L’apprentissage, solution fiable pour l’insertion dans le BTP ?

Dans l'agglomération de Valenciennes (Nord), le CFA BTP de Marly a rouvert en 2025 et accueille aujourd'hui près de 600 jeunes. « On a toutes les formations du gros œuvre à la finition », précise Luigi Scrufari, le directeur du site. Et de lister certains métiers auxquels l'établissement forme ses élèves : « maçon, plaquiste, couvreur. On a arrêté les étancheurs cette année faute de candidat. »
Un déséquilibre entre main-d'œuvre et offre d'emploi
« Dans le secteur du Valenciennois, on a plus d'offres que de jeunes », poursuit Monsieur Scrufari, confirmant le décalage entre les capacités d’accueil des centres de formation et les besoins des entreprises.
« Par rapport aux recrutements, cela dépend à la fois des métiers et des régions », estime pour sa part la FNTP, interrogée sur la question. « Les entreprises expriment quand même des difficultés [en raison de la conjoncture économique, NDLR]. Il y a donc des métiers qui sont en tension auxquels s'ajoutent le défi démographique. On voit bien que l'on va avoir un manque de jeunes formés dans les années futures et une forte concurrence entre les différents secteurs professionnels pour attirer des jeunes vers nos métiers. »
Pour le moment, la généralisation de l'apprentissage semble produire ses effets sur la favorisation du premier emploi des jeunes. Dernière étude d'ampleur sur le sujet, la publication en 2024 de l'Observatoire des métiers du BTP sur le « devenir des jeunes formés en apprentissage » permet de s'en rendre compte.
Dans le secteur, un an après la fin de leur contrat, 44 % des apprentis ont trouvé un emploi, alors que 47 % ont poursuivi des études. Les apprentissages pouvant débuter dès l'âge de 15 ans, il n'est pas surprenant de remarquer qu'un certain nombre d'anciens apprentis décide de prolonger un peu sa durée d'étude pour se spécialiser, souvent avec un autre contrat d’apprentissage.
D'ailleurs, c'est la raison principale évoquée par les jeunes pour prolonger leur parcours d'étude. Plus de 40 % de ces étudiants finissent par s'insérer sur le marché de l'emploi un an plus tard.
Seuls 7 % se retrouvent ainsi en situation de recherche d'emploi. Du côté de Marly, Luigi Scrufari affirme qu'à la fin du cursus, « le taux de poursuite ou de d'embauche est supérieur à 90 % ». Pour 71 % des jeunes entrant dans l'emploi, c'est un CDI qui leur a été offert, 16 % ont décroché un CDD et 9 % de l'intérim.
Le passage par l'apprentissage semble aussi bien fidéliser les jeunes au secteur puisque les trois quarts souhaitent rester dans une entreprise du BTP après la fin de leur contrat. «Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a quand même une grande majorité des apprentis qui souhaitent rester dans le secteur des TP», confirme la FNTP.
L'étude de l'Observatoire des métiers du BTP met aussi en avant l'importance des petites entreprises dans la formation des jeunes travailleurs. Ainsi, 60 % des sondés ont fait leur apprentissage dans une entreprise de moins de 11 salariés. Notons que seuls 19 % l'ont effectué dans entreprise de plus de 50 salariés.
La formation peine encore à diversifier les profils entrants dans l'emploi
Les structures de moins de 11 salariés accueillent aussi 43 % des ex-apprentis ayant trouvé un emploi un an après la fin de leur formation. Proportionnellement, les entreprises de plus de 50 salariés sont en revanche plus à même de proposer des contrats stables, avec 89 % de CDI sur les emplois signés avec d'anciens alternants.
