Trois candidats à la présidentielle, trois visions pour le bâtiment

En ouverture du Paris Builders Show ce lundi 28 septembre, les acteurs du bâtiment (dont la CAPEB et la FFB) appelaient à davantage de stabilité des aides et de simplification des normes.
Est-ce que les programmes présentés par trois candidats à la présidentielle, lors du Grand Oral politique de l'après-midi, répond à ces espérances ? Décrypage.
Marine Le Pen : une « France des propriétaires » et lever le « maquis de contraintes »
C'est Marine Le Pen, candidate Rassemblement national, qui ouvre le bal, avec une anecdote sur la rénovation de sa maison familiale à Trinité-sur-Mer.
« Au contact des professionnels, ce chantier m'a rappelé combien vos métiers étaient des métiers de passion, de savoir-faire et de précision (...) Et à la fin, il y a la satisfaction du travail bien fait et surtout le bonheur d'en donner. Votre métier, vos métiers, c'est de donner lieu de vie, rien que ça », lance-t-elle aux professionnels du bâtiment rassemblés, dont les présidents de la Confédération des petites entreprises artisanales du bâtiment (CAPEB) Jean-Christophe Repon, de la Fédération française du bâtiment (FFB) Frédéric Carré, et d'Uniclima Stanislas Lacroix.
Mme Le Pen évoque ensuite la nécessité d'une « renaissance » et d'un « retour du beau, parce que comme (...) le beau mène au bien, et s'agissant du logement, au bien-être. » Elle prend pour exemple la reconstruction de Notre-Dame de Paris et appelle à l'« ère des bâtisseurs », entre tradition et modernité.
La candidate RN veut « préparer les métiers du bâtiment et les hommes qui les servent au futur qui se profile, à l'intelligence artificielle, à la robotisation, aux nouveaux matériaux, aux nouvelles manières de construire ».
Encore faut-il, selon elle, lever un « maquis de contraintes » normatives, qu'elle juge « paralysantes », « contradictoires » voire teintées de « bâtiment bashing ». Elle cible notamment spécifiquement le zéro-artificialisation nette des sols (ZAN) comme frein à la construction de logements.
Dans ce sens, Mme Le Pen encourage la mobilisation de terrains publics. « L'État a beaucoup de fonciers, des grandes entreprises d'État ont beaucoup de foncier. Et en réalité, ce foncier ne sert à rien. Nous entendons mettre en place un dispositif qui permette de mettre à disposition des constructeurs du foncier gratuitement sur lequel ils vont construire du logement », détaille-t-elle.
Interrogé sur la rénovation énergétique Frédéric Carré, Marine Le Pen invoque le remplacement de MaPrimeRénov' par un « prêt 100 % rénovation (...) remboursable et adossé au logement et qui à notre avis supprime l'incitation à la fraude, les intérêts étant à la charge de l'État ». Ce qui débloquerait 20 milliards d'euros par an, « sans aucun risque d'ailleurs pour les banques puisque les mensualités seront payées par les économies d'énergie que permet donc la rénovation ».
Ce genre de levier doit accompagner par extension la réindustrialisation de la France, avec « la priorité de la production française, et s'il n'y a pas suffisante, la production européenne ». Une priorité nationale, qui rejoint la position du RN sur le logement social, alors que sa candidate cible les quotas de la loi SRU. « Il y a aujourd'hui dans les marchés, dans les contrats, la possibilité de mettre en place une préférence de localisation Donc ça n'est pas une préférence nationale, c'est aujourd'hui, en tout cas pour l'instant, interdit par les textes européens, mais c'est une priorité de localisation », abonde sa candidate. Ses mesures incluent d'ailleurs les uppression de certains impôts de production (CFE, C3S, CVAE).
Mme Le Pen veut également agir sur la pénurie de main d'oeuvre, avec un chèque apprentissage de 5 700 euros pour les apprentis âgés de 16 à 18 ans, et de 8 000 euros pour les apprentis âgés de 18 à 25 ans, répartie moitié-moitié entre apprentis et entreprises.
Elle veut également reconcentrer l'apprentissage et les aides associées sur les bac +2 voire +3 pour favoriser l'arrivée des jeunes sur les métiers du bâtiment. Une proposition que semble désapprouver Jean-Christophe Repon craignant un frein à l'ascenseur social et préférant une aide calibrée sur la taille de l'entreprise.
Enfin, la candidate RN à l'Élysée veut remplacer l'impôt sur la fortune immobilière et la remplacer par l'impôt sur la fortune financière, « parce que notre philosophie, c'est que les Français doivent être propriétaires dans leur propre pays et que cet enracinement qui nous tient à cœur ».
Gabriel Attal, « choc d'offre » sur le logement et « droit au brut » sur les salaires
Place ensuite à Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle 2027. Celui qui a été Premier ministre de janvier à septembre 2024 commence par parler d'une « conception du logement qui a été développée en 2017 (qu'il n'aurait) jamais totalement compris ». « J'ai la conviction que quand une mauvaise situation procède de choix politiques, la bonne nouvelle c'est que des choix politiques peuvent inverser une mauvaise situation », abonde-t-il.
Concrètement, durant le Grand Oral politique, M. Attal semble vouloir reprendre ce qui a été interrompu par la dissolution de l'Assemblée nationale de juin 2024 : le « choc d'offres » voulue par la loi Kasbarian, la simplification du diagnostic de performance énergétique et de l'obligation ZAN.
