logique d’« apprendre à apprendre ».

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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