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Les biosourcés, des matériaux locaux qui répondent à la RE2020

La RE2020 devrait booster les ventes de matériaux biosourcés dans les années à venir. Par leurs qualités intrinsèques, ces derniers répondent de façon optimale aux enjeux carbone actuels. Rappelons toutefois que la RE2020 ne concerne que le neuf, quand la rénovation représente un immense gisement pour le bâtiment.
Publié le 19 juillet 2022

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Les biosourcés, des matériaux locaux qui répondent à la RE2020 - Batiweb

La RE2020, une bonne nouvelle pour le marché des matériaux biosourcés ? Oui, répondent les experts. Cette réglementation privilégie l’impact carbone dans sa méthode de calcul.

« Les matériaux biosourcés répondent à cet enjeu puisqu’ils ont un très faible impact environnemental grâce au stockage du carbone. La photosynthèse des matières végétales leur permet par ailleurs de produire très peu d’émissions de CO2, ce qui est plutôt favorable dans le calcul des FDES », explique Olivier Joreau, président de l’Association des Industriels de la Construction Biosourcée (AICB).

Des économies de chauffage

 

Le confort d’été, déjà pris en compte dans la RT2012, est confirmé dans la RE2020. Pour se protéger de la chaleur et des effets de plus en plus intenses du changement climatique, les matériaux biosourcés (bois, chanvre, paille, etc.) possèdent une capacité thermique naturelle. Ils permettent de réguler plus facilement la température à l’intérieur d’un bâtiment, et de mieux résister aux épisodes de forte chaleur, grâce au phénomène de déphasage.

Cela permet de se passer de climatisation, et de réduire les besoins en chauffage l’hiver. Nathalie Fichaux, directrice d’InterChanvre, groupement des acteurs du chanvre, en veut pour exemple l’éco-quartier L'Ancre de Lune à Trilport (77). Un premier bâtiment en béton de chanvre y a été construit, et l’ancienne ministre du Logement a pu constater lors d’une visite en mars, que « l’humidité que dégagent les occupants est captée par le mur, qui reste chaud, par un changement d’état de l’eau ».

Résultat : une température ressentie de deux degrés supérieurs à la température réelle, et 70 % d’économies sur le chauffage, selon la secrétaire générale de Construire en Chanvre.

Un approvisionnement sécurisé

 

Les matériaux de construction d'origine végétale représentent en outre un avantage décisif dans un contexte de pénuries aggravées par la guerre en Ukraine. Olivier Joreau note que, pour ces matériaux, « la hausse des prix est plus mesurée que sur les matériaux traditionnels, car il s’agit de matières locales, voire régionales, qui sont distribuées autour des usines, construites justement en fonction des besoins en approvisionnement ».

Tous les signaux sont au vert pour cette filière, mais rappelons toutefois que la RE2020 ne porte que sur la construction neuve. Tout l’enjeu reste de faire en sorte que l’impact carbone soit aussi pris en compte dans la réglementation applicable à la rénovation.

C’est ce que défend Laurent Perez, directeur d’Ekopolis, pôle francilien pour l'aménagement et la construction durables. Selon cet ingénieur, « la rénovation, c’est 99 % du sujet. La dernière réglementation thermique de l’existant n’a pas évolué depuis 2008, alors que ce secteur consomme entre 200 et 400 kW/h par bâtiment ». 

Dans le calcul de l’impact carbone, « on compte la consommation d’un bâtiment une fois livré, et les émissions de CO2 liées à l’usage de celui-ci, mais aussi celles dues à la fabrication du bâtiment : c’est là que les biosourcés ont un rôle à jouer », poursuit-il. Sans compter qu’ils favorisent selon lui l’emploi local, à travers l’insertion professionnelle, la réutilisation de déchets, et la mobilisation de savoir-faire spécifiques.

Bonne résistance au feu

 

Dans cette optique, la filière chanvre a pris les devants il y a quatre ans en lançant le Pacte Programme d'action pour la qualité de la construction et la transition énergétique (Pacte). Celui-ci a permis de publier des guides de bonnes pratiques, et de réaliser des essais au feu Local expérimental pour incendie réel à deux niveaux (Lepir 2) avec le Cerib. 

« Le résultat de ces tests est, pour le béton de chanvre, un effet coupe-feu et une absence de conductivité en façade. Le brasier vient lécher la façade pendant une heure, et se limite au rez-de-chaussée », explique Nathalie Fichaux. Une bonne résistance au feu, « conforme à la réglementation applicable vis-à-vis de la non-propagation du feu par les façades pour une durée de 60 mn »  [appréciation de laboratoire n°026090, NDLR]. 

Un mode constructif qui s’exporte

 

L’intérêt coupe-feu du béton de chanvre français a éveillé la curiosité du ministre australien de l’Écologie. Celui-ci s’est déplacé en France pour se pencher sur ce principe constructif, rappellent Nathalie Fichaux et Philippe Lamarque, de Construire en Chanvre. 

« Cent villas ont été construites, et 11 000 autres sont en projet. Avec des murs en béton de chanvre projeté de 20 cm, par une température extérieure de 45°C, la température ressentie à l’intérieur est de 25°C, et ce sans climatisation », ajoutent les deux experts.

De quoi susciter des vocations. C’est justement l’objectif de l’École nationale du chanvre, qui a ouvert ses portes à Mende (48), et « forme à ce mode constructif partout dans le monde », poursuit Nathalie Fichaux. Elle ajoute : « 1 600 entreprises ont déjà été formées. Nous voulons que l’État nous accompagne pour intégrer la construction biosourcée dans tous les cycles nationaux de formation ». Un appel à projet doit être lancé en juillet dans ce sens, afin de développer la formation et les savoir-faire en matière de construction biosourcée.

 

Laurent Perrin

Photo de Une : Adobe Stock

Par Virginie Kroun

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