Une RE 2020 moins ambitieuse que l’expérimentation E+C- ? Vie des sociétés | 29.11.19

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Dans un communiqué, Thierry Rieser, gérant du bureau d’études Enertech, s’inquiète des derniers arbitrages sur la future réglementation environnementale (RE 2020). Alors que l’expérimentation E+C- a permis de faire avancer les choses en matière de construction durable, il semblerait que les ambitions du Gouvernement soient revues à la baisse. Enertech appelle le secteur à agir pour que la dynamique de transition énergétique se poursuive. Le texte a d’ores et déjà été signé par de nombreux professionnels du bâtiment.

Lancé en 2016, le label E+C- devait venir préfigurer la future réglementation environnementale RE 2020. Saluée par le secteur de la construction, l’expérimentation a conduit à la construction de centaines d’opérations partout en France ainsi qu’à l’organisation de dizaines de réunions de concertation. Trois ans plus tard, alors que la RE 2020 est en pleine définition, « que reste-t-il du label E+C- » et « de l’ambition initiale ? ».  

 

C’est la question posée par Enertech à la profession dans une tribune publiée le 26 novembre dernier. Thierry Rieser indique : « Malgré un certain nombre de points positifs qu’il convient de saluer, l’enthousiasme des débuts a cédé la place à la crainte que notre pays ne fasse machine arrière sur des points essentiels ».

 

Le texte, déjà signé par de nombreux acteurs du bâtiment, se veut un « appel à la raison » dirigé au Gouvernement. « Espérons » qu’il « pourra être entendu avant qu’il ne soit trop tard », souligne-t-il.

 

Des points positifs…

 

Parmi les avancées citées par Enertech, on trouve « la montée en compétences et la mobilisation de la profession » autour de la problématique du bilan carbone, l’évolution de l’indicateur de confort d’été de la RT 2012, vers un indicateur en degré-heures, la prise en compte des autres usages immobiliers dans les consommations énergétiques (éclairage des parties communes, ventilation des parkings, ascenseurs, etc.) ou encore l’ajout d’un indicateur Carbone biogénique stocké évaluant la fonction « puits de carbone » de la construction biosourcée. Le label E+C- a également concrétisé la notion de « Bâtiment à énergie positive » avec le bilan BEPOS, dans lequel étaient incluses les consommations d’électricité à usages spécifiques

 

… qui ne suffisent pas « à contrebalancer » les inquiétudes

 

Dans sa tribune, Enertech s’inquiète de la disparition du bilan BEPOS. Si l’abandon était confirmé, « on ne pourra plus atteindre l’objectif de la loi Grenelle 1 dont l’article 4 fixait comme objectif que tous les bâtiments neufs soient à énergie positive dès 2020 (…). Sans bilan BEPOS, comment compte-t-on définir un bâtiment à énergie positive ? », s’interroge le bureau d’études. « Aussi parce qu’en faisant totalement disparaître les Autres usages de l’énergie, on néglige tout simplement le plus important poste de consommation des bâtiments neufs ».

 

Concernant le coefficient d’énergie primaire, Enertech regrette l’annonce du passage d’un coefficient 2,58 à un coefficient 2,3. « Parier sur sa baisse est typiquement une prophétie auto-non-réalisatrice. Si on fait cette hypothèse, on va de fait favoriser les modes de chauffage électriques les moins performants, et ainsi augmenter la demande en électricité. Or, une production aussi élevée ne pourra pas être couverte seulement avec des énergies renouvelables, mais fera aussi appel au développement ou aux imports des centrales thermiques classiques ».  

 

« Faut-il le rappeler, le coefficient d’énergie primaire de l’électricité est une réalité physique, et non une valeur négociable », poursuit Thierry Rieser qui estime : « nul besoin d’un coefficient 2,3 ni d’un facteur GES de 80g (contre 210 dans le label E+C-), les valeurs réelles ou celles du label E+C- suffisent déjà à obtenir un effet incitatif puissant pour décarboner le chauffage, principalement avec un objectif ambitieux sur l’indicateur carbone Eges ».  

 

Concernant les EnR, le remplacement de l’indicateur RER (recours aux énergies renouvelables) par un RCR (recours à chaleur renouvelable) est également critiqué. « Pourquoi supprimer l’indicateur RER au lieu de juxtaposer les deux ». Enertech appelle aussi à une simplification du mode de calcul de l’impact carbone des panneaux photovoltaïques, et à mettre un critère de performance sur l’enveloppe… un outil qui existe déjà, le Bbio. « Il faut défendre l’acquis du Bbio, et en renforcer les objectifs, et surtout pas le supprimer comme il en a été question ».

 

Autre point négatif signalé, un calcul carbone toujours illisible pour les maîtres d’ouvrage. L’AMI lancé par la DHUP afin de compléter la base INIES « va bien sûr dans le bon sens, mais les résultats arriveront trop tard par rapport à la phase de calcul et de calage des objectifs qui débute cette fin d’année. En attendant, ne pourrait-on pas remettre à disposition des concepteurs des valeurs par défaut issues de bases de données d’ACV internationales et peu ou pas pénalisantes ? ».

 

« L’heure est au courage politique »

 

Enertech appelle ainsi les pouvoirs publics à réagir. Il prévient : « L’écart se creuse entre les ambitions annoncées et la réalité de ce qui est proposé aujourd’hui ». Parmi les propositions prioritaires formulées : adopter la valeur actuelle du facteur d’énergie primaire de 2,74 pour l’électricité, ou a minima rester sur le statuquo du 2,58, fixer un objectif « ambitieux » de Bbio, continuer à compléter la base INIES ou encore conserver le bilan BEPOS, incluant toutes les Aue, en plus du Cep.

 

Retrouvez la tribune ici.

 

R.C
Photo de une : ©Adobe Stock

Redacteur

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