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Bâtiment : la crise se prolonge, la FFB redoute une nouvelle baisse de l’activité en 2027

Publié le 15 septembre 2026 à 14h45, mis à jour le 15 septembre 2026 à 15h34, par Nils Buchsbaum

La FFB prévoit un recul de 0,3 % de l’activité en 2026 et 20 000 emplois détruits. Elle anticipe une nouvelle dégradation en 2027.
Frédéric Carré au siège de la FFB à Paris le 14 septembre 2026. ©NB - Batiweb
Frédéric Carré au siège de la FFB à Paris le 14 septembre 2026. ©NB

En juin, la Fédération française du bâtiment (FFB) s'inquiétait des conséquences de la guerre dans le Golfe d’Ormuz et des derniers arbitrages gouvernementaux. Trois mois plus tard, son constat s’est encore assombri. « Tous les segments de marchés du bâtiment se retournent, les trésoreries continuent de se tendre et l’emploi baisse à nouveau », déplore Frédéric Carré lors d’une conférence de presse au siège de la Fédération à Paris le 14 septembre 2026.

La FFB table désormais sur un recul de 0,3 % du chiffre d’affaires du bâtiment en 2026, hors effet prix. Sur quatre ans, la baisse atteindrait 12,3 %, ramenant l’activité à son plus bas niveau depuis la fin des années 1990, selon ses calculs. La Fédération prévoit par ailleurs la destruction de 20 000 emplois en 2026, en comptabilisant les salariés, les intérimaires en équivalent-emplois à temps plein et les non-salariés. Sur quatre ans, près de 60 000 postes auraient ainsi disparu.

Il y a quelques jours, l’Insee a abaissé sa prévision de croissance pour la France en 2026, de 0,7 % à 0,4 %. La FFB l’explique notamment par le repli de l’investissement en construction des ménages, des entreprises et des administrations publiques depuis les élections municipales. La Fédération estime que le faible niveau des investissements cette année pèsera à son tour sur le chiffre d’affaires du bâtiment en 2027.

 

« L’objectif des 2 millions de nouveaux logements d’ici 2030 ne sera pas atteint »

 

Dans le logement neuf, l’amélioration apparente de l’activité ne suffit pas à inverser la tendance. « Les mises en chantier progressent, mais c’est un leurre éphémère », regrette Frédéric Carré. Elles devraient s’établir à un peu moins de 300 000 unités en 2026, soit 60 000 de moins que la moyenne des quarante dernières années et très loin des 420 000 logements nécessaires pour répondre aux besoins estimés par le ministère du Logement. « L’objectif des 2 millions de nouveaux logements d’ici 2030 prévus dans le plan "Relance logement" ne sera pas atteint » assène Frédéric Carré.

Le nombre de permis de construire délivrés s’effrite de 0,2 % sur un an sur les sept mois à fin juillet et recule même de 8 % sur les trois derniers mois, sous l’effet notamment du logement collectif, en baisse de 16,6 %. « Ce qui annonce un nouveau repli des mises en chantier en 2027 », prédit le président de la FFB.

 

Le non-résidentiel neuf reste au plus bas

 

Dans le non-résidentiel neuf, les surfaces commencées restent proches de leur point bas historique, à peine au-dessus de 20 millions de m² en tendance, contre 31 millions de m² en moyenne de long terme. Les surfaces autorisées suivent elles aussi une trajectoire défavorable, avec un recul de 6,7 % entre les sept premiers mois de 2025 et la même période de 2026. La FFB explique notamment cette baisse par l’effondrement d’un tiers des surfaces de locaux administratifs, en chute libre depuis les élections municipales. La FFB regrette que l’installation des nouvelles équipes locales se traduise ainsi sur l’activité du bâtiment. « La commande publique ne joue plus du tout son rôle contracyclique » déplore Frédéric Carré. Dans ce segment aussi, la FFB anticipe un recul de l’activité en 2027.

L’amélioration-entretien, qui représente 60 % de l’activité du bâtiment, n’échappe pas à cette dégradation. Son activité a reculé de 3,3 % en volume entre les deuxièmes trimestres 2025 et 2026, soit un septième trimestre consécutif de baisse, dans le logement comme dans le non-résidentiel. La rénovation énergétique est davantage touchée, avec un recul de 4,3 %, qui atteint 4,5 % dans le logement et 3,5 % dans le non-résidentiel, jusqu’alors moins touché.

Alors que la France compte 3,9 millions de passoires énergétiques, Frédéric Carré juge cette évolution incompréhensible : « les besoins en rénovation énergétique sont immenses, c'est incompréhensible que ce segment baisse ». Il accuse l’État d’abandonner ce sujet en réduisant les fonds verts et en modifiant régulièrement les règles des aides MaPrimeRénov'.

 

La hausse des matériaux pèse sur les marges


La FFB constate que le conflit au Moyen-Orient fait grimper les prix des matériaux de 4,3 % entre février et juin, soit 3,3 fois plus vite que l’inflation générale et anticipe une nouvelle hausse dans les semaines à venir, susceptible de peser sur les marges car « il reste très compliqué pour les artisans et entrepreneurs du bâtiment de répercuter ces envolées de prix auprès de leurs clients ».

Alors que la campagne présidentielle semble déjà avoir démarré, Frédéric Carré dresse un bilan sévère du double quinquennat d’Emmanuel Macron : « dix ans d’une politique du logement hasardeuse depuis 2017 ont conduit le secteur dans une crise sans précédent ».

À court terme, la FFB place toutefois ses attentes dans le projet de loi Logement et surtout dans le PLF 2027. Elle demande notamment d’élargir le dispositif Jeanbrun à la maison individuelle neuve et d’en assouplir les paramètres, de soutenir le renouvellement urbain avec le lancement de l’Anru III, et d’étendre à l’outre-mer le prêt à taux zéro (PTZ) dans l’ancien. Elle souhaite également un assouplissement des règles du Haut Conseil de stabilité financière sur le crédit immobilier.

La Fédération appelle par ailleurs à éviter un nouveau recours à une « loi spéciale » dans le cadre du budget 2027. Elle s’oppose à tout rabotage du PTZ et à un relèvement de la Réduction de loyer de solidarité (RLS), qu’elle considère comme autant de freins à la reprise du marché.

 

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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