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Murs bois-paille : Spurgin industrialise Activ'Home et vise les grands chantiers

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Publié le 22 juin 2026 à 7h05, mis à jour le 22 juin 2026 à 12h28, par Nils Buchsbaum

Rachetée fin 2024 par Spurgin pour 4 millions d'euros, la société Activ'Home a inauguré le 11 juin sa nouvelle usine à Reugny, dans l'Allier, capable de produire 120 000 m² de murs et façades bois-paille par an. Objectif : répondre à la demande croissante de rénovation thermique et séduire les grands opérateurs du secteur.
©Nils Buchsbaum - Batiweb
©Nils Buchsbaum

La paille comme isolant industriel : l'idée peut d'abord surprendre. Pourtant, face à un parc bâti vieillissant qui nécessite urgemment des rénovations thermiques, et à des étés de plus en plus caniculaires, les matériaux biosourcés pourraient s’imposer comme une solution adéquate. C'est convaincu par cela que Spurgin, industriel du mur préfabriqué, a racheté fin 2024 Activ'Home, fabricant de murs et façades à ossature bois remplie de paille. Batiweb était présent, le 11 juin, à l’inauguration de la nouvelle usine à Reugny, dans l'Allier, après un investissement de 4 millions d'euros. Soit plus deux ans après la visite son usine de préfabrication en béton de bois, à Mignières dans l'Eure-et-Loir.

Créée en 2011 par Erick Rigaudie, ingénieur mécanique de formation, Activ'Home fabrique des murs et façades à ossature bois dont la cavité est remplie de paille. À l'origine de la démarche, l'idée d' « offrir à la paille, identifiée comme très abondante, très peu chère et extrêmement performante, un changement d'échelle afin de l'adresser à des opérations significatives », selon les termes de son fondateur. Depuis 2017, l'entreprise s'appuie sur un brevet propre pour le remplissage de l'ossature, un procédé qui garantit une compression homogène et dense de la paille, tout en réduisant la pénibilité du poste et en améliorant la productivité.

Un outil industriel taillé pour la croissance

 

Avant son rachat, Activ'Home occupait 1 300 m² et produisait environ 10 000 m² de murs et façades par an, avec une équipe de douze personnes. La nouvelle usine porte la superficie à 2 500 m² et compte aujourd'hui quinze salariés. Spurgin annonce la création à terme d'une quinzaine d'emplois supplémentaires pour une capacité de 120 000 m² annuels. Les délais de fabrication ont également été optimisés : « Il ne faut compter que trois semaines à réception de la maquette d'exécution validée pour livrer nos produits sur chantier », indique Erick Rigaudie.

 

« Spurgin a intégré Activ'Home pour compléter une offre déjà engagée sur les solutions bas carbone et biosourcées », explique Pierre Bollard, directeur général du groupe. « Avec le prémur bas carbone, les murs CS2 en béton de bois, les panneaux FP2 et FP3, la dalle en béton de bois ou encore l'Isopré biosourcé, Spurgin couvre de nombreux besoins liés à l'enveloppe du bâtiment. Les MOB [Mur à Ossature Bois, NDLR] et FOB [Façade à Ossature Bois, NDLR] bois-paille d'Activ'Home viennent compléter cette palette, en neuf comme en rénovation. La logique est simple : proposer le bon produit au bon endroit, selon les contraintes structurelles, thermiques, carbone, feu, acoustiques ou réglementaires du projet. »

Bailleurs sociaux et grandes opérations en ligne de mire

 

Les produits s'adressent aussi bien au marché du neuf qu'à la rénovation, pour des typologies variées : maisons individuelles, habitat collectif, bâtiments industriels et tertiaires. Mais la montée en puissance industrielle vise en priorité les grands opérateurs du secteur. « Notre cible, ce sont les entreprises de gros œuvre et les charpentiers qui interviennent sur des bâtiments d'envergure : logements collectifs, équipements sportifs, tertiaires, médiathèques, hôpitaux, écoles », précise Pierre Bollard.

Le marché de la rénovation représente également un débouché majeur, notamment pour les groupes scolaires et les bâtiments des années 70-80, souvent qualifiés d'« épaves thermiques ». Les bailleurs sociaux sont aussi identifiés comme des clients privilégiés. « Ils sont soucieux du confort thermique à long terme et des coûts d'exploitation de leurs bâtiments », souligne Pierre Bollard.

Spurgin et Activ'Home se positionnent comme fournisseurs d'éléments préfabriqués sur mesure et livrés « juste à temps » sur chantier, soulageant ainsi les charpentiers de la fabrication complexe des murs en paille, traditionnellement réalisée sur site.

Côté approvisionnement, l'usine consommerait à pleine cadence 3 600 tonnes de paille par an. La matière première, conditionnée en petites bottes de 36 × 47 × 90 cm, est issue de la plaine de la Limagne ainsi que des départements de l'Allier et du Cher. Le bois suit la même logique de circuit court et bénéficie des certifications Bois de France et Bois des territoires du Massif Central.

