À Saint-Nazaire, l'immense chantier pour « sauver Fort Boyard » de l'érosion

Les chantiers navals de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ne manquent pas de travail. Réputés pour les mastodontes des mers qui sortent régulièrement de ses ateliers (quatre des cinq plus grands paquebots du monde y ont été construits), Saint-Nazaire va bientôt accueillir la construction du prochain porte-avions de l'armée française, le « France libre ».
Au milieu de toute cette activité, la cité portuaire œuvre aussi à la survie du Fort Boyard, pourtant situé... à près de 180 km de navigation.
Alors que les tournages des émissions de télévision doivent reprendre dans quelques semaines pour la saison 2026, les éléments menacent l'emblématique forteresse maritime. Entre la houle et les marées, l'érosion, les structures de protection de l'époque ne sont plus visibles depuis longtemps.
Deux ouvrages de protection à reconstruire
Si l'avenir du Fort se joue désormais à Saint-Nazaire, c'est parce qu'il s'agit du seul port de la façade Atlantique à même de pouvoir accueillir la construction de deux ouvrages de cette ampleur. Le havre d'accostage, qui sera posé du côté sud-ouest, est une structure creuse qui permettra aux bateaux d'arriver dans une sorte de mini-port. Il doit aussi protéger le Fort Boyard contre l'érosion et « des phénomènes de vortex, le pire phénomène en termes d'érosion », explique Mathieu Barbier, directeur adjoint à l'eau, la mer et au littoral de la Charente-Maritime.
Le second ouvrage, l'éperon, sera installé sur la façade nord-ouest. C'est une sorte de « brise-glace », une structure triangulaire à l'avant d'un monument qui prendra ainsi une allure de navire affrontant les flots. Les deux ouvrages mesureront 10 mètres de hauteur pour 981 m3 de béton du côté de l'éperon contre 1 451 m3 pour le havre.

Ces équipements de protection ne toucheront pas le Fort, mais ils seront visibles, en particulier à marée basse. « Ça va modifier l'image que l'on a du Fort Boyard, c'est sûr ! », admet Mathieu Barbier. « Mais en même temps, on en revient à sa silhouette d'origine, qui ressemble à un bateau. »
Au milieu du XIXème siècle, le havre et l'éperon faisaient en effet partie de la structure du premier Fort Boyard. Mais en quelques décennies, le premier havre s'était effondré, victime des éléments violents. « Il a manqué de maintenance et, depuis les années 1950, on a perdu toute trace de sa présence. » L'éperon a, lui, disparu un peu plus tard « depuis les années 1990 », car il s'agissait d'une structure plus massive, précise monsieur Barbier.
Depuis 1989, la Charente-Maritime a racheté Fort Boyard pour un franc symbolique à une société de production télévisuelle, lui laissant la possibilité d'organiser ses fameux jeux télévisés et prenant en charge les travaux. Après une étude de diagnostic, l'alerte est donnée sur un risque réel de le voir se réduire à des ruines, alors que de nombreuses fissures majeures apparaissent. Débute alors l'opération « Sauvons le Fort Boyard ».

Le chantier de protection du monument est confié à ETPO, mandataire du groupement autour de Architecture Patrimoine et BRL Ingénierie avec l'autorisation de reconstruire à l'identique, mais avec des matériaux modernes, nous explique Delphine Gramaglia, l'architecte du patrimoine. À noter que huit sous-traitants sont de la partie (Merceron TP, Tetis, Les compagnons de Saint-Jacques, Actimar, EOL Armatures, Spie Batignolles TP, Egis et Edycem).
Des voiles en béton qui reprennent l'apparence d'origine du Fort
Ces temps-ci, c'est la pose des voiles en béton sur les deux structures qui occupe les ouvriers du chantier. Des voiles qui doivent restituer « au plus proche possible » l'aspect granitique d'origine, selon Delphine Gramaglia. Un travail de moulage a donc été effectué, ainsi qu'un choix précis sur la couleur pour fondre les protections dans le décor (voir photo ci-dessous).
En plus des deux structures de protection des extrémités du Fort, il a aussi été décidé de renforcer la risberme, l'ouvrage de consolidation qui fait le tour du monument et présente de nombreuses fissures. Des travaux spectaculaires ont eu lieu à l'été 2025 avec de nombreux allers-retours en hélicoptère.

« 170 ans plus tard, il n'y a aucune raison pour que ce soit beaucoup plus simple », annonce pourtant Mathieu Barbier. En revanche, « construire à terre le havre et l'éperon, cela permet de mieux maitriser les enjeux patrimoniaux et de prévention », avance-t-on du côté de EPTO.
Pour ces grands travaux, un budget de 44 millions d'euros est nécessaire, dont 36 millions financés par le Département pour la maîtrise d'ouvrage. L'État et un autofinancement complètent l'addition, alors qu'un mécénat, lancé en 2025 à destination du grand public, a permis de récolter environ un million d'euros. Ce mécénat va entrer dans une nouvelle phase avec l'appel aux grands mécènes et aux entreprises locales pour alléger la facture.
Vers une ouverture au grand public à l'été 2028
Retour dans la cale de Saint-Nazaire, où une cinquantaine de personnes s'affairent à réaliser les deux ouvrages. Deux grues, une sur rails et une grue à tour dédiée au projet, trônent au-dessus de ladite cale. À partir de la mi-avril, une quinzaine de personnes travailleront aussi sur le Fort Boyard, dont cinq scaphandriers. « Ils seront nos yeux sous la mer », explique Julien Merceron, directeur des travaux.

Difficile de l'imaginer, mais une fois prêts, « la cale sera mise en eau et les ouvrages se mettront à flotter », bientôt raconte Julien Merceron. D'abord le havre, à l'été 2026, puis l'éperon, à l'été 2027, les ouvrages seront remorqués vers La Rochelle en trois jours, puis seront ensuite installés autour du Fort à condition d'une fenêtre météo favorable.
Mais arrivés à destination, le tour n'est pas tout à fait joué. Les deux structures seront remplies lestées à marée descendante pour les échouer. Après avoir flotté, il leur faudra donc couler. « C'est la phase la plus délicate du chantier », reprend Julien Merceron. Pour le havre, des éléments présents lors de l'acheminement seront enlevés pour permettre le passage des bateaux.
Puis, il restera 500 m3 de béton à couler directement sur place. Notamment grâce à un ciment moins chargé en clinker, pour davantage résister à l'eau salée, nous confie-t-on sur le chantier.
De quoi préserver encore longtemps l'intégrité de l'ancienne structure militaire ? Julien Merceron l'espère. Le directeur des travaux vise une sécurisation complète des ouvrages d'ici fin 2027 pour une ouverture au grand public à l'été 2028.
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