Comment massifier la rénovation énergétique des bâtiments ? Trois experts s’expriment ! Eco-construction | 07.12.17

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Le 24 novembre dernier, le Gouvernement a présenté une feuille de route en matière de rénovation énergétique. Lutter contre la précarité énergétique ou encore favoriser la rénovation des bâtiments publics et tertiaires figurent parmi les axes prioritaires. Ces mesures seront-elles suffisantes pour atteindre les objectifs du Plan Climat en matière de rénovation ? Eléments de réponse avec l’association « Energies et avenir », le Plan Bâtiment Durable et l’Anah.
Si la rénovation énergétique des bâtiments constitue l’une des grandes priorités du quinquennat, comment atteindre les objectifs « ambitieux » qu’il s’est fixé ?

Pour répondre à cette question, l’association « Energies et avenir » a organisé ce jeudi 7 décembre un débat qui a compté sur la participation d’Anne-Lise Deloron, directrice adjointe du Plan Bâtiment Durable, Christian Mouragane, directeur général adjoint de l’Anah et de Jean-Pascal Chirat, vice-président d’Energies et Avenir. Ensemble, ils ont proposé des pistes de travail pour « gagner le défi de la rénovation énergétique en France ».

Logements et bâtiments publics : une rénovation corrélée

Anne-Lise Deloron a tout d’abord rappelé combien la feuille de route pour la rénovation énergétique des bâtiments était « attendue. Elle est une déclinaison opérationnelle du Plan Climat et un document de synthèse des annonces éparses réalisées depuis le mois de juillet. Elle vient renforcer les ambitions et les outils existants. C’était important pour les professionnels de voir que leurs efforts n’étaient pas vains », a-t-elle souligné.

Comment massifier la rénovation ? Anne-Lise Deloron a estimé qu’un changement pourrait être opéré grâce aux plus jeunes. Elle a proposé d’accorder une plus grande importance à la rénovation des bâtiments éducatifs. En adaptant les programmes et en sensibilisant les élèves à la rénovation, ils pourraient devenir « ambassadeurs » du changement. Elle cite notamment les exemples des campagnes de communication menées en faveur de la sécurité routière ou encore de la collecte des déchets. Même chose pour les bâtiments publics les plus fréquentés par les Français tels que les hôpitaux et les mairies. Il s’agit de montrer l’exemple.

Autre proposition, celle de simplifier le parcours des ménages et surtout de stabiliser les dispositifs incitatifs et fiscaux au moins sur la durée du quinquennat. Massifier la rénovation passe aussi par la capacité « de reproduire des gestes simples à coûts maîtrisés ». Il faut également poursuivre la consultation des acteurs concernés par la rénovation énergétique pour qu’ils « s’approprient les enjeux ».

Les chaudières, un gisement « important » d’économies d’énergie

Jean-Pascal Chirat, vice-président d’Energies et Avenir s’est référé à la maintenance et à la rénovation des chaudières. Les résultats d’une étude révèlent que le remplacement d’une chaudière jumelé à l’isolation des combles « est aujourd’hui une des meilleures solutions en terme de retour sur investissement (…). Pour un investissement de l’ordre de 5 000 €, le gain en terme d’efficacité énergétique dépasse les 60% ».

Pourtant, en France, on compte 12,8 millions de chaudières domestiques dont 3 millions « ne sont pas entretenues, ce qui représente un gisement potentiel en terme d’économies d’énergie mais également un moyen de mieux repérer les ménages se trouvant dans un besoin d’accompagnement ».

Pour remédier à la situation, M. Chirat partage l’idée de continuer à communiquer largement sur l’intérêt de mener ces opérations de maintenance. Il milite aussi pour des actions conjuguées des filières pour mutualiser les efforts et faire face à un sujet qui « n’est pas évident ». Car malgré les incitations, les décisions « ne s’enclenchent pas ». Pour encourager la rénovation et lever les freins, il estime nécessaire d’introduire les notions de « confort, de bien être et de valeur verte » qui sont bien plus parlantes.

Les maires, acteurs clés de la rénovation

Christian Mouragane a lui estimé que la question n’était plus de savoir comment rénover mais plutôt comment « aller plus loin ». Prenant l’exemple du programme Habiter Mieux mis en place en 2011, il a indiqué que l’Anah avait acquis trois enseignements. Parmi ces enseignements, l’importance de s’appuyer sur les collectivités locales pour mieux rénover : « C’est le maire qui connaît le mieux ses habitants et qui sait le mieux dans quelle partie de son territoire il y a des situations de précarité énergétique ».

Deuxième constat, la lutte contre la précarité énergétique doit faire l’objet d’un accompagnement, d’actions d’ingénierie. « Aujourd’hui, nous faisons environ 150 000 logements et si on veut aller plus loin, on doit ouvrir l’accompagnement à d’autres acteurs », privés par exemple, notamment les entreprises. « Cela doit être l’enjeu fort des 5 prochaines années ». Il faut également trouver des nouvelles formes de mise en relation entre les propriétaires et l’administration.

Une nouvelle offre a été votée en conseil d’administration a précisé M. Mouragane qui facilitera la coexistence d’une offre publique avec des offres privées autour des Certificats d’économie d’énergie (CEE). L’idée est de créer une passerelle entre l’économie impulsée par l’argent public et une économie impulsée par les plateformes privées. L’enjeu va être « d’inciter les collectivités locales à s’approprier ces outils et à construire sur leur territoire des offres qui permettent de s’orienter vers l’Anah ou vers ces dispositifs ». Pour les ménages, c’est les accompagner pour qu’ils s’y retrouvent et adaptent « leur projet en fonction de leurs capacités financières et en fonction de ces offres ».

Enfin, concernant les plateformes de la rénovation énergétique qui ont pour but « d’informer, d’orienter et de conseiller les propriétaires », il va s'agir ces 5 prochaines années de construire des plateformes pérennes, de les structurer, les financer, les professionnaliser et faire en sorte qu’elles répondent aux besoins exprimés par les territoires. Il faudra aussi mettre en place des méthodes innovantes pour rechercher les ménages les plus précaires. 

Rose Colombel
Photo de une : @R.C
Redacteur

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