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Réinventer le centre bordelais : exploration du projet Canopia

Publié le 23 septembre 2026 à 10h40, par Virginie Kroun

Visite du chantier de Canopia, niché entre la gare de Bordeaux et les bords de la Garonne. Comme la canopée, qui a inspiré son nom, le projet géré par Apsys cumule différentes strates techniques et urbanistiques.
Depuis le toit du bâtiment Tauzia du quartier de Canopia, la gare de Bordeaux est visible de loin ©Virginie Kroun - Batiweb
Depuis le toit du bâtiment Tauzia du quartier de Canopia, la gare de Bordeaux est visible de loin ©Virginie Kroun

Rendez-vous à la maison du projet Canopia, à cinq minutes de la gare de Bordeaux. À l'intérieur, du bois et du vert à profusion, annonçant la couleur d'un chantier de réhabilitation, qui prévoit la plantation de 600 arbres, la création d'une rue-jardin, des toitures arborées et 2000 m2 de façades végétalisées.

Conçue comme une canopée urbaine, Canopia cache sous cette densité verdoyante différentes strates et prouesses techniques, dont les ramifications sont exposées sur une maquette du projet, que l'on s'apprête à explorer. 

 

Une nouvelle centralité sur les bords de la Garonne 

 

Étendu sur 4 hectares, Canopia tend à désimperméabiliser 1,2 hectares et régénérer un quartier existant, pour reprendre les mots de Sophie Sévellec, directrice des opérations au sein de la foncière Apsys, à l'origine du projet. L'intéressée décrit un ancien quartier de la gare « en désuétude ».

Le programme : 70 000 m2 de surface total comprenant trois hôtels, 15 000 m2 de loisirs et restaurants, 13 000 md'espaces publics extérieurs, trois immeubles de bureaux et 100 commerces. Parmi les enseignes installées, on retrouve Carrefour, Nike, Sephora mais aussi Uniqlo, qui va installer « un magnifique magasin dans un bâtiment de verre », évoque-t-on durant la présentation.

Dans les 6 400 m2 de logements prévus : 90 chambres étudiantes et 74 logements étudiants sociaux gérés par Sergic et 2000 m2 de logements sociaux familiaux. Sans compter un espace de coliving géré par Sharies. La partie résidentielle du programme fait hausser un sourcil, quand le quota de logements sociaux était à 19,5 % en 2022 selon le journal Sud-Ouest, en dessous des 25 % fixés par la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) de 2000. L'équilibre dans le programme mixte interroge.

« Le quartier Canopia, c'est vraiment la centralité d'un quartier beaucoup plus large, qui est ce quartier de la gare. C'est ce centre urbain et commerçant, avec ses activités, qui va drainer du monde [pour qu'il] devienne une destination. Et cette destination, justement, ce n'est pas un quartier dortoir », défend Mathieu Chatenet, architecte de la Maison Edouard François, mandatée sur le chantier. 

« Le projet est né d'une question assez simple : comment connecter la gare à la ville ? », détaille Edouard François, directeur de l'agence éponyme. L'aménagement haussmannien et ses rues étroites nous montreront la complexité du projet, mais une solution a été vite trouvée : connecter la gare à la Garonne, « étant le nouveau lieu bordelais avec ses quais et ses coins ombrageux », remarque M. François. En témoigne d'ailleurs le tiers-lieu Darwin, aménagé dans l’ancienne caserne militaire Niel, dans le quartier Bastide.

Au-delà de l'économie circulaire, le chantier Canopia expérimente des solutions de rafraîchissement, en puisant dans la Garonne. Une estacade de 40 mètres sert d'échangeurs thermiques avec l'eau du fleuve. L'énergie extraite sera traitée dans de petites usines souterraines sur l'îlot Terrasses du Méridien et redistribuée vers les commerces, logements, bureaux, via des systèmes de refroidissement et de climatisation. 

Revalorisation des matériaux in situ

 

Pour le projet Canopia, « on a décidé de tout faire tomber, modulo certaines façades conservées », expose Sophie Sévellec d'Apsys. Car si le béton domine sur le chantier, les maîtres d'oeuvre n'oublient pas que Bordeaux est la « ville de pierre ​​​​​​». « On a fait un très important travail dans lequel on a remis l'ensemble de la filière de la pierre, les propriétaires de carrières, les exploitants, tailleurs, sculpteurs... On s'est aperçu que le savoir-faire existait, il était épars ​​​​​​», expique Edouard François, qui souligne l'intérêt décoratif de la pierre, en citant l'exemple de la pierre semi-porteuse aux châteaux du Louvre ou de Versailles. « On a dû apprendre à construire en pierre et s'intéresser plus sérieusement à cette matérialité », confie l'architecte. 

La reprise des pierres de façade, notamment sur les bâtiments Palludate et Saget du quartier Canopia, a nécessité deux techniques. D'un côté, l'étaiement des façades : des fondations et dalles de plancher spécifiques ont été créées sous les façades existantes pour consolider l'ancienne structure face aux charges verticales et horizontales, le temps de construire une structure neuve. Les anciennes pierres de façade ont été intégrées pour stabiliser la structure neuve, par technique d'agrafage.

 

« Une fois que les fondations ont été créées, on vient agrafer des systèmes de scellement chimique »,  expose Harold Marnet, directeur d'exploitation de GCC Construction et Énergie

Au total, 95 % des matériaux de déconstruction ont été revalorisés et réemployés, principalement localement. Y compris des poutres récupérées pour le préau sportif du quartier, après avoir été nettoyées et recaractérisées dans un atelier.

Collaboration entre GCC et Demathieu Bard


420 millions d'euros ont été investis en interne par Apsys dans ce quartier, façonné par un groupement d'entreprises, dont GCC et Demathieu Bard. Les deux opérateurs ont uni leurs expertises pour intervenir sur un site complexe à réhabiliter. 

« C'est un projet assez particulier parce que c'est un défi technique. On est sur un environnement qui est très dense, un environnement urbain qui est assez restreint et où, effectivement, il a fallu mettre beaucoup de jus de cerveau puisque tous les bâtiments devaient sortir en même temps », contextualise Matthieu Gostoli, directeur de l'agence Aquitaine de GCC Construction. D'où l'idée d'un montage en grue. Onze ont été mobilisées initialement, dont deux déjà démontées, pour 400 ouvriers mobilisés.

Les premiers travaux de gros oeuvre du quartier Canopia ont démarré en avril 2025 et devraient s'achever en automne 2027. « On tient le cap qui nous est fixé », évoque Sophie Sévellec d'Apsys, « malgré un nombre d'intempéries exceptionnel sur l'année passée entre la pluie et la canicule ».

 

Pour tenir le calendrier, des techniques peu courantes ont été appliquées, dont le « top-and-down » au bâtiment Descas C. Le principe : réaliser simultanément la superstructure du bâti et le parking. Concrètement la dalle du rez-de-chaussée est construite en premier, servant de contrefort aux élévations comme à l'infrastructure souterraine. À partir de là, les trois à quatre niveaux de sous-sol sont creusés jusqu'à 30 mètres de profondeur. L'excavation et terrassement se font tous les deux niveaux pour accélérer le processus, soutenus par des poteaux préfabriqués descendus dans ces fondations. 

La terre excavée est évacuée par une rampe d'accès laissée ouverte. Un engin repousse la terre, ensuite remontée et chargée dans des camions. 

 

Depuis les passerelles du chantier, on peut voir la rapidité de mise en oeuvre sur ce chantier pour le moins titanesque. Reste à savoir si l'engouement des Bordelais pour le quartier Canopia sera aussi fulgurant...

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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