Investissements climat : la rénovation des bâtiments décroche en Europe

« La crise énergétique met en évidence les vulnérabilités structurelles de l’Union européenne (UE) : accélérer les investissements dans les énergies et technologies propres est essentiel pour garantir la prospérité économique, l’indépendance énergétique et le pouvoir d’achat des ménages », lit-on en introduction de l’édition 2026 de l’« État des lieux des investissements climat en Europe », publiée le 5 juin par l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE).
La fermeture du détroit d’Ormuz en Iran sur fond de conflits au Moyen-Orient a entraîné une flambée des prix de l’énergie depuis février dernier. Ce vendredi à 11h54, le cours du pétrole brent était à 94,82 dollars le baril, contre 95,27 dollars le baril la veille. L’impact des coûts à la pompe sont quand même palpables, y compris pour les professionnels du BTP. D’où l’attirail d’aides aux carburant déployé par le gouvernement français.
Gouvernement qui a également un pacte avec «l’Équipe de France de l’électrification », en vue d’une sortie des énergies fossiles. À la clé : des millions d’euros d’investissements, annoncés notamment par Octopus Energy et EDF.
-5 % d’investissements dans la rénovation des bâtiments
Des investissements gourmands, mais seront-ils suffisants ? En tout cas le rapport de l’I4CE évoque une stagnation des investissements climatiques à l’échelle européenne, « après une forte hausse en 2022 ».
Ils sont estimés à 534 milliards d’euros en 2025, soit « seulement 61 % des besoins annuels pour atteindre les objectifs 2030 de l’UE», évalués à 878 milliards d’euros. Le chiffre grimpe de 2,4 %, comparé à l’année dernière. Toutefois, le déficit d’investissement se creuse de 45 milliards par rapport 2024.
« Seuls les investissements dans le transport routier bas-carbone ont augmenté », de 23 %, soulignent Caroline Henry et Clara Calipel, autrices du bilan. Certes, les moyens déployés pour l’énergie solaire, le stockage sur batterie, les infrastructures de recharge de véhicule électrique (IRVE) sont « en bonne voie» pour lesdits objectifs. L’I4CE ne peut en dire autant de l’éolien, des réseaux électriques voire de la rénovation des bâtiments, qui « restent sous-financés ».
Plus précisément pour la rénovation des bâtiments, les investissements déclinent 5 %. Le résultat d’une réduction des certains dispositifs d’aides publics, en 2025, selon le think-tank, en particulier dans le résidentiel. Côté nucléaire et énergies renouvelables, le rapport mentionne une baisse de 9 %, sous l’effets de « procédures d’autorisation lentes ».
« Dans ce contexte, une économie sans combustibles fossiles n’est plus seulement un objectif environnemental, mais devient aussi un impératif économique stratégique », affirment les chercheuses. « Accélérer les investissements dans les infrastructures bas-carbone, l’électrification, l’efficacité énergétique et les technologies propres permettra de réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des combustibles fossiles importés, de renforcer sa base industrielle et de protéger ses citoyens contre de futurs chocs liés aux prix de l’énergie. »
Des leviers utiles à l’échelle étatique
Selon l’I4CE et les autrices de la note, différentes peuvent être développées afin de massifier ces investissements climatiques.
« En matière de réglementation, par exemple, la révision du règlement sur les normes de performance en matière d’émissions de CO₂ pour les véhicules légers neufs doit préserver son ambition de soutenir la transition vers une mobilité sans énergie fossile », évoquent notamment Mme Henry et Mme Calipel.
Elles présentent en outre la future révision du règlement sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique comme une opportunité de revoir les plans nationaux énergie-climat (PNEC). Celles-ci pourraient devenir de « véritables feuilles de route nationales pour les investissements climat », estiment les chercheuses.
Les plans d’électrification nationaux comme européens, doivent également protéger le pouvoir d’achat des ménages et l’activité des entreprises.
« Enfin, en matière budgétaire, le budget de l’UE joue un rôle essentiel pour accélérer les investissements climat dans plusieurs États membres. Le prochain budget pluriannuel de l’UE, prévu pour la période 2028-2034, doit garantir le financement des investissements climat dans l’ensemble des États membres », est-il écrit dans le rapport.
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