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Chez Etex, « nous innovons à tous les niveaux »

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Publié le 17 mars 2026 à 17h30, mis à jour le 18 mars 2026 à 10h45, par Virginie Kroun


Ce mois-ci, entretien avec Bernard Delvaux, CEO d’Etex. L’entreprise qui regroupe des marques du bâtiment comme URSA ou Siniat, nous livre son bilan 2025 et ses perspectives 2026, dans un contexte géopolitique on ne peut plus chaotique.
©Etex
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Bilan 2025 et perspectives 2026, trajectoire bas-carbone, les promesses de la construction modulaire, les espoirs d’une reprise de la construction refrénés par les tensions au Moyen-Orient… Notre échange avec Bernard Delvaux, dirigeant d'Etex, a révélé son regard affûté sur la stratégie de l’entreprise de matériaux de construction mais aussi sur une conjoncture du bâtiment, pour qui la croissance reprendra certainement lentement. 

Une ligne claire toutefois : innover, innover et encore innover.

Comment l'activité d’Etex se porte-t-elle ?

 

Nous avons annoncé le 9 mars nos résultats pour l'année 2025. Une année évidemment assez compliquée à beaucoup de points de vue, car nous servons surtout le marché de la construction et les volumes construits sont historiquement bas. C'est particulièrement vrai en France, en Allemagne, voire en Angleterre.

Le dollar s’est fortement déprécié. Or, nous opérons dans de nombreux pays dont les monnaies sont liées au dollar. Ce qui explique la différence entre les résultats que l’on annonce en chiffres absolus et ceux en taux de change constant.

Des chiffres clés à nous exposer ? 

 

Notre chiffre d'affaires est stable, ce qui n'est déjà pas mal. En réalité, l’activité en monnaie constante augmente de 1,7 %. Notre profit opérationnel, appelé notre REBITDA – ou cash-flow opérationnel récurrent – est à 698 millions d'euros, en croissance de 4,8 % en chiffre absolu et marginale de 0,4 %. L’évolution à monnaie constante traduit le travail mené pour développer nos métiers, nos segments…

Notre profit récurrent net s’améliore de presque 2 % à 269 millions d’euros. Notre dette recule. Beaucoup d'efforts ont permis 130 millions d’euros d'améliorations sur les coûts. Cela ne nous a pas empêché d’investir 300 millions dans nos dépenses d’exploitation, pour progresser dans l’environnement et la décarbonation. 

Quelles solutions Etex traduisent sa trajectoire bas-carbone ?  

 

Notre marque URSA a introduit dans sa gamme des produits biosourcés pour répondre aux demandes croissantes des utilisateurs. Cela ne remplace évidemment pas complètement la laine de verre et ce n’est pas son intention. Mais cela correspond à un certain nombre de segments de marché auxquels on répond grâce à ça. 

Il y a également des collaborations entre nos marques, par exemple en France entre Siniat et URSA, pour offrir des cloisons mêlant plaques de plâtre et isolation. Par exemple, la solution de cloison lancée conjointement par Siniat et URSA, appelée VivaPure™ + Upwood, combine nos plaques de plâtre carbone négative avec un isolant biosourcé. 

Certains marchés et marques sont-ils stratégiques pour Etex pour 2026 ? 

 

Nous avons quatre activités de base aujourd'hui. La première est la plaque de plâtre. Nous avons l'activité historique de fibre de ciment pour les toitures et façades. Nous avons acquis il y a quelques années l'activité d'isolation laine de verre et polystyrène extrudé, URSA. Enfin, nous avons depuis longtemps une offre dans la protection passive contre le feu, avec la marque Promat.

Ces quatre entités se comportent de façon solide, avec des possibilités de croissance organique et de croissance par acquisition. 

Des entités assez complémentaires, en somme…

 

Bien sûr, d’autant que la construction est un métier qui reste assez inefficace car extraordinairement fragmenté, les techniques de construction ayant peu évolué et un niveau de productivité qui n’a pas beaucoup progressé. 

Cette évolution lente ne laisse pas beaucoup de place à des innovations révolutionnaires pour le métier. Toutes les innovations associées sont des évolutions lentes. Nous essayons d'innover à tous les niveaux : des produits individuels, des offres de solutions multi-produits ou des services. 

Dans ce contexte, la construction modulaire inclut des produits typiquement comme les nôtres qui combinent des plaques de plâtre plus ou moins techniques, des structures métalliques ou en bois, de l'isolation, des techniques de protection contre l'incendie, et puis des finitions en fibre-ciment, pour la toiture ou la façade. 

Qu’est-ce qui facilite l’adoption de procédés de construction modulaire, selon vous ? 

 

Nous avons des exemples en Angleterre et en Irlande, où la construction modulaire se développe assez bien. Pourquoi ? Parce qu’on a convaincu un certain nombre de grands promoteurs de concevoir le bâtiment autrement, dès le design. Et avec une structure modulaire basée sur des panneaux, on peut monter jusqu'à 12 étages. 

Quand on le teste, on se rend compte que c'estbeaucoup plus court en temps et le temps, c'est de l'argent pour un promoteur immobilier, puisque le taux d'intérêt mobilisé va l'être beaucoup moins longtemps. Résultats : pour prendre un exemple au Royaume-Uni, la première année, on a fait un projet avec un partenaire immobilier. La deuxième année, on a fait trois projets. La troisième année, on a fait six projets. Cette année, on fait 15 projets avec ce même partenaire. Ce sont des évolutions lentes, mais qui ont beaucoup de sens. 

