Rénovation énergétique : moteur ou frein pour l’activité du BTP en 2026 ?
Publié le 20 janvier 2026, mis à jour le 20 janvier 2026 à 17h25, par Camille Decambu

L’impact de la suppression provisoire de MaPrimeRénov'
Les aides à la rénovation énergétique jouent un rôle déterminant dans la décision de travaux. Fer de lance et symbole des aides étatiques pour la rénovation depuis 2021, MaPrimeRénov’ est suspendue temporairement depuis le 1er janvier 2026, comme l’a confirmé le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, faute de budget voté par le Parlement. À ce stade, aucun calendrier de réouverture n’a été communiqué.
Même provisoire, cette suspension est un coup dur pour le secteur de la rénovation énergétique. Au 1er semestre 2025, 1,863 milliard d’euros d’aides ont été accordés par l’Anah au titre de ce dispositif, permettant ainsi de générer 4,4 milliards d’euros de travaux dans le bâtiment.
Le président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), Jean-Christophe Repon, a chiffré sur Franceinfo l’impact de la suspension à « +2 % de l’activité » perdue dans le secteur. En France, 62 000 artisans seraient directement concernés par cette suppression provisoire de MaPrimeRénov’.
Cette suspension intervient dans un contexte économique déjà compliqué, le montant alloué à MaPrimeRénov’ avait déjà été diminué significativement en 2024, passant de 4,5 milliards à 2,3 milliards d’euros. Cette baisse avait été couplée par un durcissement des critères d'éligibilité.
Le contexte politique des derniers mois met à mal l’écosystème économique de la rénovation, dont le bon fonctionnement repose notamment sur la continuité des aides publiques.
Des travaux moins financés en 2026
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, dans le cadre du parcours « par geste » (travaux ponctuels, mono-action), les travaux suivants ne sont plus pris en charge par MaPrimeRénov' :
- l’isolation thermique des murs, qu’elle soit intérieure (ITI) ou extérieure (ITE), en façade ou pignon,
- l’installation d’une chaudière biomasse (bois ou granulés).
Les aides mobilisables pour la rénovation énergétique en 2026
Trois dispositifs d’aide sont pour le moment encore mobilisables en 2026, mais leur importance moindre ne permettra pas de combler la suppression provisoire de MaPrimeRénov.
Premièrement, les certificats d’économies d’énergie (CEE), financés par les fournisseurs d’énergie, permettent d’obtenir des primes pour certains travaux. L’isolation, le changement de chauffage ou l’installation d’équipements performants sont éligibles à des aides, dont le montant varie selon le niveau des ménages et le type de chantier.
Deuxièmement, l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) est accessible sans condition de ressources. Il permet d’emprunter jusqu’à 50 000 euros sans payer d’intérêts pour financer des travaux de rénovation énergétique.
Enfin, la TVA réduite à 5,5 % pour les travaux d’amélioration énergétique est également toujours d'actualité.
Il est également toujours possible de mobiliser des aides régionales.
Un secteur déjà en perte d'activité en 2025
Selon les premiers chiffres, la Fédération Française du Bâtiment (FFB) prévoit une baisse de l'activité en volume de 2,1 % pour le secteur de la rénovation énergétique en 2025. Il en va de même pour le secteur de l’amélioration-entretien, dont le fléchissement est attendu aux alentours de 0,8 %.
Cette contre-performance s’explique pour la FFB par les revirements gouvernementaux successifs sur MaPrimeRénov’. Pour rappel, le dispositif avait été suspendu entre le 15 mai et le 30 septembre 2025, en raison de dossiers en retard et d’un soupçon de fraude. La FFB estime que la baisse de l'activité a eu un impact direct sur l’emploi avec pas moins de 30 000 salariés en moins sur la période dans le secteur de la construction et de la rénovation.
L’Anah vise 120 000 rénovations énergétiques en 2026
Malgré la fermeture provisoire de MaPrimeRénov’, son gestionnaire, l’Agence nationale de l’habitat (Anah), vise un objectif ambitieux de 120 000 rénovations énergétiques globales en 2026. En complément, elle entend également financer 150 000 opérations pour remplacer les chauffages fossiles par des solutions bas carbone.
Certains acteurs du secteur émettent néanmoins certaines réserves. Un stock de 83 000 dossiers non traités était recensé fin 2025, ce qui pourrait limiter le nombre de nouvelles demandes à seulement 37 000.
Cette incertitude incite élus et représentants à s'inquiéter pour le secteur de la rénovation énergétique. C’est notamment le cas de Didier Brosse, président de la Fédération BTP Loire, qui lors d’une interview à L'essor Loire affirmait début janvier : « Sur la rénovation, je suis inquiet pour 2026. Plus aucun dossier ne se dépose. La rénovation énergétique sera en panne jusqu’à cet été. Le moyen terme me fait peur ».
En 2026, la rénovation énergétique n’est ni un frein ni un moteur automatique pour le BTP : elle est un test. Un test qui dépendra grandement des orientations politiques décidées dans les prochaines semaines.
Par Alexandre Masson