Sur le plan technique,  les murs et façades bois-paille Activ'Home disposent de FDES vérifiées. Le fabricant revendique un déphasage thermique allant jusqu'à 17 heures, avec suppression des ponts thermiques, pour une résistance thermique comprise entre R 3 et R 8,5 K.m²/W. En rénovation, cette performance est présentée comme un atout direct face aux canicules. La performance carbone est également mise en avant : avec un bilan annoncé à -17,6 kg éq. CO₂/m², les murs stockeraient jusqu'à 68 kg de matière biosourcée par m² et plus de 14 kg de carbone biogénique, répondant selon le fabricant aux exigences de la RE2020 et aux niveaux passifs.

 

 Spurgin/Activ'Home
© Spurgin/Activ'Home

 

La paille, une ressource abondante et sous-exploitée

 

La construction en paille reste encore marginale en France, rappelle Etienne Béduneau, chef de projet écoconstruction au sein d'Oïkos, association de promotion des écomatériaux, présent lors de l'inauguration : environ 1 000 nouveaux bâtiments y recourent chaque année, pour un parc estimé à plus de 10 000 bâtiments existants. Longtemps cantonnée à la maison individuelle, elle gagne aujourd'hui des projets de plus grande envergure, groupes scolaires et crèches en tête.

La disponibilité de la matière première ne constitue pas un frein, selon Béduneau. La France produit environ 11 millions de tonnes de paille par an, dont moins de 10 % sont actuellement utilisées pour la construction. « 10 % de la production totale suffirait à couvrir tous les besoins en construction sans créer de conflit d'usage », assure Etienne Béduneau. L'essentiel de la ressource, soit environ 85 %, est absorbé par l'élevage comme litière, souvent exporté des plaines céréalières vers les zones d'élevage.

Sur la durabilité, Béduneau relativise les craintes possibles liées à l'humidité. La paille, comme d'autres matériaux biosourcés tels que le chanvre ou le bois, tolère jusqu'à 20 % d'humidité relative sans se dégrader. « Le risque survient avec l'eau liquide, pas avec l'humidité de l'air », précise-t-il. Les enduits appliqués en finition, chaux à l'extérieur, terre ou plâtre à l'intérieur, assurent la protection de la paille.

Quant au déphasage thermique, M. Béduneau en nuance la portée : s'il constitue un atout réel, son efficacité dépend aussi de la conception bioclimatique du bâtiment, protection solaire estivale, captation solaire hivernale, et des comportements des occupants, notamment la surventilation nocturne. « Le déphasage, c'est le temps que met la chaleur à traverser un matériau. Combiné à une ventilation nocturne, il permet d'évacuer la chaleur accumulée et de maintenir le confort », explique-t-il.

Le chai Nebout, une réalisation témoin

 

Pour présenter concrètement les performances du produit, Activ'Home met en avant le chai du Domaine Nebout, à Saint-Pourçain-sur-Sioule, dans l'Allier, livré en novembre 2025. Conçu par l'architecte Charles Coulanjon de l'agence Alice Architecture, ce bâtiment de plain-pied de 1 800 m² accueille les espaces de production et de vente directe des vins bio du domaine, un magasin de produits locaux ainsi qu'une salle polyvalente pouvant accueillir 150 personnes.

Le projet, dont l'investissement s'élève à 1,8 million d'euros, repose sur 871 m² de murs bois-paille à ossature semi-porteuse, posés en arrondi sur un cercle de 22 mètres de rayon, avec un soubassement en pierre massive de Provence. 

© Spurgin/Activ'Home/Irène Rodet CATT

Pour le couple Nebout, propriétaire du domaine, le choix des matériaux relevait d'une cohérence avec leur activité : « Quand nous avons imaginé ce nouveau bâtiment, nous voulions qu'il ressemble à notre façon de travailler la vigne : quelque chose de durable, de vivant et ancré dans notre territoire. Le bois, la paille et la pierre nous ont semblé une évidence. Ce sont des matériaux naturels, locaux, qui respirent, qui isolent très bien et qui ont du sens dans une exploitation agricole et viticole comme la nôtre. »

L'architecte se réjouit sans réserve du confort thermique obtenu : « nous avons créé une enveloppe thermiquement très efficace et aucun calcul ne fut nécessaire pour le confirmer » ; il livre, pour preuve, une anecdote de chantier : « Dès que le bâtiment a été couvert, les artisans ont déserté leur algeco de chantier pour s'installer dans ce nouvel espace. Le confort thermique était exceptionnel alors même que le bâtiment n'était pas encore clos. »

© Spurgin/Activ'Home

 

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Nils Buchsbaum
Journaliste - Batiweb

Nils Buchsbaum est journaliste à la rédaction de Batiweb. Il suit l’actualité du BTP, de l’urbanisme et de la construction durable, avec une attention particulière portée à la prévention des risques, aux enjeux environnementaux et aux évolutions législatives.

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