Inflation, RGE, électrification… Vincent Jeanbrun s’adresse à la CAPEB

Jean-Christophe Repon, président de la Confédération artisanale et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB), se montre plutôt avenant quand le ministre du Logement Vincent Jeanbrun arrive à l'assemblée générale de l'organisation, qui fête en 2026 ses 80 ans.
Mais les échanges qui s'ensuivent n'en restent pas moins sérieux, alors que les artisans du bâtiment souffrent d'une nouvelle inflation sur fond de conflit au Moyen-Orient, après celle causée par la guerre en Ukraine, sans retour aux prix initiaux des matériaux.
« On avait la sensation d'être légèrement oubliés par le gouvernement sur la partie du logement », évoque M. Repon au ministre. « Mais là, on rentre dans une périodicité encore plus cruelle, puisque nos deux ans de baisse portent maintenant sur l'activité. Aujourd'hui, on a perdu 30 000 emplois».
Autant dire que la flambée des prix sur le gaz non-routier et une variété de matériaux du bâtiment n’a pas tendance à rassurer l’ensemble des professionnels visiblement tendus au sein de l’assemblée.
Pas de TVA à 5,5 % sur la rénovation énergétique…
Professionnels que Vincent Jeanbrun tente d’apaiser : « C'est notre responsabilité de défendre nos entreprises, nos artisans, et évidemment, à travers eux aussi, des emplois et du savoir-faire. »
Malheureusement, la TVA à 5,5 % pour les travaux de rénovation énergétique, réclamée par la confédération depuis des années et particulièrement face aux tensions géopolitiques, n’a pas été accordée lors d'un conseil supérieur à la construction en début de semaine.
«Le chiffrage de la réduction de la TVA, on est à plus d'1,1 milliard. Pas simple à négocier, il faut être très honnête », justifie le ministre du Logement. « Mais en tout cas, ça fait partie de vos revendications, et elles sont évidemment transmises au sommet. »
« On sait que la TVA à 5,5 %, c'est pour nous une revendication qui est sur le long terme. Il est important pour nous et ça ne peut que résulter d'une nouvelle loi de finances rectificative ou de la future loi de finances », nous confie M. Repon lors d’un point presse.
Pour l’instant, des outils, comme l'observatoire des matériaux en cours de création. Sans compter des travaux sur les statistiques de l’INSEE, pour une meilleure transparence et lisibilité de ces prix. Le ministère du Logement pousse par ailleurs à la signature de la circulaire Borne par l’actuel Premier ministre, Sébastien Lecornu. Pour rappel, ce texte permet de renégocier les marchés en cours.
… mais bientôt la RGE VAE ?
Vincent Jeanbrun cite la rénovation énergétique et les subventions publiques – dont MaPrimeRénov’ comme moyen de sauvegarde. Mais Jean-Christophe Repon interpelle sur deux dossiers épineux.
D’abord la réforme du label Reconnu Garant de l’Environnement qui fait l’objet de négociations en vue d’adopter un accès par validation des acquis de l’expérience. Cette procédure repose sur l’audit de trois chantiers, dont la conformité donne accès au label.
Ce à quoi le ministre du Logement rétorque : « Ça y est, il est dans les tuyaux. Il ne manque plus que la signature qui ne saurait tarder, avec un tout petit point : savoir quand est-ce qu'il commence précisément et quand est-ce qu'il est mis en place. »
Mais aussi comment. Car reste encore la question du coût et de la faisabilité de l’audit. « Il faut être très vigilant sur le fait que l'arrêté paraisse, mais que la mise en application de cet arrêté soit aussi pour que ça marche », insiste le président de la CAPEB.
Quid de la rénovation globale par geste ? La confédération défend ce parcours et prépare un modèle économique avec l’Anah et Sofinco. Si M. Jeanbrun estime que l’heure est à la fin du monogeste et à la massification des rénovations d’ampleur, il se dit ouvert à ce modèle certes plus long et morcelé, mais plus viable financièrement pour les ménages.
Autre point d’interrogation : la possibilité de former des groupements momentanés d’entreprises (GME) lors de réalisation de travaux de rénovations énergétiques aidés. « On avait discuté ensemble d'une loi (…) Le vote a été favorable. Il nous semble qu'il y a eu des réserves sur la date des arrêtés », recontextualise M. Repon. « Nous, on aimerait bien avoir une décision favorable avant que MaPrimeRénov’ ne soit supprimé suspendu à nouveau, parce que si on le fait en 2028, s'il n'y a plus de budget MaPrimeRénov’, c'est deux ans de boulot pour rien. »
« C'est en cours, j'espère avoir des bonnes annonces à vous faire dans les prochaines semaines », livre succinctement M. Jeanbrun, beaucoup plus loquace sur MaPrimeRénov’ : « C'est un outil essentiel sur lequel on se bat effectivement pour que le périmètre budgétaire soit systématiquement défendu. Et avec toutes les annonces sur l'électrification, qu'on puisse aller, y compris via les CEE, renforcer encore nos capacités d'investissement, c'est clairement la volonté affichée par le gouvernement. »
Sur l’électrification, le gouvernement tient sa position !
Le plan d’électrification annoncé par Matignon vendredi 10 avril, prévoit la disparition des chaudières gaz - y compris hybrides – dans le logement neuf d’ici 2027. Une onde de choc pour la CAPEB, qui préconise davantage la sobriété énergétique que la stratégie du chauffage tout électrique.
Avis réitéré par le président devant Vincent Jeanbrun, qui acquiesce, mais avance l’enjeu de souveraineté énergétique et pouvoir d’achat des Français : « Nous sommes là aujourd'hui complètement impactés, et j'allais presque dire à ce stade sans défense, du fait de la guerre au Moyen-Orient. » Un discours déjà tenu lors de la guerre en Ukraine. Mais malgré l’urgence, l’électrification se fait sur le temps long, comme le souligne la FFB.
Pour le ministre, il ne s’agit « pas de dogmatisme absolu parce que, par exemple, on a la chance dans notre pays d'avoir beaucoup de réseaux de chaleur», mentionne-t-il.
La rénovation bientôt le statut du bailleur privé ?
Flashback ensuite vers le 1er comité de suivi du plan « Relance Logement », le 7 avril dernier. Il y était beaucoup question du statut du bailleur privé, dispositif essentiel pour les acteurs de la construction neuve, mais pas énormément pour les artisans du bâtiment. « Alors, on n'a rien contre le bailleur privé et le dispositif Jeanbrun, mais ça a un coût aussi quand même », déplore le président de la CAPEB, qui aimerait un investissement aussi important pour la rénovation.
« Quand on parle du plan de relance du logement, on parle de construction neuve, mais en réalité, on parle de production de logement, c'est-à-dire construire du neuf et réhabiliter à neuf. Et moi, j'ai toujours souhaité qu'on marche sur ses deux jambes », affirme Vincent Jeanbrun.
D’où l'actuelle correction du statut pour inciter les investisseurs privés à acheter et rénover dans l’ancien. « Il fallait acheter un bien et faire 30 % de travaux dans ce bien. Première barrière, on souhaite abaisser le montant à 20 % pour déclencher beaucoup plus d'opérations », expose le ministre.
Et poursuivre : « Deuxième chose, tel que rédigé aujourd'hui, on demande à du patrimoine ancien d'atteindre des lettres, en termes de DPE, à A ou B. Et donc évidemment, l'idée c'est de ramener ça à une lettre minimale qui doit être une lettre D, mais avec une progression de lettres. »
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