Projet de loi Relance logement : Coénove critique la baisse du coefficient Ep/Ef

A peine présenté, le projet de loi Relance logement a suscité de nombreuses critiques. Parmi les mesures annoncées figure l'abaissement du coefficient Énergie primaire/Énergie finale (Ep/Ef) de l'électricité à 1,7 à compter du 1er janvier 2027, avec la possibilité d'une nouvelle baisse si la réglementation européenne l'autorise.
L'association Coénove, qui réunit des énergéticiens, des industriels et des professionnels du bâtiment, s'en inquiète. Pour elle, cette annonce constitue « une nouvelle remise en cause d'un indicateur scientifique essentiel à l'évaluation de la performance énergétique des logements ».
Le coefficient Énergie primaire/Énergie finale (Ep/Ef), utilisé notamment dans le calcul du Diagnostic de performance énergétique (DPE) pour convertir la consommation d’électricité en énergie primaire, est resté stable pendant près de cinquante ans, entre 1976 et 2021. Depuis, il a fait l’objet de plusieurs révisions successives à la baisse, passant de 2,58 à 2,3 en 2021, puis à 1,9 au 1er janvier 2026.
L'association estime que la nouvelle évolution contenue dans le projet de loi ne repose pas sur les données actuelles du mix énergétique français. Elle considère que le calcul scientifique du coefficient Ep/Ef applicable en 2026 conduirait au contraire à une valeur supérieure à 2,5, faisant valoir que le niveau de 1,9 est déjà favorable à l'électricité.
Passoires énergétiques : Coénove alerte sur de nouveaux reclassements
Coénove rappelle également que la révision du coefficient de 2,3 à 1,9 a entraîné le reclassement de près de 700 000 logements au 1er janvier 2026. Un passage à 1,7 ferait sortir 260 000 logements de la catégorie des passoires énergétiques, sans amélioration leur performance réelle, affirme l'organisation.
L'association met par ailleurs en garde contre un renforcement de l'avantage accordé aux technologies à effet Joule et aux équipements de climatisation. Elle estime qu'une telle orientation pourrait accentuer l'électrification du secteur du bâtiment et contribuer à l'augmentation des pics de consommation hivernaux, avec des conséquences sur la sécurité d'approvisionnement du pays.
Plus largement, Coénove déplore la succession de modifications touchant les aides, les normes et les indicateurs du secteur. Selon elle, cette instabilité réglementaire entretient l'incertitude chez les propriétaires et les locataires, freine les décisions d'investissement et pèse sur l'activité de la filière du bâtiment.
Enfin, l'association souligne un risque de divergence avec les orientations européennes. Elle rappelle que la Directive sur la performance énergétique des bâtiments (DPEB) s'appuie sur une approche fondée sur l'énergie primaire et sur le principe de « l'efficacité énergétique d'abord » (« energy efficiency first »).
Coénove réclame un débat approfondi sur les conséquences de la réforme
Coénove estime que toute évolution du coefficient Ep/Ef devrait faire l'objet d'un débat politique approfondi, d'une consultation de l'ensemble des acteurs de la filière et d'une évaluation précise de ses effets potentiels sur les trajectoires de rénovation énergétique des bâtiments, l'électrification des usages et la gestion des pointes de consommation hivernales.
« À force de modifier les indicateurs scientifiques pour améliorer les statistiques, on finit par perdre de vue l'objectif principal : rénover réellement les logements. Changer artificiellement un coefficient ne réduit ni les consommations, ni les factures, ni la précarité énergétique. N’oublions pas que les pertes en énergie primaire ont des conséquences tangibles avec, par exemple, l’arrêt de certains réacteurs nucléaires en été pour éviter de réchauffer les cours d’eau au-delà du raisonnable. Ce n'est pas le coefficient Ep/Ef qu'il faut modifier, ce sont les bâtiments qu'il faut rénover », a déclaré dans un communqué Jean-Charles Colas-Roy Le président Coénove
Alors que le gouvernement présente ces mesures comme un levier pour soutenir le logement, Coénove appelle à renoncer à ces ajustements, qu'elle juge déconnectés des réalités scientifiques et techniques.
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