Pour ce qui est de la diversification des profils entrant dans le BTP, l'apprentissage semble pour le moment ne pas modifier le déséquilibre genré dans le secteur. Neuf apprentis sur dix sont des hommes parmi les jeunes interrogés dans le cadre de cette enquête. « On a 21 filles pour 500 garçons », déplore Luigi Scrufari dans son établissement. « Même si on essaie de donner un nouveau visage au bâtiment, avec de plus en plus de formatrices dans nos ateliers, ça reste assez complexe. »
« On a encore des professions qui souffrent énormément de préjugés », complète la FNTP. « Donc on travaille sur la question de l'accueil des jeunes filles. Ce sont des métiers qui peuvent pas mal évoluer, qui sont accessibles très facilement à des femmes. » La fédération ajoutant par ailleurs que cette diversité de profils pourrait permettre de répondre aux besoins de main-d’œuvre évoqués plus haut.
Désormais, pour motiver davantage de jeunes à opter pour les travaux publics, la FNTP assume de miser sur les questions de transition climatique. « Pour les jeunes qui s'intéressent à l'écologie, ils sont tout à fait conscients qu'ils bâtissent pour l'avenir et qu'ils sont au cœur des techniques qui vont amener les pays à s'adapter au changement climatique. »
Un bilan bientôt terni ?
D'après une étude publiée en 2024 par la Dares, service statistique ministériel, 62 % des apprentis de niveau CAP à BTS étaient en emploi six mois après la fin de leur contrat. A priori, le BTP reste donc en dessous de la moyenne globale. Dans la même étude, les jeunes sont 38 % à poursuivre leurs études, dans l'extrême majorité du temps (94 %) toujours en apprentissage.
Un constat sur lequel la CGT critique vivement le dispositif, qui créerait une précarisation de l’entrée dans le travail. En plus de cela, le syndicat dénonce une invisibilisation des abandons en cours d'alternance par ces statistiques, qui représentent selon les années entre un quart et un tiers des jeunes.
Dans son établissement, Luigi Scrufari avance une réalité propre aux métiers enseignés : « dans la maçonnerie ou la couverture, quand il fait beau, ça va, mais quand il commence à pleuvoir et à faire froid, on peut commencer à avoir des décrochages ».
Selon le CCCA-BTP, il s’agit d’un problème croissant pour les entreprises du secteur, d'autant que la fin prématurée des alternances est loin d'être uniquement causée par un manque de motivation des jeunes. Le phénomène, qui touche surtout « les niveaux de qualification les plus bas et (...) les petites entreprises », devrait plutôt être perçu, selon l'organisme, comme un « signal d’alerte » concernant les conditions de travail ou encore les nouvelles exigences des jeunes dans les métiers du secteur.
La CGT épingle aussi ce qu'elle considère être « un système d'aide aux entreprises plus qu'à l'insertion des jeunes ». Elle cite une étude de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) qui estime à plus de 20 milliards d'euros le coût du dispositif de l'apprentissage. Un budget qui devrait baisser ces prochaines années notamment via la diminution de l’aide unique à l’embauche d’apprentis. Seulement versée pour la première année du contrat avec un maximum de 5 000 € dans des entreprises de moins de 250 salariés, cette aide était plafonnée à 6 000 € jusqu’à l’été 2025.
À en croire les chiffres du CCCA-BTP, près de 103 000 jeunes étaient en apprentissage dans des entreprises du BTP en 2025/2026, soit une légère baisse par rapport à l'année précédente (environ 106 500) qui avait déjà marqué une stagnation par rapport à 2023/2024, une première depuis 2016/2017.
« On attend de voir les chiffres en 2026 pour observer comment les entreprises se réapproprient toutes ces évolutions qui ne contribuent pas à la stabilité du dispositif », craint de son côté la FNTP.
Par ailleurs, la CGT s'insurge contre la création d'une « main d’œuvre quasi gratuite pour les entreprises, qui préfèrent désormais embaucher apprenti après apprenti plutôt que des salariés en CDI ou en CDD ».
Reste donc à savoir en quoi les récentes réformes et la conjoncture économique des dernières années viendront impacter l'apprentissage et sa capacité à fournir une main-d’œuvre qualifiée au secteur du BTP.
Ne manquez plus l’actualité du bâtiment ! Inscrivez-vous à la newsletter pour recevoir directement dans votre boîte mail les dernières actus du BTP Je m’abonne gratuitement → |














