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Maisons individuelles : Trump veut contraindre les grands investisseurs

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Publié le 08 janvier 2026, mis à jour le 09 janvier 2026 à 9h56, par Virginie Kroun


Pour rendre la maisons individuelle plus abordable aux États-Unis, Donald Trump veut interdire son achat par de grands investisseurs cotés à Wall Street. Une mesure qui s’aligne sur les souhaits des démocrates, mais fait débat parmi les experts. Décryptage.
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« Les gens vivent dans des maisons, pas dans des entreprises.» C’est ce que défend Donald Trump ce mercredi 7 janvier.

Sur son réseau social Truth Social, le président américain a soutenu l'interdiction pour les grands investisseurs institutionnels d'acheter des maisons individuelles

Par investisseurs institutionnels, le dirigeant fait allusion aux grands propriétaires immobiliers, dont les actions ont chuté en bourse suite à l’annonce. À Wall Street, Invitation Homes a décliné de 6,01 %, American Homes 4 Rent de 4,32 % et AvalonBay Communities de 2,28 %. Le fournisseur de matériaux de construction, Builders FirstSource, a même perdu plus de 5 %. 

« Ce rêve est de plus en plus inaccessible »

 

Donald Trump a appelé le Congrès à légiférer autour de cette promesse. Promesse qui intervient dans un climat de défiance envers Trump sur sa gestion de l’économie, sur fond d’élections de mi-mandat en novembre 2026.

La Maison Blanche doit effectivement répondre sur le coût de la vie, alors que l’achat d’une maison aux États-Unis devient de plus en plus cher, d’après CNN. En cause, une faible offre de biens et des taux hypothécaires dépassant les 6 %. 

Un rapport de la National Association of Home Builders a affiché +55 % dans les prix de logement de début 2020 au troisième trimestre 2025

« Pendant très longtemps, devenir propriétaire d'une maison était considéré comme le summum du rêve américain », affirme Donald Trump, toujours sur Truth Social. « Ce rêve est de plus en plus inaccessible pour de trop nombreuses personnes, surtout les jeunes Américains », déplore-t-il également. 

Une nouvelle proposition de loi bientôt au Sénat

 

La sénatrice démocrate Elizabeth Warren n’a pas tardé à répondre, selon l'AFP, reprochant au président « de ne pas encore avoir levé le petit doigt pour faire baisser les coûts du logement pour les Américains». Trêve de « blabla », « Trump doit maintenant mobiliser son propre parti » pour voter une loi, assène la parlementaire. 

Les parlementaires n'en sont pourtant pas à leur premier coup d’essai. « Les démocrates du Sénat ont tenté de le faire l'année dernière. Les républicains l'ont bloqué », a évoqué sur les réseaux sociaux Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat. Dans le camp d’en face, le sénateur républicain Bernie Moreno (Ohio) a annoncé un prochain projet de loi, suivant la proposition de l’occupant de la Maison Blanche

Un réel impact des investisseurs immobiliers sur le marché ?

 

« Depuis que la crise financière de 2008 a entraîné une vague de saisies immobilières, les investisseurs de Wall Street tels que Blackstone et d'autres sociétés de capital-investissement ont acheté des dizaines de milliers de logements pour les louer, devenant ainsi des propriétaires importants, en particulier sur certains marchés », lit-on dans un article de la BBC.

À en croire les chiffres du Government Accountability Office (GAO) – relié au Congrès  –, les investisseurs institutionnels possédaient ensemble jusqu'à 300 000 logements en 2015, alors qu’aucun n’en détenait plus de 1 000 en 2011. Dans les villes d’Atlanta, de Jacksonville et de Charlotte, les grands investisseurs concentraient 15 % du marché des maisons individuelles, rapporte la même source.

Un monopole qui ferait gonfler des prix selon des détracteurs. Un article de la BBC mentionne également des négligences sur l’entretien et des expulsions abusives en période COVID-19. 

Pour Laurie Goodman, chercheuse à l’Urban Institute, citée par le média britannique, difficile de mesurer l’impact d’une telle interdiction, tant qu’on ne définit pas clairement ce qu’est un « grand investisseur ». 

Si l’on parle de ceux détenant au moins 1 000 biens dans trois endroits, voire plus, ces derniers possèdent 4 % des maisons individuelles, estime l’experte. Un chiffre stable compte tenu de la conjoncture immobilière américaine précédemment décrite. Mme Goodman pense qu’au lieu de cette interdiction, « les investisseurs institutionnels devraient être tenus de fournir davantage à leurs locataires ».

Côté Blackstone, une desdites institutions, on évalue cette concentration par les gros investisseurs à 0,5 % du marché. « Cela dit, nous pensons que notre portefeuille actuel est prêt à continuer à afficher de très bons résultats et à fonctionner selon les normes les plus élevées pour les résidents », a affirmé son porte-parole, cité par l’agence Reuters.

Ralentissement observé sur l’inflation des prix immobiliers…

 

Daryl Fairweather, économiste en chef du site immobilier Redfin – cité par la BBC –, pense que cette interdiction ouvrira la voie non pas aux primo-accédants, mais à des investisseurs de taille moyenne ou plus petits. Petits investisseurs qui détiendraient en réalité 87 % de ces biens, est-il exposé dans la dépêche Reuters. 

L'étude du GAO admet également qu’en l’absence de données précises, impossible d’évaluer correctement l’impact des achats immobiliers institutionnels sur l’accession à la propriété. 

Le coût du logement en globalité reste une préoccupation majeure aux États-Unis. La Federal Housing Finance Agency (ou l’Agence fédérale de financement du logement), enregistre un sursaut des prix de ventes en octobre (+1,7 % par rapport à l’année précédente). 

Soit moins de la moitié que le rebond noté lors de l’investiture de Trump en janvier 2025, voire une fraction du pic d’environ 20 % observé en 2021 et même en 2022, marquée par le mandat de Joe Biden.

Donald Trump a d’ailleurs imputé l’inflation à son prédécesseur démocrate, et éludé les questions quant à l’accessibilité financière du logement aux États-Unis.

Peut-être le président américain donnera plus de détails lors du Forum économique mondial à Davos, prévu fin janvier en Suisse…

→ Envie d’aller plus loin ? Écoutez notre podcast pour décrypter l’actu du BTP en quelques minutes.

Par Virginie Kroun 

Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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