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Réemploi et électricité : « Nous avons intégré toute la chaîne ! » Proclus

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Publié le 13 mai 2026 à 16h00, mis à jour le 13 mai 2026 à 16h31, par Virginie Kroun

Même s'il ne dépend pas de la REP PMCB, Proclus intervient beaucoup sur le bâtiment. Découverte de cette entreprise qui reconditionne les équipements électroniques et électriques depuis quatre ans.
©Proclus - Batiweb
©Proclus

Née en 2022, la société Proclus est spécialisée dans le reconditionnement des équipements électriques et électroniques, de l’éclairage aux pompes à chaleur. Elle répond donc aux enjeux de la responsabilité élargie du producteur des déchets associés (REP DEEE) et compte parmi ses clients des géants de la constructions, tels que Eiffage, Vinci ou Bouygues.
 
Après quatre ans d’activité, Proclus tend à évoluer. Son fondateur et dirigeant, Hervé Grimaud, nous en dit plus. 

Comment est née la société Proclus ? 

 

Je suis ingénieur de formation, j'ai commencé ma carrière en fabriquant des disjoncteurs chez General Electric, puis j'ai rejoint l'industrie aéronautique. Donc je suis issu du monde de l'industrie de la fabrication des produits techniques. 

En 2005, j'ai rejoint le monde des éco-organismes où j'ai créé Recylum, à la demande des fabricants de matériels d'éclairage. Et c'est dans le cadre de cette activité, qui s'est très vite étendue à tout un tas d'équipements électriques, que j'ai découvert le monde des travaux et de la démolition. En France, énormément d'équipements étaient déposés alors qu'ils étaient soit très récents, soit anciens et pouvaient présenter des intérêts pour les activités de maintenance. 

Sur ce double constat, en 2022 j'ai pris mon bâton de pèlerin, pour aller rencontrer un petit peu tous les acteurs avec qui on a travaillé : des fabricants, des distributeurs, des installateurs, des démolisseurs, des maîtres d'ouvrage.

Tous ont confirmé ce que je percevais : la décarbonation du bâtiment, la maîtrise des coûts de maintenance des bâtiments allaient rendre incontournable le développement du réemploi sur les équipements de lots techniques.

Il n’y avait pas d’acteurs dotés d’une offre en termes de réemploi. 

Quel modèle de réemploi était essentiel sur cette catégorie de produits ? 

 

Au sein de notre équipe, nous nous sommes dits que si l’on voulait réussir  il fallait,deux choses. La première est une organisation inspirée des bonnes pratiques industrielles pour faire en sorte que les équipements en seconde vie soient reconditionnés, testés et remis sur le marché avec la rigueur nécessaire et qu'il n'y ait pas de mauvaise surprise parce qu'on achète du matériel d'occasion.

Et deuxième chose : nous nous adressons à des techniciens, qui achètent tous les jours du matériel neuf chez les distributeurs professionnels ou directement chez les fabricants. En vendant du matériel d'occasion, la commercialisation avant-vente, le service après-vente, la garantie, la couverture assurancielle de nos produits doivent être équivalentes à ce que nos futurs clients rencontrent au quotidien quand ils achètent neuf. 

Comment le circuit de reprise de Proclus répond à ces enjeux ? 


Nous nous occupons de l'identification des produits dans les bâtiments, de leur dépose, de leur rapatriement chez nous, des tests qu'on mène et de leur commercialisation. Nous avons intégré toute la chaîne ! 

Pour assurer qu'on va recommercialiser des produits de qualité, il ne suffit pas d'avoir un produit entre les mains et regarder s'il marche ou pas, il faut connaître son histoire. C'est pour cela que des techniciens en interne réalisent un audit d'un bâtiment avant qu'on envisage les travaux.

Il va visiter le bâtiment, se faire un avis et éventuellement discuter avec le mainteneur multitechnique, pour sonder la façon dont le bâtiment a été entretenu, donc quel est l'état de fonctionnement des produits. Ensuite, nous faisons une proposition de reprise et au cas échéant venir déposer chaque produit, les emballer proprement, les rapatrier puis les tester un par un.

