Quartiers populaires : des territoires en surchauffe pendant les canicules

Sommes-nous tous égaux face à la chaleur ? La France vit déjà sa deuxième vague de chaleur, alors même que l'été n'a pas encore commencé, la Fondation pour le logement des défavorisés signe une étude sur les quartiers populaires. Des zones qui subissent une véritable accumulation de facteurs aggravants qui rendent les canicules encore plus dures qu'ailleurs.
La Fondation pour le logement des défavorisés, ex-Fondation Abbé-Pierre, est certainement plus identifiée pour son action pendant l'hiver en faveur des personnes sans domicile. Mais l'association affirme que « le risque de décès est aussi élevé en hiver qu’en été » avec des dispositions moins importantes et des maraudes moins nombreuses pendant la période estivale. Elle rappelle aussi qu'un triste record a été battu l'année dernière avec 929 personnes décédées dans la rue.
Des habitants des quartiers populaires moins gâtés en espaces verts
D'autant que les épisodes caniculaires sont appelés à se répéter et à faire souffrir de la chaleur, dans les deux tiers des cas, les mêmes personnes qui souffrent du froid dans leur logement. La faute à une inadaptation de leurs logements à des températures extrêmes.
Selon les chiffres avancés par l'organisation, 59 % des habitants des QPV (quartiers prioritaires de la ville) souffrent de la chaleur en été dans leur logement contre 43 % des habitants du reste de la France. Dans les QPV, 74 % des sondés, dans une étude de l'Anru de 2024, considèrent aussi qu'il faut davantage d'espaces verts dans leur quartier, lorsque seuls 56 % du reste des Français revendiquent la même chose.
Résultat : les habitants des QPV sont 62 % à rencontrer des difficultés à trouver un endroit frais durant la canicule, contre 48 % ailleurs en France. Ce qui équivaut à la double peine selon la Fondation, puisque nombre des classes populaires qui y résident occupent un travail particulièrement éprouvant lors des vagues de chaleur : ouvriers sur des chantiers, livreurs ou encore techniciens d'entretien des espaces verts.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise une température intérieure maximale de 28 à 30 °C en journée et de 26 °C la nuit. Alors pour parvenir à refroidir leurs logements, les Français optent de plus en plus pour la climatisation. De 14 % de logements équipés en 2016 de climatisation fixe ou mobile, la France est passée à 36 % d'habitations concernées en 2026, quand RTE estime que les 50 % pourraient être atteints dès 2035.
Les recommandations de la Fondation pour adapter les logements à la chaleur
Or, pour la Fondation pour le logement des défavorisés, cela ressemble à une fausse solution. D'une part parce que le coût d'installation d'une climatisation est encore vu comme un frein dans deux cas sur trois. D'autre part parce que la généralisation de la climatisation conduirait à une hausse des émissions de CO2 en partie à cause d'une mauvaise application des consignes d'utilisation, la température demandée étant fixée en moyenne à 23,5 °C contre les 26 °C recommandés.
En général, la fondation note un manque d'adaptation des logements généralisé en France et souhaiterait que les efforts de l'État se concentrent dessus. En effet, seuls 11 % des logements auraient un bon indicateur « DPE confort d'été », 40 % ont un bilan « moyen » et plus de 48 % un DPE « insuffisant ». Un constat qui a poussé l'organisation à soutenir une proposition de loi portée à l'Assemblée nationale en juillet dernier.
Le texte, qui est désormais entre les mains de la Commission des affaires économiques, a été en majorité signé par des députés des groupes de La France insoumise, des Écologistes et des Socialistes ainsi que de quelques élus du centre, notamment des groupes Ensemble, Horizons et Liot. En attendant son débat au Parlement, la Fondation désespère et dénonce un « silence radio » de la part de l'État.
En attendant que la loi évolue dans le sens de l'adaptation des logements aux répétitions des épisodes caniculaires, l'organisation plusieurs propositions. Notamment pour que le dispositif d'aides MaPrimeRénov' soit étendu au confort d'été dans lequel elle inclut : « l’installation de protections solaires, brasseurs d’air, bardages ventilés et de moustiquaires ainsi que la sécurisation des fenêtres permettant la surventilation nocturne ».
La Fondation appelle par ailleurs à renforcer le programme « quartiers résilients » de l’ANRU et à augmenter les moyens alloués au Fonds vert.
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