La Capeb note une baisse d'activité au T2 et se tourne vers la présidentielle

« Pour ceux qui auraient encore un doute, l'été que nous venons de vivre nous a prouvé la nécessité de se préparer au changement climatique. » Au-delà des chiffres trimestriels de l'artisanat du bâtiment, Jean-Christophe Repon, le président de la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment), a souhaité insister sur les conditions climatiques extrêmes dans lesquelles ont dû s'effectuer les chantiers cet été.
Jean-Christophe Repon rappelle par ailleurs que seuls 16 % des chefs d'entreprises sondés dans une étude publiée par le syndicat en mai dernier se disaient confiants. Un climat morose qui ne s'arrange pas depuis le déclenchement de la guerre en Moyen-Orient, au contraire.
Vers une nouvelle baisse de l'activité en 2026
En effet, depuis mars, l'augmentation du coût des matériaux aurait été « beaucoup plus rapide que pour la crise en Ukraine », soutient le président de la Capeb, qui continue de plaider pour la création d'un observatoire des coûts de la construction. Ceci combiné à l'inflation enregistrée en juin (+1,8 %) et juillet (+2,1 %), comme à l'augmentation du prix des carburants, l'activité a reculé de 1,5 % au T2 2026 sur un an.
La Bretagne (+0,5 %), les Pays de la Loire (+1,5 %) et le Centre-Val-de-Loire (+0,5 %) sont les trois exceptions avec des bilans positifs. Pour le reste, notons une stabilisation de la Normandie (0 %), mais aussi les grandes difficultés rencontrées en Île-de-France (-3,5 %) et en Bourgogne France-Comté (-4 %).
Malgré une prédiction de stabilisation de l'activité du secteur (entre -0,5 % et +0,5 %) émise dans un premier temps par l'organisation pour l'année 2026, celle-ci est forcée de reconnaître que la prédiction est « déjà trop optimiste » et que l'activité devrait une nouvelle fois baisser cette année. Un véritable coup dur pour l'artisanat, déjà en recul de 4 % en 2024 et de 3,8 % en 2025.
Au niveau des carnets de commandes, après une augmentation continue depuis le T2 2025, le nombre de jours de travail à venir s'est stabilisé à 80 jours et a même reculé d'un jour, pour s'établir à 77 jours, pour les entreprises comptant au maximum 10 salariés. Même si elles augmentent de 5,8 % sur un an, les autorisations marquent le pas sur ce T2 2026. Au contraire, les mises en chantier poursuivent leur reprise (+17,8 % sur un an) sur les trois derniers mois.
Autre motif d'espoir, les ventes de logements anciens repartent à la hausse sur les douze derniers mois (+5,2 %). Selon Romane Charpentier, chargée de mission en analyse statistique et économique du syndicat, « il semblerait qu'un pic ait été atteint en matière d'épargne », ce qui pourrait laisser présager un retour de la consommation, à condition que la confiance puisse s'établir notamment avec l'adoption d'un budget au Parlement.
Enfin, pour la première fois depuis deux ans, la part d'entreprises artisanales qui envisagent d'embaucher (6 %) a dépassé celle des entreprises qui pensent plutôt licencier ou ne pas renouveler des contrats (2 %).
La Capeb veut « peser » sur l'élection présidentielle
La Capeb a donc aussi insisté sur les dangers du changement climatique pour l'activité de la construction. « C'est le secteur le plus impacté et le plus vulnérable face aux canicules et aux vagues de chaleur », affirme Sylvie Montout, directrice des études économiques de l'organisation. Lors d'une étude publiée en juin sur les pratiques des artisans dans ces conditions extrêmes, le syndicat avait d'ailleurs prouvé que 70 % des entreprises adaptaient déjà leurs horaires de travail lors des vagues de chaleur.
Sylvie Montout met en avant des conséquences très concrètes pour les entreprises. Pour 58 % des sondés, les aléas climatiques peuvent entrainer des retards de chantier, pour 25 % ils entrainent des retards de livraison des fournisseurs et pour 62 % des chefs d'entreprise, ils engendrent du stress supplémentaire.
Mais, l'enquête pointe également une faiblesse avec 14 % d'entreprises assumant ne mettre en place aucune mesure particulière pour lutter contre les aléas climatiques. Une attitude qui pose question en raison des risques pris par les ouvriers : en mai dernier, un ouvrier de 19 ans est décédé dans la Drôme après avoir travaillé toute la journée sur une toiture en plein soleil.
En cette rentrée 2026, qui coïncide avec l'accélération de la campagne à l'élection présidentielle, Jean-Christophe Repon affirme que la Capeb voudra jouer un rôle dans la course à l'Élysée avec le lancement d'une consultation des adhérents sur 17 propositions à porter auprès des candidats. « On est bien plus nombreux qu’à la REF [Rencontre des entrepreneurs de France, NDLR] donc on veut aussi peser dans le débat », s'amuse le président de l'organisation, près d'une semaine après le débat organisé par le Medef à Roland-Garros.
« Régulièrement, on est rattrapé par des décisions qui nous paraissent incompréhensibles. La plus-value d'avoir des partenaires sociaux comme la Capeb, c'est aussi d'éviter des radicalités, des pensées un peu plus courtes. Mais il faut aussi que, de l'autre côté, la voix des artisans soit entendue à sa juste valeur », avertit enfin Jean-Christophe Repon.
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