D’autant que cela n’exige pas une main-d'œuvre sur le site de construction trop importante, car celle-ci se raréfie, et c'est plus facile de trouver des ouvriers qui travaillent en usine. 

Nous travaillons, avec nos distributeurs, à la formation des installateurs, pour qu’ils comprennent l'intérêt de travailler avec des produits un peu plus sophistiqués, un peu plus techniques ou avec des solutions plus faciles à installer et qui vont faire gagner du temps et de l'argent à toute la chaîne de valeur. 

Notre dossier spécial du mois porte sur la construction dans l'existant. Comment la construction modulaire répond à ce type de chantier ? 

 

Je pense qu'il y a deux dimensions. D’abord l’efficacité, car quand on veut transformer des bâtiments existants – notamment un bâtiment non résidentiel en un bâtiment résidentiel –, on est confronté à des questions concernant la compartimentation, avec un confort acoustique et dans certains cas thermique satisfaisant. Nos produits sont évidemment parfaits pour ça. 

On parle, dans beaucoup de villes, d'extensions verticales sur un, deux, trois et quatre étages supplémentaires. Cela doit se faire avec une construction légère, car on ne va pas changer les fondations du bâtiment de base, parfois très anciennes. Et de nouveau, pour les extensions verticales, nos produits sont adéquats. D’autant que nous pouvons les combiner à des solutions BIM et de panelisations très satisfaisantes. 

D'un point de vue environnemental, si l’on ajoute sur d’anciens bâtiments en béton des panneaux sandwich en plaques de plâtre, cela ferait toujours moins de CO2 produit par habitat. À la fin de vie du bâtiment, dans 40 ans, 50 ans ou plus, ces produits seront pour la plupart recyclables et réutilisables, dans certains cas très facilement.

Il y a aussi un autre enjeu : la confiance dans le futur. Et l’actualité géopolitique ne va pas dans ce sens…  

Les frappes en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont effectivement causé des hausses de prix, notamment du PVC et d'autres matériaux de construction. Observez-vous cette tendance à l’échelle d’Etex ? 

 

Cela va très vite, nous voyons immédiatement augmenter les coûts de nos matériaux de base, liés pour certains au coût de l'énergie. Pour l'isolation en laine de verre par exemple, on fond du verre à 1300°C, donc la composante d'énergie est très importante. 

Évidemment, si le coût énergétique redescend, cela devrait repartir à la baisse aussi dans un mois, deux mois, trois mois… 

Si la guerre en Iran dure encore un peu trop longtemps, l'impact va être important sur le coût de l’énergie, sur l'inflation, malheureusement aussi dans beaucoup de pays européens sur le coût du travail… Cela peut aussi avoir un impact sur les taux d'intérêt, et ce n’est jamais bon pour l'immobilier… 

C'est un coup d'arrêt dont on se serait bien passé, puisqu'on attendait que 2026 soit l'année de la reprise lente, mais de la reprise après trois années à des niveaux extrêmement bas. 

Décelez-vous une note d’espoir dans ce flou économique ? 

 

Oui ! J'entends beaucoup dire, suite à la guerre en Ukraine, que l’Europe n'a pas suffisamment réagi en verdissant notre production d'énergie et maintenant on redécouvre une autre dépendance aux énergies fossiles

Probablement, nous n'avons pas suffisamment électrifié la production d'énergie, le transport de l'électricité verte. Mais je veux simplement rappeler que même si cela avait été le cas, cela ne portera ses fruits que dans les 15 à 20 prochaines années. Car cela nécessite des investissements colossaux. 

Cela signifie qu’on va devoir continuer à combattre avec les armes qui sont les nôtres, en Europe en particulier, pour que notre désavantage compétitif sur ce domaine de l'énergie ne pèse pas trop. La deuxième chose, c'est qu’Etex, en tant qu'entreprise, reste extrêmement bien placée et quelque part optimiste pour le futur à moyen terme et à long terme, parce que nos segments et solutions offrent pas mal de poches de croissance. 

En Europe, certains pays se comportent d’ailleurs toujours assez bien d'un point de vue immobilier et construction, comme l'Espagne et le Portugal. Notre activité redémarre en Amérique latine et croît bien en Australie, où l’on a beaucoup investi les dernières années. 

En tant que dirigeant d’Etex, quel est votre message face à la conjoncture ? Un message de patience ? 

 

Oui, mais aussi d'urgence. Après, il faut convaincre les promoteurs immobiliers que les solutions que nous apportons sont pérennes, robustes, et plus favorables que celles utilisées jusqu'à présent. 

Mon message d'urgence va plutôt vers les pays européens vis-à-vis de l'industrie. Les différents gouvernements et la Commission européenne, qui disent encourager la production européenne, doivent répondre aux problématiques de coûts et de contraintes supplémentaires, face à la pression d’exports de pays fabriquant low-cost comme la Chine. 

Cette industrie est locale, elle doit rester locale. 

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Virginie Kroun
Journaliste - Batiweb

Virginie Kroun est journaliste au sein de la rédaction de Batiweb. De la presse BD durant ses études, elle atterrit en 2021 dans l’univers BTP, dont elle ne se lasse pas. Si elle couvre tous les thèmes du secteur, Virginie a ses sujets de prédilection : justice, patrimoine, prévention et matériaux biosourcés.

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