Pompes à chaleur : la filière s’attaque au défi de l’intégration architecturale

La pompe à chaleur (PAC) est appelée à jouer un rôle croissant dans la décarbonation des bâtiments. Son déploiement à grande échelle soulève toutefois des questions très concrètes. Les équipements prennent de la place, peuvent générer du bruit et restent parfois difficiles à intégrer dans les façades ou les toitures. Autant de paramètres qui peuvent compliquer l’installation en logement collectif. Consciente de ces difficultés, la filière cherche désormais à mieux traiter ces enjeux d’intégration et d’acceptabilité, déterminants pour le déploiement des PAC dans le collectif.
En septembre 2023, Emmanuel Macron a fixé l’objectif de produire en France un million de pompes à chaleur par an à l’horizon 2027, tout en formant 30 000 installateurs. Quelques mois plus tard, en avril 2024, le gouvernement présentait un plan d’action destiné à soutenir cette montée en puissance. Il prévoyait notamment de renforcer la production française, de faciliter le recours aux PAC dans l’habitat collectif et de mieux accompagner les professionnels.
Parmi les mesures annoncées figurait la création d’un centre d’expertise de la pompe à chaleur, destiné à diffuser les bonnes pratiques, produire des référentiels techniques et accompagner les professionnels.
Cette ambition s’est concrétisée en 2026 avec le lancement du Centre d'expertise de la pompe à chaleur (Cepac). Opérationnel depuis le 20 mai, le centre a été fondé par l’AFPAC, le Cetiat, EDF, Domofinance et Uniclima, qui fédère notamment les industriels du génie climatique. L’ADEME soutient également la démarche.
Ne plus ajouter les PAC en fin de projet
Présenté lors du salon Interclima, au parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 29 septembre 2026, le quatrième Mémopac du Cepac est consacré à l’intégration architecturale des pompes à chaleur dans le résidentiel collectif. Publié avec l’ADEME, ce guide de 50 pages recense dix grandes possibilités d’implantation, en toiture-terrasse, au sol, dans un local technique, derrière une grille en façade, sur un balcon ou encore sous une toiture en pente.
Au-delà de cet inventaire, le document insiste sur la nécessité d’anticiper l’emplacement des équipements dès les premières phases du projet, afin de concilier contraintes techniques et architecture du bâtiment.
« Il faut penser la PAC dans l’architecture initialement », insiste Arnaud Meyer, délégué aux affaires techniques du Cepac, lors de la présentation du guide à Interclima.
Le sujet dépasse largement la seule question esthétique. Une unité extérieure mal positionnée peut compliquer la maintenance, favoriser les nuisances acoustiques ou les vibrations, perturber la circulation de l’air, voire dégrader les performances de l’installation. Il faut aussi tenir compte de l’évacuation des condensats, de la capacité de la structure à supporter les équipements ou encore des distances de sécurité liées à certains fluides frigorigènes.
« L’intégration architecturale [...] conditionne aussi la faisabilité des projets, leur acceptabilité et leur performance dans la durée », souligne Arnaud Kautzmann, délégué général du Cepac, dans le communiqué accompagnant la publication du guide.
Cacher les équipements, mais surtout anticiper leur présence
Pour la filière, l’enjeu n’est pas nécessairement de rendre les PAC invisibles ; le travail commence plutôt par le choix de leur emplacement. « Avant de songer à cacher, masquer [...] la meilleure solution, c’est d’anticiper les vues, les lignes et d’en parler et de réfléchir avec son architecte pour que l’installation soit la plus discrète possible », explique Arnaud Meyer.
Le guide recommande ensuite de travailler les matériaux, les teintes, les grilles ou les habillages pour inscrire davantage les équipements dans le bâtiment. Les panneaux de dissimulation ou les locaux techniques interviennent lorsque ces premières solutions ne suffisent pas.
La question se pose avec une acuité particulière pour les PAC air/eau collectives, nettement plus imposantes que les petites unités extérieures courantes dans le logement individuel. À Interclima, Arnaud Meyer prend l’exemple d’une machine de 20 ou 30 kW. « L’unité extérieure pèse à peu près le poids d’une moto », explique-t-il, afin de donner une idée de l’emprise avec laquelle architectes et bureaux d’études doivent composer.
La toiture-terrasse reste l’une des implantations les plus courantes, mais son absence n’exclut pas nécessairement le recours à une PAC. Le Mémopac présente d’autres configurations, avec notamment la création d’une terrasse technique dans une toiture en pente, l’utilisation d’une tropézienne ou l’intégration de la machine dans un volume technique conçu avec le bâtiment. Le choix dépend alors de la configuration des lieux, de l’environnement immédiat et des contraintes techniques propres à chaque projet.
Un retour d’expérience présenté à Interclima montre ce que peut coûter un manque d’anticipation. Sur une résidence neuve de 42 logements, destinée à assurer le chauffage et l’eau chaude sanitaire avec une puissance totale de 100 kW, quatre PAC de 25 kW ont été installées en cascade. L’espace nécessaire aux unités extérieures n’avait toutefois pas été prévu à l’origine. Le projet a donc dû être repris avec l’architecte et une terrasse technique d’environ 21 m2 a finalement été aménagée.
C’est précisément ce type de situation que le Cepac cherche à éviter avec ce Mémopac, en donnant aux professionnels des repères pour intégrer plus tôt ces contraintes dans la conception des projets.
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