L'amiante responsable de plus de 1 700 décès et 2 200 nouveaux cas de cancers par an en France Vie des sociétés | 20.01.15

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L'amiante, matériau utilisé largement comme isolant dans l'industrie et le bâtiment fait toujours des victimes en France. Selon le dernier bulletin de l'Institut de veille sanitaire (InVs), publiée ce mardi, 2 200 nouveaux cas de cancers et 1 700 décès chaque année seraient imputables à l'amiante. Dans son bulletin, l'Institut évalue également l'exposition professionnelle des artisans de la construction à la retraite. Bilan d'un scandale sanitaire toujours d'actualité.

Selon le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'InVs, publié ce mardi, le poids des cancers liés à l'amiante de façon certaine (poumon, mésothéliome, larynx, ovaire) « demeure très important, puisqu’il est estimé entre environ 2 200 et 5 400 cas par an en France, touchant de façon majoritaire les hommes pour les cancers respiratoires », détaille Jean Claude Pairon dans l'édito de son numéro spécial dédié à ce scandale sanitaire.

En tête, le cancer du poumon, la pathologie la plus fréquemment contractée parmi la liste des cancers professionnels imputables à l'amiante, avec 1 272 à 3 628 cas par an chez les hommes et de 56 à 81 chez les femmes. Ce cancer a d'ailleurs provoqué entre 961 et 2 743 décès en 2012, et 43 à 62 chez les femmes, selon les deux scénarios retenus par des chercheurs de l'InVS.

Le pic d'incidence pas encore atteint

Sur cette même base, les chercheurs estiment que 678 à 915 cas de cancer de mésothéliome ou cancer de la plèvre, hommes et femmes confondus, seraient imputables à une exposition à l'amiante et de 615 à 822 décès au total.

Mais ces chiffres risquent encore d'évoluer à la hausse dans les années à venir. « L’augmentation d’incidence (après standardisation sur l’âge) observée chez les hommes, lorsque la période 2009-2011 est comparée à la période 1998-2000, suggère que le pic d’incidence n’est peut-être pas encore atteint chez l’homme, contrairement à ce qui avait pu être avancé précédemment », souligne Jean-Claude Pairon, qui s'appuie sur l'une des études publiées par l'Invs.

Une hausse également prévisible chez les femmes, avec une augmentation sensible des nouveaux cas de mésothéliome entre la fin des années 90 et la fin des années 2000, alors que pour 28% d'entre elles, aucune exposition à l'amiante n'a été retrouvée.

Le cancer du larynx et de l'ovaire pris en compte

D'autres cancers sont également pris en compte pour la première fois par les chercheurs : les cancers du larynx et de l'ovaire (ajoutés à la liste des maladies induites par l'exposition à l'amiante en 2009 par l'agence pour le cancer de l'Organisation mondiale de la santé CIRC/IARC)

Ils ont estimé que 129 à 731 nouveaux cas de cancers du larynx, principalement développé chez les hommes, et 46 à 55 cancers de l'ovaire découverts en 2012 pouvaient être attribués à une exposition professionnelle à l'amiante.

Quid des artisans à la retraite ?

Enfin, depuis 2005, un suivi post-professionnel en collaboration avec le Régime social des Indépendant est effectué dans le cadre du programme d'Epidémiologie et surveillance des professions. Il vise à repérer, parmi les artisans nouvellement retraité leur éventuelle exposition professionnelle passée à l’amiante.

Selon cette étude, parmi les hommes retraités du RSI (contactés pour l'étude entre 2005 et 2009, ndlr.) ayant fait un passage dans le secteur de la construction, on estime à 72 % ceux ayant été exposés à l’amiante au cours de leur carrière, que ce soit dans ce secteur ou dans un autre, et à 74% ceux l’ayant été dans ce secteur spécifiquement. Il s’agit majoritairement de salariés ouvriers qualifiés du bâtiment ou d’artisans couvreurs, plombiers, chauffagistes, maçons, plâtriers et peintres en finitions du bâtiment.

Tous secteurs confondus, l’estimation de la durée moyenne d’exposition cumulée durant la carrière professionnelle était de 25 ans et 6 mois (26 pour le secteur de la construction). Le secteur de la construction était celui où la proportion d’hommes exposés 31 ans ou plus était la plus élevée, atteignant près de la moitié (48 %).

La proportion de retraités ayant été exposés dans leur carrière aux niveaux d’exposition les plus élevés (supérieurs à 0,1 f/ml) a été estimée à 23 % pour ceux ayant travaillé dans le secteur de la construction contre 45 % pour ceux issus du commerce.

L’estimation de la prévalence globale d’exposition professionnelle à l’amiante sur la carrière entière des retraités artisans est de 64 %, soit plus de 2 fois supérieure à celle des retraités salariés.

NB : L'invs précise cependant que le pourcentage de non-répondant à cette étude est de 40 %. La surreprésentation du secteur de la construction et la sous-représentation de l’industrie manufacturière ont été mises en évidence par comparaison à la population des retraités artisans du RSI. Un biais dans les estimations n’est pas à écarter, car les personnes susceptibles d’avoir été exposées ont généralement tendance à répondre plus souvent aux enquêtes, ceci pouvant être renforcé quand l'enquête peut déboucher sur un suivi médical

Reste que selon les dernières estimations du Haut Conseil de la santé publique, le fléau de l'amiante pourrait encore tuer entre 68 000 et 100 000 personnes à l'horizon 2050 en France.

C.T

Redacteur

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