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Plan d'électrification : le collectif Rénovons critique une stratégie inadaptée

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Publié le 13 avril 2026 à 11h00, mis à jour le 13 avril 2026 à 17h29, par Nils Buchsbaum

Le gouvernement a présenté des mesures pour accélérer l’électrification des usages dans le logement et les mobilités. Le collectif Rénovons dénonce une stratégie qui ignore les causes structurelles du problème des coûts énergétiques dans les logements.
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Le Premier ministre a présenté, vendredi 10 avril, le plan gouvernemental visant à accélérer l’électrification des usages dans le logement et les mobilités.

Un mois et demi après le début de l’offensive israélo-américaine sur l’Iran, dans un contexte de flambée persistante des prix à la pompe, Sébastien Lecornu a inscrit cette feuille de route dans un enjeu de souveraineté nationale, la qualifiant d’indispensable. Plusieurs acteurs du secteur, dont le collectif Rénovons, ont toutefois critiqué les orientations déclinées par le Premier ministre qui seraient « à contre-sens des besoins réels des logements ».

Pour accompagner cette transition dans le logement, les transports et l’industrie, l’exécutif prévoit un doublement des financements, qui passeraient de 5,5 à 10 milliards d’euros par an d’ici à 2030. Le ministre a toutefois tenu à préciser que ce plan ne se fera « pas avec de l’argent nouveau », mais par réorientation des dispositifs d’aide existants.

Dans le secteur du logement, l’exécutif affiche une ambition claire : « faire du chauffage électrique la norme, là où il est encore l’exception ». Dans cette optique, l’installation de chaudières à gaz dans les constructions neuves sera interdite dès la fin de l’année 2026, une disposition en réalité déjà inscrite dans la réglementation environnementale 2020

Accélérer l'électrification du parc social

 

Parallèlement, « toutes les aides publiques pour les particuliers accompagneront l’installation de pompes à chaleur », afin d’accélérer le remplacement des équipements fonctionnant au gaz ou au fioul.

Le gouvernement fixe également un objectif d’un million de pompes à chaleur installées chaque année d’ici à 2030. Une cible qui n’est pas nouvelle : elle avait déjà été avancée il y a deux ans par Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie. Les résultats sont toutefois restés très en deçà des attentes, avec une année 2024 particulièrement difficile pour les industriels du secteur.

Dans le parc social, encore largement dépendant du gaz, le gouvernement entend accélérer la transition. « L’électrification sera spécifiquement accélérée, organisée, financée », avec pour objectif de sortir deux millions de logements sociaux de cette dépendance d’ici à 2050, soit près de la moitié du parc.

Une politique « qui nie la réalité des passoires thermiques »

 

Ces orientations suscitent toutefois des critiques. Le collectif Rénovons alerte, dans un communiqué publié vendredi 10 avril : « Cette orientation, centrée quasi exclusivement sur le changement de système de chauffage, constitue une erreur stratégique majeure. Elle oublie un levier fondamental de la transition énergétique : l’isolation des bâtiments. »

Ce collectif d’acteurs associatifs engagés dans les domaines de l’environnement, du logement et de la solidarité, aux côtés de professionnels du bâtiment mobilisés contre la précarité énergétique, dénonce une politique « qui nie la réalité des passoires thermiques».

Il rappelle ainsi qu’ «une passoire thermique ne se résume pas à un logement énergivore. C’est un habitat dégradé, marqué par une isolation insuffisante, des infiltrations d’air, des vitrages obsolètes et une ventilation inadaptée. Ces défaillances entraînent non seulement des consommations excessives, mais aussi des conditions de vie indignes, avec des impacts sanitaires avérés liés à l’humidité et aux moisissures. »

Le collectif estime que la promotion massive des pompes à chaleur, sans traitement préalable de l’enveloppe des bâtiments, revient à ignorer les causes structurelles du problème. Faute d’amélioration de l’isolation et de la ventilation, les besoins énergétiques demeurent élevés, au risque de conduire à des équipements surdimensionnés, coûteux et peu efficaces.

« Rénover avant d’électrifier »

 

Le collectif Rénovons appelle ainsi à « rénover avant d’électrifier ».  Il insiste : « La transition énergétique du secteur du bâtiment ne peut réussir sans une priorité claire donnée à la réduction des besoins, par l’isolation et l’amélioration de la qualité des logements. L’électrification des usages ne peut être qu’un second temps, venant compléter une rénovation ambitieuse et cohérente. »

À défaut, prévient-il, le risque est de multiplier des investissements à la fois coûteux, inefficaces et socialement injustes, sans répondre aux enjeux climatiques, sanitaires et sociaux posés par les passoires thermiques.

« Une passoire thermique, ce n’est pas qu’un logement où l’électricité est trop chère. C’est d’abord un logement mal isolé, où l’on développe des pathologies respiratoires et cardiovasculaires. En ce sens, il apparaît très clair que ce plan d’électrification a pour ambition de répondre à des enjeux de réindustrialisation et de souveraineté, mais en aucun cas à la lutte contre la précarité énergétique », expose Damien Barbosa, coordinateur du collectif Rénovons

Face à ces constats, le collectif formule une série de propositions :

  • Interdire le financement de mono-gestes de type installation de PAC dans les passoires thermiques via MaPrimeRénov’ par geste ;
  • Redéfinir la notion de passoire énergétique en intégrant explicitement la performance de l’enveloppe du bâtiment ;
  • Ne pas financer le remplacement de pompes à chaleur anciennes sans amélioration globale du logement ;
  • Maintenir et renforcer le dispositif MaPrimeRénov’ Accompagné pour les ménages modestes et très modestes ;
  • Revenir, pour ces ménages, à des niveaux d’aides équivalents à ceux de début 2024 afin de permettre des rénovations globales réellement performantes.

 

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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