Métaux, énergie, transport : pourquoi la géopolitique influence les coûts du BTP

Métaux : des prix qui explosent à chaque choc international
Le BTP repose sur des matériaux essentiels comme l’acier, le cuivre ou l’aluminium. Ces ressources sont souvent produites dans des zones géographiques spécifiques, ce qui les rendent plus vulnérables aux crises.
La guerre en Ukraine est un exemple révélateur. La Russie et l’Ukraine sont des acteurs majeurs dans la production d’acier et de minerais. Dès le début du conflit en 2022, les prix de l’acier ont fortement augmenté en Europe. Concrètement, certaines entreprises de construction ont vu le prix de leurs structures métalliques grimper de 30 à 50 % en quelques mois.
Autre cas concret : le cuivre, indispensable pour les réseaux électriques. Le Chili, premier producteur mondial, a connu ces dernières années divers incidents miniers et des mouvements sociaux, dont la grève de la plus grande mine de cuivre au monde en 2024. Le résultat a été une volatilité importante des prix. En décembre 2025, le métal rouge se vendait 12 000 dollars la tonne. Cela représente une augmentation de son cours de 40 % en un an. Pour un promoteur immobilier, cela peut représenter plusieurs milliers d’euros supplémentaires sur un projet de taille moyenne.
Les décisions politiques ont souvent des impacts immédiats. Lorsque la Chine limite ses exportations pour privilégier son marché intérieur, les prix mondiaux augmentent. Un constructeur en France ou en Afrique peut alors payer plus cher un matériau produit à l’autre bout du monde. Il en va de même plus récemment avec les droits de douane instaurés par l’administration Trump aux Etats-Unis.
Énergie : quand le prix du pétrole renchérit chaque chantier
L’énergie est partout dans le BTP. Elle sert à produire les matériaux, à faire fonctionner les machines et à transporter les marchandises. Et c’est probablement l’un des postes les plus sensibles à la géopolitique.
Les sanctions contre la Russie, après le déclenchement de la guerre en Ukraine, ont perturbé les marchés énergétiques mondiaux. Le résultat a été une forte augmentation du prix du carburant. Plus récemment, les conflits au Moyen-Orient, notamment les tensions Iran-États-Unis et le blocage du détroit d'Ormuz, ont fait flamber les prix du pétrole au-delà de 100 $ le baril, entraînant des craintes de pénurie mondiale
Pour une entreprise de travaux publics, cela se traduit immédiatement par une hausse des coûts de chantier. Les engins de terrassement, les camions ou les grues fonctionnent majoritairement au diesel. Une augmentation de 20 % du carburant peut faire exploser le budget logistique d’un projet. Cette hausse impacte non seulement le transport, mais aussi la fabrication de matériaux comme le bitume, utilisé pour les routes.
L’électricité est également concernée. En Europe, la crise énergétique de 2022-2023 a entraîné une explosion des coûts de production pour les cimenteries et les aciéries. Certaines usines ont même ralenti leur production, créant des pénuries et des retards sur les chantiers.
Transport : des perturbations qui coûtent cher
Le transport est un maillon essentiel du BTP, souvent sous-estimé. Pourtant, les matériaux parcourent parfois des milliers de kilomètres avant d’arriver sur un chantier.
Le blocage depuis bientôt deux mois du détroit d’Ormuz au Moyen-Orient, par lequel transite d’ordinaire 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondiaux, implique des retards massifs dans les livraisons et une hausse du coût du fret maritime et des matériaux.
Si on remonte quelques années en arrière, les confinements durant la pandémie de COVID-19 ont désorganisé les chaînes logistiques mondiales. Le prix du transport maritime a été multiplié par 3 à 5 sur certaines routes. Un conteneur de matériaux coûtait parfois plusieurs milliers d’euros de plus qu’avant la crise. Plus récemment encore, les tensions en mer Rouge ont perturbé certaines routes commerciales. Les navires ont dû contourner l’Afrique, allongeant les délais et augmentant les coûts.
In fine les entreprises du BTP subissent les conséquences directes de ces événements géopolitiques. En effet, cela peut signifier attendre plusieurs semaines supplémentaires pour recevoir des matériaux, avec des pénalités de retard à la clé.
Politiques commerciales : des décisions qui impactent immédiatement les devis
Les décisions politiques peuvent également influencer les coûts de manière très directe, notamment à travers les droits de douane. Par exemple, lors de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, des taxes supplémentaires ont été imposées sur de nombreux produits, dont l’acier, le bois et l’aluminium. Cela a entraîné une hausse des prix sur le marché mondial.
Pour une entreprise de construction, cela signifie des devis plus élevés et parfois des projets moins rentables. Dans certains cas, des chantiers ont même été reportés ou annulés à cause de l’augmentation des coûts.
Qu’il s’agisse d’un conflit armé, d’une décision politique ou d’une crise logistique, chaque événement international peut se répercuter directement sur un chantier au niveau local. Comprendre ces mécanismes est devenu indispensable pour les professionnels du BTP, afin d’anticiper les risques et de s’adapter dans un environnement de plus en plus incertain.
Par Alexandre Masson (intervenant externe)
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