Côté demande, le candidat Renaissance, veut améliorer l'accès au crédit des primo-accédants, via une garantie publique, le prêt à taux zéro (PTZ) ou de nouvelles propositions fiscales pour relancer le marché. Cela signifie-t-il une évolution sur le dispositif Jeanbrun, censé relancer l'investissement locatif ? Affaire à suivre...
Malgré des protestations dans l'assemblée, M. Attal maintient sa mesure « droit au brut », c'est-à-dire rapprocher le salaire net du salaire brut, quitte à faire des économies sur les cotisations sociales. Un moyen de relancer l'économie, selon le candidat, et de marquer de « vraies différences entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas ».
Quid de la rénovation énergétique ? Le candidat Renaissance promet une « vraie politique de rénovation durable », inscrite sur le long terme, c'est-à-dire de 5 à 10 ans. Il valide le modèle rénovation globale en plusieurs étapes (ou multi-gestes) soutenue par la CAPEB.
«Il faut une simplification d'un certain nombre de règles, notamment l'accès au label RGE pour nos artisans avec un contrôle plus important sur les fraudeurs », appuie-t-il. Il soutient également la décentralisation de la gestion des aides MaPrimeRénov', comme prévu dans la loi relance logement, bientôt en examen à l'Assemblée nationale.
Pour l'ancien occupant de Matignon, les localités gèrent déjà les aides pour le ravalement de façade et « ça se passe plutôt bien », commente-t-il.
Interpellé par Stanislas Lacroix, président d'Uniclima, sur la décarbonation de modes de chauffage et de rafraîchissement, Gabriel Attal martèle son discours pro-géothermie, qualifiant cette technologie de « trésor sous nos pieds ».
Le candidat Renaissance promet de renforcer le soutien à l'apprentissage, notamment pour les PME, TPE et dans des secteurs comme celui du bâtiment. Il veut d'ailleurs distinguer la distribution des aides, afin d'éviter des abus, citant l'exemple de CFA créés par des écoles privées pour capter de l'argent public, avec des coûts contrats gonflés.
Le « contrat » que propose Jean-Luc Mélenchon au bâtiment
Pour clore ce Grand oral politique, Jean-Luc Mélenchon est venu avec un contrat. Un contrat sous la forme d'un plan d'investissement « BTP et Logement ».
«En tant que gouvernement, nous voulons atteindre 400 000 logements. Nous voulons atteindre 700 000 réhabilitations. (...) Vous avez perdu 100 000 emplois. Il faut en trouver 300 000 pour faire redémarrer la machine au niveau auquel je le suis », chiffre le candidat La France Insoumise à la présidentielle.
Pour financer ces chantiers, M. Mélenchon parle d'une « quantité considérable » d'argent, un potentiel de 30 milliards plus précisément. La France Insoumise propose que l'État dépense en tout 12 milliards d'euros supplémentaires dans le logement et le bâtiment. Un montant complété par plus de 35 milliards d'euros par un pôle public bancaire. Le parti se base sur le modèle de la Caisse des dépôts (CDC), gérant une majeure partie du livret A.
En priorité, M. Mélenchon cible le logement social. « Nous avons une situation d'urgence sociale. Il faut donc se retrousser les manches et à toute vitesse se mettre au travail pour récupérer dans ces 2,8 millions de personnes des gens qu'on puisse immédiatement loger, etc. », appuie-t-il.
Autre urgence exposée par Jean-Luc Mélenchon : développer les « éco-régions », ou ce qu'il appelle la filière économie circulaire. « Et pour nous, les points de récupération qui iront pour le bâtiment nous permettent dans les éco-régions d'organiser de véritables mines des villes », souligne le candidat, avant d'estimer : « Si j'écoute ce qu'on m'a dit dans l'économie sociale et solidaire, il faut implanter les endroits tous les 20 kilomètres. C'est trop, on ne saura pas le faire. Mais on peut en avoir à des distances de 40 km. »
Interrogé sur la stabilité des aides à la rénovation énergétique, Jean-Luc Mélenchon déclare notamment : « On ne peut pas changer les règles tous les 10 jours. Changer la règle d'attribution de MaPrimeRénov', c'est absurde. Personne ne peut s'engager à prendre du personnel ou à faire des formations si un an après la règle a changé. »
Par ailleurs, niveau main d'oeuvre, le candidat LFI privilégie une filière continue de formation, du CAP à la licence professionnelle. Son idée est notamment de favoriser l'ascension sociale, du poste d'ouvrier à ingénieure de la construction. Il suggère également la création d'internats associés aux lycées professionnels pour faciliter l'accès à ces formations. S'il n'est pas contre l'apprentissage, M. Mélenchon dénonce des arnaques et abus liés aux aides publiques (primes de 6 000 à 8 000 euros par apprenti) qu'il juge excessives et inefficaces sans contrepartie claire.
Durant les échanges, Jean-Christophe Repon déplore les distorsions à la TVA pour les auto-entrepeneurs. Et le candidat LFI de reconnaître leur aspiration l'indépendance tout en proposant la présomption de l'emploi, afin que les auto-entrepreneurs travaillant pour une plateforme aient des conditions de travail équitables. Il pointe du doigt dans un second temps la situation des travailleurs détachés, qu'il considère comme une « délocalisation à domicile ».
À l'issue de ces discussions politiciennes, des questions nous taraudent encore. Quid du recyclage foncier des friches industrielles et agricoles ?
Quid de l'avenir de la régularisation des travailleurs étrangers du BTP, secteur inscrit dans les métiers en tension dans un arrêté de mai 2025 ?
Peut-être les réponses viendront plus tard. Après tout, il reste huit mois avant le premier tour des élections.
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