Nous échangeons en amont avec les maîtres d'ouvrage, pour récupérer des produits sur le projet, afin de les revendre à d'autres sur d'autres projets, mais aussi et surtout, conserver dans le bâtiment des équipements qui méritent d'y rester, moyennant des essais pour s'assurer qu'ils sont fonctionnels, voire modernisés.

 

Quelle est votre fréquence et votre périmètre d’intervention ? 

 

Nous intervenons deux à trois fois par semaine sur des chantiers et principalement en Île-de-France [90 % de la dépose, NDLR]. Les produits que nous reconditionnons peuvent servir à des besoins de chantiers divers et variés.

L'habitat social est un gros client, mais le gisement que nous récupérons est à 95 % issu de bâtiments tertiaires, dont à peu près 60 % sont en région parisienne. 

En plus, ce sont des bâtiments plus qualitatifs avec des clientèles assez exigeantes, donc des travaux de rénovation plus fréquents. Ce qui ne nous empêche pas d'aller en province, quand il y a des opportunités. 

Quel est le delta de coûts entre l’achat un composant neuf et un réemployé requalifié par vos soins ? 

 

Nous essayons de vendre à entre 30 et 70% de ce qu'on va appeler le prix de marché. C'est d'ailleurs le prix auquel un installateur de bonne taille achète des produits.

Nous nous orientons vers des produits plus chers quand ils sont neufs, donc à plus forte valeur ajoutée, qu’on arrive à revendre des produits à un prix moins cher que le neuf, mais qui nous permet de vivre de notre travail.

Contrairement au chemin de câble, par exemple, qui est fabriqué au kilomètre dans des usines très automatisées, donc qui vaut très peu cher. Mais déposer du chemin de câble, le trier, le redresser, le couper à longueur, le stocker, le revendre, tout ça finit par coûter plus cher que le neuf.

Votre entreprise concentre une clientèle à 70 % de majors du BTP, 20 % d’ETI et 10 % de TPE. Comment décriveriez-vous chacune de ces catégories ? 

 

Les majors nous ont très vite identifié comme un outil allant les aider à verdir leur offre, du fait de leur exposition, du fait de leur capacité à avoir des équipes projetés vers l'avenir, d'être en piste directe avec des grands donneurs d'ordre eux-mêmes attentifs à leur image et aux enjeux sociétaux,

Et nous avons l'autre extrémité, une clientèle d'artisans qui ne nous connaissent pas vraiment, qui ne savent sans doute pas qui nous sommes, mais qui vont rechercher sur Internet un produit qui n'est plus sur le marché ou vendu très cher. Ils vont le trouver chez nous à un prix raisonnable et vont nous passer commande. 

Au milieu, il y a les ETI qui ne se trouvent pas dans le schéma du « Je vais acheter pour pas cher » parce qu'ils ont l'habitude de passer des commandes de produits neufs chez des distributeurs et n'ont pas l'organisation pour se projeter. Mais ils commencent à arriver massivement chez nous par le biais de cahiers des charges de travaux dans lesquels, de plus en plus, les bureaux d'études, à la demande des maîtres d'ouvrage, leur imposent d'incorporer une partie d'équipements réemployés, reconditionnés dans les travaux.

Combien de collaborateurs compte Proclus aujourd’hui ? 


Nous sommes à peu près 14 personnes aujourd'hui : les 8 techniciens chargés de la dépose et de la requalification des équipements,  deux ingénieurs - un spécialisé sur l'énergie climatique et le second sur la distribution électrique -, deux ingénieures commerciales, et un responsable du digital et des opérations logistiques. 

En avril dernier, Proclus a annoncé une levée de fonds financée par le fonds Invess Île-de-France Amorçage et SMA-BTP. À quoi servira l’opération ?

 

Nous essayons de nous industrialiser, de suivre des process qui nécessitent des matériels, à la fois des compétences humaines et des matériels. Nous sommes donc allés cherchés des fonds, pour changer d'échelle et financer l'acquisition de ventes de tests et de compétences complémentaires et agrandir notre offre et stock de produits pour répondre à une demande assez large. 
 

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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